Pour un peu plus d’autonomie dans la rééducation

Après une blessure orthopédique ou un AVC, il est clairement établi qu’une rééducation intensive est un facteur de meilleure récupération. Si l’on considère par exemple le cas des patients en post-AVC, une méta- analyse a montré que lorsque l’on « double la dose », l’effet de taille sur la progression fonctionnelle était de 0,59. Malgré ces constatations, le temps de prise en charge en réadaptation est loin d’être toujours optimal. Les séances de rééducation étant le plus souvent individuelles, une solution à ce problème est de donner la possibilité de « séances semi-supervisées ». Cela suppose la mise en place d’un espace de rééducation structuré (espaces identifiables et sécurisés), et dune supervision globale par un thérapeute pour plusieurs patients en même temps, ceux-ci travaillant en autonome ou en exercice collectif.

Une équipe australienne a voulu estimer le pourcentage de temps de rééducation réalisé en semi-supervisé lorsqu’un tel espace est disponible dans un service de rééducation. Elle a lancé une étude observationnelle sur des patients en unité de rééducation post AVC et post chirurgie orthopédique et traumatologique d’un hôpital métropolitain. Divers éléments ont été notés : le nombre de patients dans le centre, et, sur le plateau technique,  le nombre de patients se reposant, le nombre de patients pratiquant (avec un thérapeute, avec un membre de la famille ou sans supervision directe). Plusieurs stratégies ont été développées auprès des patients et des familles afin de favoriser le travail semi-supervisé (des tracts ont été fixés aux murs du gymnase et une fiche d’information a été fournie pour expliquer le principe de cette pratique semi supervisée, pour préciser qui peut assister à la séance, et apprendre aux malades à décompter les répétitions lors de leurs exercices et à en augmenter le nombre) mais également auprès des thérapeutes (création d’un dossier pour faciliter la transmission inter thérapeutes et la supervision). Enfin une adaptation de l’environnement a été réalisée (plans d’exercices près d’un mur ou d’une barre, espaces libérés pour des regroupements lors d’exercices collectifs).

Semi supervision par le thérapeute ou… la famille

Le « plateau » de réadaptation a été observé à 113 reprises, donnant lieu à 1 319 observations de patients. Une moyenne de 12 patients était dans le gymnase pendant les observations. Sur la durée de l’étude, le pourcentage de patients prenant part à une pratique active a été de 78 %.

La rééducation a été pratiquée avec la supervision directe d'un thérapeute dans 59 % des observations, avec une supervision familiale dans 15 % des observations, sans supervision directe individuelle ou une supervision collective dans 26 % des observations ce qui a conduit à une pratique semi-supervisée pour 41 % de toutes les observations. Il n'y a pas eu d'événements indésirables au cours de l’étude.

Cette étude montre qu’une part importante de la rééducation peut être réalisée en « semi-supervisé » en milieu hospitalier. Cela ne semble pas compromettre le temps consacré à la pratique active individuelle ou à la sécurité des patients. Ainsi est soulignée la place que peut prendre l’autonomisation et l’éducation des patients en rééducation, mais il est cependant regrettable que cette recherche ne fasse pas état d’un bilan fonctionnel ou moteur afin de cibler un état fonctionnel minimal (par exemple avec la MIF) pour la participation à des séances semi-supervisées.

Un élément également nouveau dans cette étude, outre l’éducation des patients dans l’autonomie rééducative, est l’implication des familles dans cette approche, en tant que relai au thérapeute.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Dorsch S et coll. : In inpatient rehabilitation, large amounts of practice can occur safely without direct therapist supervision: an observational study. J Physiother., 2019; 65: 23–27. doi: 10.1016/j.jphys.2018.11.004.

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Vos réactions (1)

  • Plus d'autonomie dans rééducation ?

    Le 10 février 2019

    Plusieurs patients en même temps ? C'est ce qui se pratique en France, dans les cabinets de Kinési!


    Dr Lucien Duclaud

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