La colère monte face aux déprogrammations

Paris, le jeudi 20 janvier 2022 - Dehors, on commence, timidement, mais réellement, à parler si non de la fin de la guerre en tout cas de la levée des restrictions, du retour d’une vie presque normale. Mais derrière les murs des hôpitaux, c’est toujours la même lutte pour organiser les soins et décréter les ordres de priorité entre ceux qui doivent être soignés de toute urgence et ceux qui peuvent attendre. Ceux qui peuvent être déprogrammés.

Dans de nombreuses régions, les chiffres sont impressionnants et flirtent parfois avec ceux de la première vague. En Ile de France, l’Agence régionale de santé (ARS) a ainsi demandé de déprogrammer le maximum d’interventions pouvant l’être. A l’hôpital Necker, Sabine Sarnacki, responsable du service de chirurgie pédiatrique viscérale et urologique du CH de Necker témoigne sur Europe 1 : « 60 % de patients ont été annulés dans les quinze jours qui viennent (…). Le problème, c'est que celui que vous annulez, par exemple, du vendredi, il a déjà été annulé quatre fois pour d'autres raisons ». Dans le Grand-Est, on estime que 45 % des interventions chirurgicales non urgentes ont été déprogrammées au cours des quatre dernières semaines. La situation est plus favorable à Lille où le taux de reports ne dépasse pas 30 %, tandis qu’à Marseille les niveaux les plus alarmants sont observés avec 80 % d’interventions qui ont été annulées. Partout, les mêmes situations dramatiques s’observent : certains patients attendent depuis pratiquement deux ans une intervention qui si elle n’est pas vitale, contribue par son report à une dégradation de leur état et de leur qualité de vie et parfois à une perte de chance.

Le manque de personnel, un virus chronique

Dans certains services, la situation suscite une colère qui prend de l’ampleur. Dans le Parisien, le Pr Laurent Lantieri s’irrite en constatant que la pression liée à la crise sanitaire n’est pas seule en cause. « Si on n’opère pas, c’est surtout parce qu’il manque du personnel. Le virus ne fait qu’exacerber une situation qui s’est installée dans nos hôpitaux depuis 25 ans » dénonce-t-il. Le Pr Philippe Clavert, chirurgien orthopédiste à Strasbourg, relève également que depuis le début de l’épidémie : « Même pendant les périodes d’accalmie, nous ne sommes jamais revenus à 100 % de notre capacité chirurgicale, notamment en raison du manque de personnel ». Le rôle joué par la pénurie d’effectifs est aussi signalé par Sabine Sarnacki.

Déprogrammations : quelle mortalité ?

Quelle qu’en soit la cause, le professeur Lantieri s’inquiète des conséquences de ces différents reports : « Si vous retardez de quinze jours une intervention de chirurgie pour un cancer du sein, à la fin de l’année, vous avez 1 % de mortalité en plus (…). À force, on se retrouve face à des personnes qui étaient opérables mais ne le sont plus », observe-t-il avant de citer l’exemple de trois patientes qui devaient faire l’objet de mastectomies préventives et qui après avoir été « déprogrammées de mai à octobre ont développé leur cancer dans ce laps de temps, deux du sein, une de l’ovaire. On expose des malades non-Covid à des pertes de chance, à des retards de dépistage et de prise en charge ». Dans la Croix, le Pr Jean-Yves Blay président d’Unicancer fait le même constat : « Ces retards ont un impact majeur et durable sur les patients souffrant de cancer. Rien que pour la première vague, ils pourraient être à l’origine de 1 000 à 6 000 décès supplémentaires. Certains patients ont pu être opérés et sauvés, dans des stades parfois avancés. D’autres n’ont pas eu le temps d’arriver et sont déjà morts. Désormais, les spécialistes s’accordent à dire que l’excès de mortalité par cancer dans la décennie à venir sera d’au moins 5 % ». Et si aujourd’hui le mot d’ordre a été de préserver l’activité oncologique, il remarque que dans les centres de lutte contre le cancer (CLCC) le taux de déprogrammations est cependant de « 5 %, peut-être 10 %. C’est bien moins que dans les hôpitaux, mais c’est déjà trop. La cinquième vague a entraîné une difficulté inédite en termes de ressources humaines. Entre les retards accumulés, l’accueil de patients qui ne trouvent pas de place ailleurs et l’augmentation naturelle du nombre de cancers, l’activité dans nos centres a augmenté de 13 % en 2021. Mais les effectifs, eux, ont baissé de 10 %. En plus d’être épuisés, une partie des soignants sont absents pour Covid. Cela a un impact significatif, notamment en région parisienne, où certains services doivent fermer, entraînant des annulations d’opération ».

Les non vaccinés en ligne de mire

Ces inquiétudes et cette colère des praticiens sont partagées par un grand nombre de patients concernés qui parfois n’hésitent pas à essayer de désigner des coupables (encouragés dans ce sens par certaines déclarations « officielles »). Ainsi, dans la Croix, Sylvie qui espère que ses plaques et vis qui lui restent d’une fracture de la cheville et qui constituent une gène quotidienne pour marcher lui seront bientôt retirés et Titouan, tétraplégique à l’âge de 20 ans après un accident et en attente d’un stent prostatique remarquent dans la Croix. « Si tout le monde était vacciné, on n’en serait pas là » ou encore « Pour avoir passé un an en réanimation après mon accident, je ne comprends pas que certaines personnes prennent le risque de s’y retrouver. »

A.H.

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Vos réactions (2)

  • Insupportable

    Le 23 janvier 2022

    Et si on arrêtait de qualifier de vaccin ces inducteurs de sérum qu’ils sont en réalité. Ce mensonge et ses conséquences que nous subissons depuis plus d’un an est vraiment insupportable.

    Dr Pierre Broust

  • Histoire d'aveuglement

    Le 24 janvier 2022

    Inducteur de sérum ou pas, une chose est claire et démontrée : la population de vaccinés est moins sujette à mourir du covid et la population de non vaccinés à embolisé les soins intensifs et est directement responsable du report des interventions.

    Histoire vécue tous les jours dans mon CH : plus de chirurgie réglée car les lits de salle de réveil sont transformés (avec leur personnel) en lits de soins covid, et deprogrammation des patients lourds car les lits de soins intensifs sont pris par des pneumopathies covid graves.

    Quand aux lits de "neurovasculaire" permettant de traiter les AVC en urgence, il sont au moins divisés par deux pour les mêmes raisons, ce qui signifie qu'on est revenu à la préhistoire du traitement des AVC.

    Alors oui, c'était l'an dernier et aujourd'hui ça reviens à la normale, mais que de "chances perdues" pour tout ces patients vaccinés (ou pas d'ailleurs...) qui n'ont pu être opérés et/ou soignés. Dans les faits, on a l'impression, sur le terrain, qu'il n'y en a eu que pour les pneumopathies covid graves, qui ont raflés toutes les ressources sans qu'aucun non vacciné ne se pose la question de sa responsabilité, comme les employés d'ehpad non vaccinés ne se soient pas interrogés sur leur implication dans les clusters en maison de retraite en 2020.

    Pour moi, c'est ça l'insupportable, c'est qu'aucun non vacciné ne remette un instant en question sa doctrine.

    Dr E Orvain

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