Homéopathie : le débat rebondit à la faculté

Paris, le vendredi 19 juillet 2019 - Après l’annonce du déremboursement de l’homéopathie par Agnès Buzyn, un nouveau débat s’impose : peut-on maintenir son enseignement dans les facultés de médecine et de pharmacie ?

Déjà, au plus haut de la polémique qui a fait suite à la publication de la tribune « anti-fakemed », l’université de Lille avait suspendu son diplôme universitaire (DU) et celle d’Angers l'avait supprimé ; pionnière en la matière, la faculté de Bordeaux ne le proposait plus depuis 2009.

Quelques jours après la décision ministérielle, la faculté de pharmacie de Tours annonce à son tour que le diplôme universitaire (DU) ne sera plus délivré après 2019, mais un cours sur l’homéopathie, d’une quinzaine d’heures, figurera toujours au programme de cinquième année de la filière officine.

Sortir l'enseignement de l'homéopathie de l’université : une fausse bonne idée ?

Une décision qui provoque des remous, y compris au sein de la faculté concernée : « sortir l'enseignement de l’homéopathie de l’université, c'est exposer les patients aux risques d'une pratique qui ne sera plus dispensée par des médecins et des pharmaciens », estime le responsable de cet enseignement, le Pr Pierre Besson, interrogé par France 3 Centre-Val de Loire. 

Les étudiants en pharmacie ne semblent pas non plus emballés par les disparitions de ces DU. Ainsi, sondés par l'Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF), 72,7 % disent vouloir qu’ils soient maintenus. 

La conférence des doyens de médecine n’apparaît pas plus disposée à exclure l’homéopathie des facultés « il ne faut pas mélanger l’efficacité et donc le remboursement des médicaments homéopathiques, la pratique, appréciée des patients, et l’enseignement », estime-t-elle ainsi dans un communiqué.

Doyens versus enseignant de médecine générale

Sommée de prendre parti, il y a quelques mois, la même conférence proposait « la mise en place d’un observatoire universitaire des médecines alternatives et intégratives » et soulignait que, au total, elles conservaient « leur place dans l’enseignement supérieur ».

Dans un entretien accordé à la revue Egora, le Pr Jean Sibillia, président de la Conférence des doyens, enfonce le clou. « Il est de notre responsabilité que nos étudiants découvrent ces autres mondes, tout en leur expliquant ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas. N’enseigner que l’EBM est insuffisant. Nos étudiants, quand ils vont exercer, vont découvrir tout un abyme d’incertitudes médicales dans de nombreux domaines. Notre responsabilité est de bien les préparer à cela », estime-t-il.

Une position qui détonne avec celle du Collège national des généralistes enseignants qui, dès l’annonce de la fin de la prise en charge de l’homéopathie par la collectivité, jugeait qu’il n’y avait « plus de place aujourd’hui pour la reconnaissance de l’homéopathie au plan professionnel, à l’instar de nombreux pays. Il ne doit plus y avoir de place pour l’enseignement de pratiques homéopathiques à l’université, dont les contenus véhiculent des contre-vérités fantaisistes ; il est d’ailleurs étonnant que l’inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche n’ait jamais été saisie à ce propos ».

Frédéric Haroche

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Vos réactions (20)

  • Enseigner l'homéopathie ?

    Le 19 juillet 2019

    Dans la tête des étudiants, ce ne sera pas simple. D'un coté, on enseigne la lecture critique des articles et, de l'autre, on doit dire que cela n'est pas la vraie vie ?
    Une dilution d'une goutte dans 99 gouttes, puis une goutte du mélange dans à nouveau 99 goutes, et cela le nombre fois qu'il y a de CH, cela se heurte avec ce que l'on apprend en pharmacologie (demi vie de la dilution, taux sérique, coefficient d'absorption...).
    Dur d'être étudiant avec des injonctions contradictoires...
    Bon sens based medecine et EBM (evidence et expérience).

    FM. Caron

  • Quand l'homéopathie tue

    Le 19 juillet 2019

    L'homéopathie est trop souvent présentée comme un gentil placebo. Or, un placebo peut tuer quand il empêche l'accès à des traitements efficaces. L'homéopathie a tué mon mari qui a cru pouvoir repousser grâce à elle l'opération du cœur qui lui était nécessaire. Il est mort à 40 ans sans avoir été opéré faisant de ses 3 enfants des orphelins.
    Marie-Agnès Letrouit

  • Enseigner quoi ?

    Le 19 juillet 2019

    S'il s'agit de décrire les pratiques déviantes en médecine et l'irrationnel en santé, on espère que l'Université ne se contente pas de donner en exemple l'homéopathie.
    S'il s'agit d'enseigner la différence entre ce qui est scientifique et ce qui ne l'est pas, on espère que l'Université n'a pas besoin de l'homéopathie pour faire cette nécessaire éducation.
    S'il s'agit de former à la relation soignante, à l'approche holistique des soins et à la prise en charge des demandes les plus complexes, on espère qu'il existe un programme n'exigeant pas de recourir à l'homéopathie.
    L'homéopathie ne peut certes pas être passée sous silence lors de formations spécialisées en histoire et en sociologie de la santé. Mais on peut être un très bon médecin sans s'y être jamais intéressé.
    Quant aux pharmaciens, ils peuvent bien s'intéresser légitimement à tout ce qui participe à leur chiffre d'affaires, leur activité n'ayant rien à voir avec la médecine.

    Pierre Rimbaud

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