Moderna et Pfizer contre virus muté, tie break

Les vaccins à ARN messager sont capables de déclencher une production abondante d’anticorps neutralisants dirigés contre le SARS-CoV-2 et font preuve d’une grande efficacité dans la prévention des formes symptomatiques ou sévères de la Covid-19. L’émergence récente de variants du SARS-CoV-2 au Royaume-Uni (lignage B.1.1.7) et en Afrique du Sud (lignage B.1.351) a cependant suscité des interrogations quant au maintien de cette efficacité. Ces variants permettent-ils au virus d’échapper à la réponse immunitaire qu’elle soit naturelle ou post-vaccinale ? Des dosages effectués en laboratoire apportent des éléments de réponse à cette question dans le cadre de rapports préliminaires publiés par le New England Journal of Medicine en ligne le 17 février 2021 (1,2).

Moderna : des titres d’anticorps neutralisants moindres en cas de mutation B.1.351

C’est ainsi que le pouvoir neutralisant du sérum prélevé chez des participants des essais de phase 1 sur le vaccin mRNA-1273 (Moderna) a été évalué dans divers modèles « pseudo viraux » -sur cultures cellulaires- incluant ou non les mutations de la protéine spike évoquées précédemment auxquelles en ont été ajoutées d’autres, à savoir 20E [EU1], 20A.EU2, N439K D614G (1). Dans la foulée, le variant « Cluster 5 » isolé au Danemark chez le vison a été également testé (1).

Les titres d’anticorps nécessaires à la neutralisation du virus n’ont pas été affectés par la plupart de ces mutations, à l’exception principalement de la mutation B.1.351. Sauf dans ce cas, les résultats obtenus n’ont guère différé de ceux caractérisant la réponse humorale face à la souche originelle Wuhan-Hu-1 (D614). Le lignage B.1.351 est donc actuellement le seul, dans cette expérience, à poser problème (1).

Le pouvoir neutralisant des sérums, après vaccin Pfizer/BioNtech, est réduit face aux virus mutés B.1.351

Dans une autre étude à la méthodologie comparable (2), c’est le vaccin BNT162b2, mieux connu sous le nom de Pfizer/BioNtech qui été testé face aux variants. Les mutations de la protéine S caractéristiques du lignage B.1.351 ont été utilisées par le biais de l’ingénierie génétique pour produire trois virus mutants recombinants plus ou moins éloignés du virus isolé au début de la pandémie aux Etats-Unis (janvier 2020) et dénommé USA-WA1/2020. Le troisième virus recombinant avait la particularité d’abriter toutes les mutations affectant les gènes codant pour la protéine S et caractérisant le lignage B.1.351. 

Sans entrer dans les détails, il s’avère que comparativement au lignage USA-WA1/2020, le pouvoir neutralisant du sérum de 15 participants vaccinés (prélevé 2 à 4 semaines après administration de la première dose du vaccin) était réduit de deux tiers face à certains virus recombinants, plus particulièrement le troisième.

Le variant « sud-africain » est le plus préoccupant mais il faut raison garder

C’est donc là aussi le lignage B.1.351, le variant dit sud-africain, qui semble échapper au pouvoir du vaccin…à quelques nuances près. En effet, ces études réalisées en laboratoire ont leurs limites car elles sont bien éloignées du monde réel. Par ailleurs, les vaccins ne déclenchent pas qu’une réponse humorale puisqu’ils mettent aussi à contribution l’immunité cellulaire, par le biais notamment de la réponse des lymphocytes T CD8+ tueurs, ce qui a été bien démontré dans le cas du vaccin BNT162b2.

Dans ces conditions, quelle valeur accorder à ces expériences de laboratoire ? L’information apportée doit alerter et inciter à la vigilance. Les vaccins actuellement sur le marché protègent-ils contre le variant sud-africain ? La question est d’une actualité brûlante mais force est de constater que les données disponibles ne permettent pas d’apporter une réponse documentée et solidement étayée. Les résultats obtenus dans le monde réel seront les seuls à pouvoir le faire dans les mois à venir…même si les données expérimentales ont une valeur d’orientation qui reste au demeurant à préciser.

Dr Peter Stratford

Références
(1) Wu K et coll. : Serum Neutralizing Activity Elicited by mRNA-1273 Vaccine — Preliminary Report. N Engl J Med 2021 ; publication avancée en ligne le 17 février. DOI: 10.1056/NEJMc2102179.
(2) Liu Y et coll. : Neutralizing Activity of BNT162b2-Elicited Serum — Preliminary Report. N Engl J Med 2021 ; publication avancée en ligne 17 février. DOI: 10.1056/NEJMc2102017.

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Vos réactions (5)

  • Suivi de l'apparition de variants chez les vaccinés ?

    Le 25 février 2021

    Au vu de l'efficacité des premiers vaccins sur l'apparition de forme graves de la maladie, et de l'hypothèse que des variants pourraient échapper à cette immunité, ne pourrait-on pas mettre en place un avis à tous les médecins, d'alerter immédiatement de la survenue de tout cas de COVID-19 apparaissant chez une personne vaccinée? Une analyse génomique rapide pourrait détecter très précocement une forme mutante.
    De même, une étude de la présence éventuelle de virus (salive) dans une large population de vaccinés permettrait de détecter éventuellement un portage viral et d'évaluer sa fréquence. Là aussi une analyse génomique permettrait d'analyser si il s'agit de variants.

    Dr Jean Caraux

  • Vaccins et variants

    Le 25 février 2021

    Il semblerait au vu de ces mutations virales prévues et attendues que d’une part la vaccination ne sera pas le remède universel même si son utilité est certaine (d’une part pour enrichir les labos. « Cynisme « et d’autre part pour enrayer +/- cette pandémie).
    Cependant je crois savoir que sont à l’étude de nouveaux protocoles vaccinaux et nous aurons vraisemblablement droit à une 3ème dose.

    Dr Patricia Erbibou

  • Merci au Dr Peter Stratford !

    Le 25 février 2021

    Merci pour sa conclusion pragmatique trés "in vivo " : Ni Rassureux , Ni Inquiêteux mais Factueux.

    Le vrai justificatif de ces travaux sérologiques m'échappe : ils sont chronophages à faire puis ... à analyser. Science utile ?
    Regarder le devenir des hospitalisations est probablement moins brillant mais tout aussi utile : QS ECOSSE et Bientôt ISRAEL, en plein dans le monde réel après les travaux princeps nécessairement plus académiques de Dec-Janv.

    Dr JP Bonnet

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