Non, la consommation d’anxiolytiques n’aurait pas augmenté après les attentats !

Paris, le lundi 19 janvier 2015. Contrairement à ce qu’a annoncé la société Celtipharm la semaine dernière, l’Ordre national des Pharmaciens affirme « qu’il n’y a pas eu de rebond de dispensation d’anxiolytiques entre janvier 2014 et janvier 2015 ». Pour ce faire, l’Ordre a étudié les chiffres de ventes d’anxiolytiques (code ATC Anxiolytiques) sur un an, entre début janvier 2014 et début janvier 2015 (voir figure 1 [semaines 1 et 2] et figure 2 [entre le 5 et le 14 janvier 2015]). Les données de l’Ordre sur l’ensemble de la France vont également dans ce sens puisqu’elles ne mettent pas en évidence de différence entre l’île de France et le reste du pays (voir figure 3).


Figure 1 : Évolution hebdomadaire des dispensations de médicaments anxiolytiques
entre décembre 2013 et janvier 2015 – France entière

« A ce jour, on ne constate ainsi pas de lien entre les évènements dramatiques de la semaine dernière et la consommation d’anxiolytiques » indique le conseil de l’Ordre. Pour obtenir ces données, l'Ordre s’est basé sur les dossiers pharmaceutiques (DP) informatisés (plus de 99 % des officines sont raccordées au DP). En outre, « les données ont été retraitées en tenant compte de l’augmentation du nombre de DP au cours de la période d’étude, du taux de raccordement des officines au DP et de la variation de l’activité des officines ».

Figure 2 : Suivi quotidien des dispensations de médicaments anxiolytiques entre le 5 et le 14 janvier 2015
(comparé aux mêmes jours de l’année précédente) – France entière

Quant aux chiffres de Celtipharm (hausse de 18,2 % des ventes d'anxiolytiques et d'hypnotiques), ils ont été établis à partir des données collectées par 4 800 pharmacies représentatives entre le 9 janvier (jour de la prise d'otages meurtrière Porte de Vincennes à Paris) et le 13 janvier, mais en se référant à la moyenne des six semaines précédentes. La Société Celtipharm avait toutefois reconnu que « ces données n’étaient pas consolidées vu le temps très court ».

Figure 3 : Évolution hebdomadaire des dispensations de médicaments anxiolytiques
entre décembre 2013 et janvier 2015 – France entière et Ile de France

L’impact anxiogène de ces événements tragiques ne peut cependant pas être remis en cause ! Qu’en a-t-il été de la consommation d’alcool et de tabac ? Quelle sera la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs sur le mois de janvier 2015 ?

Isabelle Birden

Référence
Communiqué de presse de l’Ordre national des pharmaciens – Samedi 17 janvier 2015.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Des précisions de la société Celtipharm

