En Italie, les héros de la lutte contre la Covid-19 désormais devant la justice

Paris, le vendredi 10 juillet 2020 - C’est une vague judiciaire qui se lève en Italie. Élevés au rang de héros de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, les médecins et les hôpitaux se retrouvent désormais poursuivis devant les tribunaux.

Action collective à Bergame

Mi-juin, c’est un collectif né sur Facebook qui lançait une première action de groupe. Accompagnés de leurs avocats, les membres du Comité « Vérité et justice pour les victimes du Covid-19 » remettaient plus de cinquante plaintes au procureur de Bergame, épicentre de l’épidémie en Lombardie.

Les plaintes mettent en lumière les drames des familles meurtries : l’absence d’information, la prise en charge déficiente, la saturation des services d’urgence et de réanimation et enfin les conditions d’inhumation des défunts. « Nous demandons justice pour les habitants de Bergame, de Brescia et d’ailleurs » a déclaré ainsi le président du Comité, Luca Fusco, dont le père a été emporté par la maladie.

Mais si les nombreuses plaintes engagées en France visent les membres de la haute administration ainsi que les ministres, les procédures engagées en Italie sont parfois directement engagées à l’encontre des médecins, des hôpitaux et des personnels soignants.

« Hier, nous étions des héros aujourd’hui, on nous accuse »

Ainsi, plus de 150 plaintes ont été enregistrées à l’encontre de professionnels de santé. Les associations de médecins se retrouvent désarmées face à cette nouvelle épreuve, un désarroi symbolisé dans cette déclaration rapportée dans l’hebdomadaire Marianne : « Hier, nous étions des héros aujourd’hui, on nous accuse ».

Car si certaines plaintes visent à « faire la lumière » sur les évènements et à faire émerger une vérité judiciaire, d’autres ont pour objet la mise en cause de la responsabilité personnelle des professionnels de santé, en vue d’obtenir une indemnisation.

Une demande pressante d’un bouclier juridique

Face à la situation, de nombreuses fédérations de médecins demandent la mise en place d’un « bouclier juridique » visant à protéger les médecins en cas de poursuites civiles ou pénales.

Mais les discussions au sein de la Chambre des députées aboutissent à une impasse. En effet, certains parlementaires souhaitent profiter de la situation pour étendre l’immunité pénale et civile à d’autres acteurs de la crise, notamment aux responsables de l’administration, aux autorités sanitaires et aux sociétés sous contrat avec l’État.

En France, les discussions devant le parlement ont abouti à une solution qui n’interdit pas les actions contre les professionnels de santé et de l’administration, mais le dispositif invite les magistrats à prendre en compte dans l’appréciation de l’existence d’une faute pénale l’état des connaissances scientifiques au moment des faits.

C.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Cupidité

    Le 11 juillet 2020

    Comme partout désormais, cet activisme judiciaire est le fait d'avocats qui instrumentalisent les détresses en faisant miroiter la possibilité d'indemnisations sur lesquelles ils comptent bien prélever une manne.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Cupidité : Bis

    Le 14 juillet 2020

    Les évolutions décrites mériteront d'être gardées en mémoire face à une hypothêtique seconde vague effective, non plus purement "épidémiologique" mais cliniquement significative sur le plan des ressources sanitaires re-activées.
    Le devoir de Mémoire, c'est aussi cela.

    Dr JP Bonnet

  • Il n'y a pas de petits profits !

    Le 14 juillet 2020

    A la lecture de l'article et sous réserve de plus ample informé, j'ai tendance à rejoindre le Dr.Rimbaud. Les USA constituent un modèle dans le genre dont il est tentant de s'inspirer.

    H. Tilly

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article