Pesticides : polémiques sur les résultats de Gilles-Eric Séralini

Paris, le mardi 11 février 2014 – Il n’y aura pas cette fois de médiatisation à outrance, de une fracassante, d’exclusivité jalousement conservée. Les ingrédients pourtant sont proches : le professeur Gilles-Eric Séralini, bien connu pour ses études portant sur la dangerosité des OGM (dont la dernière en date a été critiquée par l’ensemble de la communauté scientifique en raison de ses biais méthodologiques et dont la publication a même finalement été retirée), s’attaque désormais aux pesticides. Une fois encore, il semble qu’il s’agisse de mettre en évidence les dissimulations des industriels à propos de la dangerosité des substances qu’ils commercialisent, en conduisant des études censées traquer les défauts des travaux d’évaluation présentés par les firmes. Cependant, en s’intéressant désormais aux pesticides, Gilles-Eric Séralini prend moins de risque : leur toxicité (notamment pour les agriculteurs) est en effet confirmée et reconnue de longue date. Néanmoins, ses travaux, en raison une fois encore des résultats « spectaculaires » (dans tous les sens du terme) qu’ils mettent en avant paraissent de nouveau devoir être observés avec vigilance.

Effets cytotoxiques 125 fois plus marqués

Les effets de neuf produits sur des cellules embryonnaires, placentaires et hépatiques adultes ont été observés. Il s’agissait de trois herbicides, trois fongicides et trois insecticides. A la différence des évaluations menées habituellement, les produits ont été testés avec leurs adjuvants. L’absence de données concernant ces derniers est une lacune qui a déjà été critiquée par le passé, notamment par l’INSERM dans son rapport d’expertise consacré aux pesticides publiée l’année dernière. Ainsi, l’étude de Gilles-Eric Séralini publiée dans Biomed Research International, a-t-elle le mérite de proposer une évaluation « complète » des produits. Or, il apparaît, selon le professeur caennais et son équipe, que huit des neuf produits testés entraînent des effets cytotoxiques bien plus importants que ceux rapportés et qui servent de base aux décisions réglementaires (jusqu’à 125 fois plus élevés en ce qui concerne par exemple le Rondup). Pour Gilles-Eric Séralini, ces résultats devraient inciter à une nouvelle réflexion sur les doses journalières admissibles (doses journalières que l’autorité européenne a déjà invité à revoir pour les néonicotinoïdes).

Une méthode qui ferait passer le jus de citron pour la peste

Sans surprise, les travaux de Gilles-Eric Séralini n’échappent pas à la critique. Dans un article consacré à cette publication dans la lettre scientifique de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), on découvre ainsi tout d’abord que l’un des relecteurs de Biomed Research International, Marc Reski spécialiste de biologie végétale à l’université de Fribourg, s’est retiré du comité éditorial de la revue et a demandé que son nom ne figure plus sur son site internet, tant les nouveaux faits d’armes du chercheur français le hérissent ! De son côté, toujours cité par l’AAAS, Michael Coleman, toxicologue à l’Université d’Aston considère que les fortes concentrations utilisées par les chercheurs français représentent un biais ne permettant pas d’apprécier parfaitement la teneur des résultats avancés. De même, Martin van den Berg, de l’Université d’Utrecht relève : « Les paramètres observés sont si généraux que nous pourrions probablement trouver la même toxicité avec du jus de citron ou de l’extrait de pamplemousse ». On peut en effet s’interroger sur l’extrapolation de tels résultats : que disent-ils réellement du risque lié à l’alimentation ? Face à ces interrogations et critiques, les réponses de Séralini entonnent toujours le même refrain : « Je vois là la marque de l’influence de l’industrie » a-t-il répondu à AAAS.

Les failles de la DJA

N’en déplaise au chercheur français, de telles critiques font peser sur cette étude de nouvelles suspicions empêchant de lui accorder un crédit absolu. D’ailleurs, l’allemand Marc Reski s’interroge déjà sur les conditions d’acceptation de l’étude… Néanmoins, peut-être une fois encore avec des méthodes contestables, refusant à nouveau de quitter sa casquette de militant lorsqu’il enfile sa blouse, le spécialiste soulève sans doute des questions légitimes, concernant l’établissement de la dose journalière admissible (DJA) et le rôle des adjuvants dans la composition des pesticides. Bien que critique à l’égard de l’étude de Gilles-Eric Séralini, Michael Coleman note en effet qu’il s’agit d’un angle de recherche « justifié ». 

Aurélie Haroche

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Vos réactions (11)

  • Question de ton

    Le 12 février 2014

    Si il n'y a aucun danger selon ces braves critiques, alors donnons du Roundup à nos enfants au petit déjeuner à la place du pamplemousse ?
    Le ton de la "journaliste" est vraiment étonnant ? Ce pauvre fou de Séralini qui voit le poison partout... puisque l'on vous dit que ces produits sont sans danger, c'est clair !

    R Levasseur

  • Un peu d'impartialité...

    Le 12 février 2014

    Mme Haroche, vous affichez très clairement un parti pris sur ce sujet, ce que je trouve très dérangeant pour une journaliste. Vous insinuez des doutes quant au sérieux de cette étude, je me permets d'en faire tout autant quant à votre impartialité et votre conscience professionnelle (par curiosité, combien vous paie les lobbies agro-industriel pour cette campagne de dénigration?)
    En contraste, je soulignerais juste le courage exceptionnel de M. Séralini de proposer une étude qui dit tout haut ce que tout le monde sait déjà mais dont personne ne veut entendre parler.
    Bravo!
    HC

  • La réponse de la rédaction

    Le 12 février 2014

    Ne nous lançons pas ici dans le débat aussi complexe qu’éternel sur le droit (ou le devoir) du journaliste (avec ou sans guillemet) d’être ou non partial. Mais prenons cependant quelques minutes pour souligner que cet article n’est en rien une présentation sous leur meilleur jour des pesticides (leur toxicité est rappelée à plusieurs reprises et on pourra lire sur le JIM nombre d’articles sans nuance sur ce sujet). Concernant le professeur Gilles-Eric Séralini, on notera également que la « dénigration » (sic) est loin d’être totale (il est par exemple remarqué que son étude a le mérite de soulever la question des adjuvants).

    Mais enfin, comment notre « ton » n’aurait-il pas pu être taxé de partialité si nous nous étions lancés dans l’hagiographie d’un chercheur dont la précédente étude a été l’objet de critiques émanant d’une grande partie de la communauté scientifique, qui publie aujourd’hui ses nouveaux travaux dans une revue à faible impact factor et qui de nouveau est la cible des critiques de plusieurs spécialistes (car nous ne faisons ici que relayer les commentaires de chercheurs s’étant exprimés dans la revue de l’AAAS). C’est sans doute si nous nous étions laissé aller à une telle admiration qu’il aurait alors peut-être fallu soupçonner quelques failles dans notre appréciation de la situation.

    La rédaction

    PS : Ne vous inquiétez pas pour les finances des « lobbies agro-industriel » ou pour le notres : nous avons été tant nourris de pesticides, que nous n’avons même pas besoin d’être payés par eux pour en vanter les mérites ! (par contre nos enfants n’aiment pas le Rondup… ni même le pamplemousse !).

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