    Le 20 janvier 2015

    La société Celtipharm a publié un communiqué de presse apportant des précisions sur la méthodologie de son étude et sur les différences avec celle de l'Ordre national des pharmaciens (document ci-dessous).
    La Rédaction
    Celtipharm – Communiqué de presse -le 19 janvier 2015
    C'est à la demande du Figaro et de l'une de ses journalistes que la société Celtipharm a étudié les ventes, sur un échantillon de 4 800 pharmacies d’officine, et pour un total de 21 926 en France Métropolitaine et Corse, de certaines catégories de médicaments, les anxiolytiques et les somnifères.
    La méthodologie retenue dans le cadre de ce calcul est utilisée quotidiennement par les équipes de Celtipharm, pour nombre des clients de l’entreprise, sociétés privées ou organismes d’Etat. Il ne s’agit en rien d’un « sondage » ou d’une « évaluation » mais d’une mesure objective de 100% des ventes réalisées par les pharmacies du panel Celtipharm.
    Les calculs réalisés par Celtipharm sont naturellement différents des évaluations évoquées ce weekend par l’Ordre des Pharmaciens. Celui-ci ne comptabilise en effet que les seuls médicaments
    inscrits au Dossier Pharmaceutique, alors que Celtipharm enregistre l’ensemble des ventes
    réalisées par les pharmacies. Cette inscription nécessite l’utilisation de la Carte Vitale, l’accord du patient et l’existence d’une ordonnance pour les médicaments soumis à prescription. Ces trois conditions peuvent à elles seules expliquer les différences entre les chiffres avancés par l’Ordre des Pharmaciens et ceux produits par Celtipharm.
    Pour mémoire, les ventes ainsi mesurées l’ont été sur une très courte période, du 9/01 au 13/01 inclus, et la seule donnée communiquée par Celtipharm est le chiffre de l’augmentation observée par rapport à la moyenne des six semaines précédentes. A aucun moment l’entreprise n’a établi un quelconque lien de causalité entre cette donnée et l’actualité dramatique de ces dernières semaines.
    Ainsi et comme le soulignait l’article publié par Le Figaro le 15/01/2015, les résultats de l’analyse réalisée par Celtipharm démontrent une progression des ventes des produits considérés sur la période étudiée (cf. 2 ci-après), de +18,2%, chiffre que nous confirmons aujourd'hui.
    Les deux études sont complémentaires.
    Note méthodologique
    Lorsque nous comparons l’étude qui nous a été demandée par Le Figaro et l’étude dont il est question dans le communiqué de presse du 17 janvier 2015 de l’Ordre national des pharmaciens, les méthodologies sont très différentes et ne mesurent pas les mêmes faits :
    1) Produits différents
    Nous avons étudié, à la demande de Soline Roy du quotidien le Figaro, les anxiolytiques et les
    somnifères.
    Il semble que l’étude de l’Ordre soit uniquement basée sur les anxiolytiques : « des dispensations
    d’anxiolytiques (code ATC Anxiolytiques) ».
    Le système de classification ATC (il en existe deux : OMS et EPhMRA) utilisé par Celtipharm est
    celui de l’OMS – dans sa dernière version 2015 - http://www.whocc.no/atc_ddd_index/ - il n’est
    pas fait mention du système de classification utilisé par l’Ordre. Les produits observés ne sont pas les mêmes.
    2) Périodes d’étude différentes
    Nous avons cherché à mesurer une variation à très court terme dès le mardi 13 janvier 2015 en
    soirée (évènements des 7 & 8 janvier 2015) et avons comparé les ventes des vendredi 9/01/2015
    – samedi 10/01/2015 – lundi 12/01/2015 – mardi 13/01/2015 par rapport à la moyenne des
    mêmes jours des 6 dernières semaines.
    L’étude de l’Ordre porte sur une période beaucoup plus longue (# 58 semaines) et la comparaison
    par rapport à 2014.
    Une variation à très court terme ne peut en rien prédire une évolution à long terme.
    Par exemple : la température peut baisser sur les 4 derniers jours par rapport à la moyenne des
    6 dernières semaines et la planète se réchauffer.
    3) Objets de la mesure différents
    3.1
    Nous avons mesuré dans une officine 100% des ventes de produits appartenant au deux classes
    sur la période observée.
    L’étude de l’Ordre a mesuré les produits délivrés inscrits dans le Dossier Pharmaceutique
    (« alimentées dans le Dossier Pharmaceutique ») => seules les ventes aux patients ayant donné
    leur accord sont enregistrées.
    Si le pharmacien délivre un produit sans l’inscrire dans le DP cette vente est observée par
    Celtipharm mais n’est pas visible dans le DP.
    3.2
    Notre étude porte sur une comparaison des ventes de boites (de produits appartenant au deux
    classes sur la période observée) exprimées en volume, l’étude de l’Ordre sur un indice composite
    (méthodologie non communiquée).
    La figure 2 du communiqué de presse qui compare un indice calculé entre 2015 et 2014 est
    absolument parfaite.
    Or l’indice a été « … retraitées en tenant compte de l’augmentation du nombre de DP au cours
    de la période d’étude, du taux de raccordement des officines au DP et de la variation de l’activité des officines)… ».
    Il y a là, à notre sens, sauf erreur de notre part, un biais potentiel important, par rapport à l’objet de l’étude demandée par Le Figaro : si nous retraitons (=corrigeons) de l'augmentation du
    Celtipharm – Communiqué de presse Le 19 janvier 2015 nombre de DP, il y a un risque de pondération négative (=minoration) des nouveaux cas... Ce que nous cherchions justement à mesurer dans notre étude court terme.
    4) Malgré ces différences, la figure 1 du communiqué de l’Ordre, lorsque l’on regarde l’évolution de plus près, montre une augmentation en S2 2015 (le dernier point) par rapport à la moyenne des 6 dernières semaines précédentes.
    Attention :
    1) Nous avons fait une observation à court terme, il ne faut surtout pas en tirer une conclusion long terme,
    2) Nous avons une observation d’un fait - CE N'EST PAS un lien de causalité quelconque démontré.

Réagir à cet article