L’anesthésiste mis en examen pour sept empoisonnements clame son innocence

Paris, le jeudi 16 mars 2017 – La semaine dernière, était révélée la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans exerçant à la clinique Saint-Vincent (Besançon). L’établissement jouit d’une excellente réputation, ainsi que le praticien. Cependant, plusieurs incidents troublants, des arrêts cardiaques chez des patients relativement jeunes et en bonne santé générale  ont conduit à la réalisation d’une enquête. Cette dernière a permis de déterminer qu’à plusieurs reprises, des surdoses de potassium ont été introduites dans les poches de perfusion. Les soupçons se sont portés sur le praticien, qui a notamment participé à la réanimation (souvent avec succès) de plusieurs des victimes. Ainsi, le médecin est aujourd’hui soupçonné de trois empoisonnements survenus à la Polyclinique de Franche Comté en 2009 et de quatre autres (dont deux mortels) déplorés à la Clinique Saint-Vincent. Les investigations se poursuivent concernant d’autres cas potentiels.

N’importe qui avait accès au bloc

Effondré par l’accusation qui pèse sur lui, le docteur Frédéric P. a choisi de sortir de son silence et d’accorder un long entretien à l’Est Républicain. Le médecin nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. Reprenant au cas par cas les drames qui lui sont imputés, il affirme tout d’abord concernant deux des trois incidents constatés à la Polyclinique de Franche Comté qu’il était absent lors des événements. Par ailleurs, une enquête avait été diligentée en 2012 qui paraissait avoir écarté un acte de malveillance. « Comment peut-on, ensuite, revenir là-dessus dans le cadre de l’actuelle information judiciaire ? » s’insurge-t-il.  A propos des deux plus récents événements constatés à la clinique Saint-Vincent, en janvier 2017, il admet que l’acte intentionnel ne peut être nié, notamment parce que les poches de perfusion ont été retrouvées percées. Il rappelle cependant que seul un des deux patients a été pris en charge par ses soins. Et il insiste : « N’importe qui avait accès au bloc, n’importe qui a pu le faire. Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste en anesthésie. Je souhaite que l’enquête ne se limite pas à ma seule personne ».

L’adrénaline de la réanimation ? Une thèse aberrante !

Le praticien insiste : il considère que l’enquête est uniquement instruite à charge. Or, il exclut tout mobile. D’abord, il rappelle qu’il bénéficie d’une excellente réputation auprès de ses confrères, qu’il est un père de famille de trois enfants et qu’il apprécie tout autant sa vie professionnelle que personnelle. A propos de la thèse avancée par les enquêteurs d’un homme recherchant la jouissance du sauveur, il la balaye en la jugeant totalement absurde. « Sous prétexte de l'adrénaline, comme si on n'en avait pas assez, je m'amuserais à injecter des produits toxiques à des personnes, pour ensuite aller les réanimer ? C'est complètement aberrant » s’indigne-t-il. Concernant d’éventuels conflits avec la clinique Saint Vincent, il affirme : « J’y travaille, je m’y investis, je fais tout pour la faire avancer. En contrepartie, on ne nous donne pas forcément tous les moyens, donc c’est vrai qu’il y a pu avoir quelques accrochages. Mais rien de plus ».

Un maintien en liberté qui interroge

N’ayant pas appréhendé complètement la violence de l’instruction et du déchainement médiatique, Frédéric P. est d’abord demeuré abasourdi. La lecture du dossier, qui décèlerait certains éléments à sa décharge et la volonté de protéger sa famille (même s’il est conscient qu’il lui sera difficile d’exercer à nouveau) l’ont conduit à relever la tête. Il redoute cependant l’audience prévue  devant la cour d’appel de la chambre d’instruction qui doit délibérer sur sa mise en détention. Son maintien en liberté sous contrôle judiciaire est en effet aujourd’hui dénoncé par une partie des victimes potentiels. « Combien de familles endeuillées ? Je ne comprends pas qu’un gars qu’on soupçonne d’avoir fait ça soit en liberté, là, dehors » s’indignait ainsi il y a quelques jours dans les colonnes de l’Est Républicain l’époux d’une femme décédée en 2016. Si ce mouvement de colère est partagé par un grand nombre des victimes, certains gardent une certaine réserve sur la responsabilité du médecin. Ainsi, Nadia, l’un des derniers cas d’empoisonnement identifié note : « Qui que ce soit, comment pouvoir faire ça pour sa satisfaction personnelle ? C’est horrible ».

On espère pour la vérité que la police et le magistrat instructeur seront dignes de Maigret, d'Hercule Poirot et de Sherlock Holmes...

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Chercher ailleurs

    Le 17 mars 2017

    Il se peut que ce soit une autre personne, par exemple quelqu'un du réveil. Qui donc a vu ce praticien là introduire des produits dangereux dans les perfusions du service de réanimation ?

    Réponse : personne ! Tout se voit au bloc comme au réveil. Personne ne l'aurait vu ? A peine crédible.

    N’empêche que les analyses répétées des poches de perfusion pour y trouver du K et des anesthésiques jettent un trouble.

    Il faut élargir le champ des possibilités.

    JD

  • Et si ça m'arrivait, que faire ?

    Le 19 mars 2017

    Dans un cas comme celui-ci, est ce que notre assurance en RCP (avec protection juridique) est mise en œuvre, tant que l'affaire n'est pas jugée "pénale" ?
    Il est pénible de subir une procédure judiciaire, et si en plus notre assureur nous répond "on ne peut rien pour vous" cela en devient dramatique .
    Dans le cas ci dessus, sans autre "preuve" directe contre notre collègue, sa relaxe ne fait aucun doute, mais qui va l'aider en attendant : un avocat pénaliste à ses frais ou son assureur personnel ?

    Dr F.Chassaing

  • Coincidence ?

    Le 20 mars 2017

    Le chiffre "7" n'est pas anodin dans cette affaire ! Claude Bernard :"sept coïncidences équivalent à une vérité scientifique!" donc démonter point par point le dossier de chaque cas...

    Dr Philippe Bargain.

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