Exclusif : une courte majorité de professionnels favorable à l’obligation du masque FFP2 dans les transports en commun

Paris, le mercredi 24 février 2021 – Depuis la fin du mois de janvier, les autrichiens et les bavarois ont dû troquer leurs masques chirurgicaux et en tissu pour des masques FFP2. Considérant la plus grande contagiosité des variants du SARS-CoV-2 qui tendent aujourd’hui à remplacer la souche « classique » et tandis que la meilleure capacité de filtration des particules les plus fines des masques FFP2 (autour de 0,6 micromètre contre 3 micromètres pour les masques chirurgicaux) est actée de longue date, les autorités sanitaires locales ont voulu accroître l’efficacité des mesures individuelles contre la circulation de SARS-CoV-2.

Une évidence pour une petite majorité de professionnels de santé

En France, le débat n’a fait qu’émerger il y a quelques semaines à la faveur d’un avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP) mettant en garde contre les capacités moindres de filtration de certains masques en tissu et conduisant à une révision des préconisations en la matière. Si certains masques en tissu ont bien été bannis, l’idée de privilégier les masques FFP2 pour la population n’a cependant pour sa part jamais été sérieusement envisagée. Pourtant, elle semble soutenue par une majorité de professionnels de santé, comme le révèlent les résultats d’un sondage très récemment réalisé sur notre site.

Sondage réalisé sur JIM du 10 au 23 février 2021

Ainsi, 49 % des 889 participants se sont déclarés favorables à la perspective d’une obligation du port du masque FFP2 dans les transports en commun (et autres lieux fermés), tandis que 46 % ont rejeté une telle idée et que 5 % ont préféré ne pas se prononcer.

Prix, disponibilité et proportionnalité

Cette courte majorité révèle probablement en filigrane la connaissance par les professionnels des limites des masques qui sont aujourd’hui les plus répandus et de la possibilité de gagner en efficacité.

Pragmatiquement, ces médecins, infirmiers et pharmaciens semblent donc considérer que pour lutter contre l’épidémie, ce sont les méthodes les plus sûres et les plus pertinentes qui doivent être employées.

L’opposition à une telle mesure pourrait pour sa part répondre à différentes raisons.

La question de la disponibilité des équipements (même en Allemagne, la nécessité d’une accélération de la production semble avoir retardé la généralisation de la mesure) pourrait entrer en jeu, et plus encore celle de son prix. Si l’Autriche y a répondu en assurant une commercialisation à prix coûtant autour de 59 centimes, en France, le prix de ces équipements est actuellement dix fois plus élevé que celui des masques chirurgicaux. Enfin, il n’est pas impossible qu’une certaine part des professionnels de santé se soit montrée réticente à l’idée d’adhérer à une contrainte supplémentaire, dont la proportionnalité face à la menace en présence mériterait d’être mieux appréciée.

Bis répétita

Si des initiatives ont été lancées pour que le débat s’impose dans notre pays (tribune d’une élue parisienne dans le Monde pour demander une distribution de ces masques FFP2 aux plus vulnérables ou encore recours infructueux d’un collectif de médecins devant le Conseil d’État pour imposer ces équipements), les discussions sont néanmoins demeurées marginales. Mais face à ce qu’une majorité de professionnels préconiseraient, les pouvoirs publics pourraient avoir des réponses déjà toutes préparées et qui ont immanquablement un air de déjà-vu. Ainsi, interrogé sur la pertinence de remplacer systématiquement les masques chirurgicaux par des FFP2, le coprésident du groupe de travail permanent Covid-19 du HCSP Didier Lepelletier avait répondu : « En population générale, cela ne me semble pas raisonnable (…) car « on le porterait mal » (!).  

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Parti pris

    Le 24 février 2021

    "Cette courte majorité révèle probablement en filigrane la connaissance par les professionnels des limites des masques".
    Du côté des 49%: les bons élèves, ceux qui ont la "connaissance de la limite des masques"
    Du côté des 47%: les ignares !
    Ce serait oublier le biais de recrutement du sondage, à savoir 892 médecins abonnés au JIM (et que l'on peut supposer se tenir au courant de l'évolution de l'épidémie).
    Cette très très courte majorité ne permet rien d'autre que constater que le corps médical est hésitant sur cette option.

    Personnellement je reconnais mon incapacité à trancher!

    Dr Jean-Luc Obadia

  • Bien fondé des réponses : incertain

    Le 24 février 2021

    Reste à savoir : Sur QUELLES BASES scientifiques , obtenues in vivo, la réponse " OUI " a t-elle été donnée ?
    Pas sûr que la base " car on sait jamais " soit recevable.
    Les 5% qui ne se prononcent pas me semblent plus objectifs.

    Pour information : la question " Ce que nous savons jusqu’à présent sur... la COVID-19 et le port du masque en public " était actualisée au 14 septembre 2020 par Santé publique Ontario en français et libre accés :
    https://www.publichealthontario.ca/-/media/documents/ncov/covid-wwksf/what-we-know-public-masks-apr-7-2020.pdf?la=fr
    La rigueur méthodologique, l'adulte, l'enfant, en milieux de soins et hors soins, l'intolérance aux masques : Tout y est en intégrant parfaitement la paucité des acquis spécifiques COVID, leur évolutivité mais aussi les dangers ou limites des analogies.

    Des données actualisées depuis ?
    Il est chronologiquement improbable que la problématique des variants ait modifié de manière documentée les acquis réservant le FFP2 aux soignants exposés aux aérosolisations importantes (fibro , intubations ...).

    Dr JP Bonnet


  • Mettez moi quelques neurones compétents de plus

    Le 25 février 2021

    Non seulement favorable au port de ce masque dans tous les transports en commun ....mais aussi équipement de ceux ci avec gel hydroalcoolique fixé à l’entrée et de plus si cela n’a pas été fait vérifier l’atmosphère de ces véhicules en particules virales ...
    Les français ne sont pas plus bêtes que les autres : ils sauront positionner le masque.
    Et plutôt que d’interdire de parler dans les bus métros ect...et en // d’afficher pour rester en vie téléphonez dans les transports en commun plutôt que dans votre voiture...mettez moi quelques neurones compétents de plus dans les cerveaux de nos décideurs...

    Dr Patricia Erbibou
    Dr Erbibou

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