Ségur de la santé : quid de l’hospitalisation privée ?

Paris, le jeudi 28 mai 2020 - Aux premières heures de l’épidémie de Covid-19, l’hospitalisation privée criait son désarroi. Ayant répondu aux injonctions du gouvernement sur le déploiement du plan blanc, un grand nombre de cliniques constataient que les lits de réanimation qu’elles avaient su déployer en quelques jours demeuraient désespérément vides. Pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines dans certaines localités, les ressources des établissements privés ont en effet été insuffisamment prises en compte par les responsables de la régulation, au sein des Agences régionales de santé (ARS). Cependant, dans un second temps une véritable coordination a pu se mettre en place et des coopérations fructueuses ont été partout constatées. Ainsi, le patron de la FHP Lamine Gharbi affirme qu’en Ile de France les hôpitaux privés ont assuré la prise en charge de « 26 % des réanimations ».

Des salaires plus faibles dans le privé : qui est responsable ?

Ayant pris part à l’effort commun face à l’épidémie et durement éprouvée par les mesures de confinement et de restriction de l’offre de soins, l’hospitalisation privée estime devoir être largement impliquée dans les réflexions sur l’avenir de notre système de santé qui sont au cœur du Ségur de la santé. Les attentes des acteurs du secteur visent d’une part à une meilleure reconnaissance de leur rôle déterminant dans l’organisation des soins. Or, la tonalité des premiers discours invite à douter d’une réelle évolution en la matière, tant les déclarations se concentrent principalement sur le sort de l’hôpital public. Le secteur privé souhaite en outre pouvoir également bénéficier des revalorisations salariales qui sont promises aux personnels des établissements publics. Les demandes sont d’autant plus fortes que les rémunérations des soignants (en dehors des médecins) ne sont pas tellement plus avantageuses dans le secteur privé. « Peu de gens le savent, mais un soignant gagne 100 à 150 euros de moins à chaque échelon dans le privé par rapport au public » assurait ce matin sur Europe 1, Lamine Gharbi. Les comparaisons sont en réalité difficiles à établir, tant les situations sont nombreuses, variant en fonction de l’ancienneté ou de la spécialisation. Cependant, en se basant sur les salaires des intérimaires (alors que la règle veut que pour les professions paramédicales un intérimaire soit rémunéré au même niveau qu’un salarié titulaire), les chiffres 2019 du baromètre Appel médical des salaires de la santé (filiale du groupe Randstat) révélaient en effet un léger avantage aux infirmières du secteur public (avec une rémunération brute par mois de 2 300 euros en moyenne) par rapport à celles du privé (2 255).

Concernant les aides-soignantes, l’écart est plus important encore : les salaires atteignant 1 876 euros dans le public et 1 691 euros dans le privé. Pour les IBODE et les infirmières anesthésistes, une tendance inverse s’observerait cependant. Ainsi, même dans le secteur privé, les rémunérations demeurent plus faibles que la moyenne européenne. Le gouvernement en est conscient qui a indiqué que parallèlement aux négociations ouvertes avec le secteur public à travers le Ségur de la Santé, des discussions concerneront le privé. Mais les marges de manœuvre de l’Etat sont plus faibles, puisque les agents du secteur privé relèvent du droit du travail des salariés et non de la fonction publique. Pourtant, compte tenu du contexte très particulier, la FHP attend de véritables engagements de l’Etat concernant la refonte des grilles salariales et surtout un soutien réel pour permettre la progression des salaires. A suivre.

L.C.

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Vos réactions (2)

  • Rémunération public privé

    Le 28 mai 2020

    Difficile de comparer pour les médecins
    Il faudrait un ratio nombre de patients vus /rémunération et nombre d'heures de travail effectif auprès des patients /rémunération.

    Dr Nathalie Gervaise

  • LePublic vs LePrivé

    Le 29 mai 2020

    Allez. LePublic vs LePrivé. 12745° round !
    Pendant ce temps là on n'aborde pas les vrais questions : quelles sont les fonctions des divers segments du système de santé ? Quelle est la finalité de ce système, quels en sont les moyens, et comment se répartissent ces moyens, comment en est assurée la gouvernance générale et le management local, et celui ci à quelle échelle.....etc. Un peu de politique et un brin d’idée.
    Et moi qui avait voté Macron parce qu'il proposait un régime de retraite qui faisait abstraction de LePublic ou LePrivé, comme on meurt tous, on a tous la même retraite. Envolé au vent de la covidite la nuit du 3 août 1/2....
    Allez, on continue comme avant, repeat after me...

    Dr Gilles Bouquerel

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