Survivre à un arrêt cardiaque, qu’est-ce qu’on risque ?

L’arrêt cardiaque (AC) constitue une cause très fréquente de décès, tant en Europe qu’aux USA. La survie, après un AC extrahospitalier s’est nettement améliorée ces dernières années. Au Danemark, le taux de survie est ainsi passé de 4 % en 2001 à 13 % en 2014. On en connait cependant mal les conséquences à long terme. Des études de cohorte ont rapporté des taux jusqu’ à 5,6 fois plus importants de mortalité dans les années suivant immédiatement un AC mais peu de travaux ont été consacrés à la fonction mentale, au risque de déficit cognitif, d’anxiété et de dépression chez les survivants à un AC. Les risques d’épilepsie, d’AVC, de maladie de Parkinson ou de démence secondaires sont également très imprécis.

N Secher a, de ce fait, évalué le risque de mortalité de cause neurologique et psychiatrique associée à un AC, dans une étude comparative après appariement avec d’autres cohortes de patients présentant des pathologies différentes ou issues de la population générale. Son travail, d’envergure nationale, a été mené au Danemark ; il a porté sur la période allant du 1er Janvier 1996 au 31 Décembre 2016. A partir des registres nationaux danois (et après désidentification) ont été inclus dans la cohorte d’étude tous les sujets de 18 ans et plus, ayant présenté un AC intra ou extrahospitalier et avec une survie à long terme. Une comparaison a été effectuée avec les patients ayant présenté un infarctus myocardique (IDM) non mortel et avec un échantillon représentatif de la population générale danoise n’ayant pas présenté un AC. Le suivi a été maintenu jusqu’à la survenue d’une des pathologies recensées, du décès, d’une émigration ou à la date du 31 Décembre 2016. L’analyse des données recueillies a été effectuée entre le 1er Novembre 2020 et le 30 Juin 2021. Les patients ayant présenté une maladie de Parkinson ou une démence de survenue précoce, dans les 6 premiers mois post-AC, n’ont pas été inclus dans l’analyse. Il a été pris en compte la survenue d’un accident cérébral ischémique ou hémorragique, d’une épilepsie, d’une maladie de Parkinson et d’une démence. Sur le plan psychiatrique a été notée l’apparition de troubles de l’humeur (dont une dépression) et de troubles anxieux. L’importance des comorbidités, les différentes thérapeutiques mises en œuvre lors de l’arrêt et les principales données socio-démographiques ont été prises en compte. Les 3 cohortes ont été appariées selon l’âge, le sexe, la cause de l’AC, la date de l’accident et l’index de comorbidité de Charlson modifié.

Fréquence des troubles neurologiques et mortalité à un an plus élevées qu’après un infarctus

Sur 250 838 sujets inclus, d’âge médian 67 ans (EIQ : 57- 76), il y avait 12 046 survivants à un AC, d’âge moyen 67 ans (EIQ : 56- 76), dont 69,1 % d’hommes, qui ont été suivis en moyenne 3,6 ans (EIQ : 1,2- 7,4). La mortalité un an, après avoir quitté l’hôpital, a été de 16 %. Deux cohortes distinctes, servant de comparaison ont inclus 118 332 personnes ayant souffert d’un IDM. Leur âge médian se situait à 67 ans (EIQ : 57-76). On comptait 69,6 % d’hommes ; leur suivi médian a été de 4,8 ans (EIQ : 2 ,1- 8,6) ; leur taux de mortalité à un an a été de 4,9 %. La seconde cohorte comparative, issue de la population générale, comptait 120 460 participants, d’âge médian 67 ans (EIQ : 58- 75), dont 69 1 % d’hommes avec un suivi médian de 5,4 ans (EIQ : 2,5- 9,6) et une mortalité à un an de 3,1 %.

Sur l’ensemble de la période de suivi, les taux d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques et hémorragiques ont été identiques dans les 2 cohortes post AC et post IDM. Toutefois, l’analyse de la seule première année révèle que les taux d’AVC ont été plus élevés après un AC qu’après un IDM, s’établissant respectivement à 10/1 000 (Hazard Ratio HR : 1,30 ; intervalle de confiance à 95 % IC : 1,02- 1,64) et à 2/1000 (HR : 2,03 ; IC : 1,82- 3,67). Les taux d’épilepsie, sur les 21 ans de suivi, ont été respectivement de 28/1 000 après IDM face à 31/1 000 après AC, soit un HR à 2,01 (IC : 1,60- 2,44). Comparativement aux patients ayant eu un IDM, le risque de démence était plus important après un AC, de l’ordre de 73/1 000, soit un HR à 1,23 (IC : 1,09- 1,38), la signification statistique se maintenant même après exclusion des démences très précoces, survenues dans les 6 mois suivant l’AC. Par contre il n’a été observé aucune différence dans les taux de maladie de Parkinson, d’environ 8/1 000, l’HR étant calculé à 0,96 (IC : 0,65- 1,42).

La seconde comparaison a été faite avec la population générale. Après un AC, le risque de survenue d’un accident cérébral ischémique ou hémorragique (HR : 1,37 ; IC : 1,10- 1,72), d’une épilepsie (HR : 3,14 ; CI : 2,59- 3,79) ou encore d’une démence (HR : 1,38 ; CI : 1,22- 1,56) était plus élevé. Toutes ces associations étaient surtout nettes dans les premières années suivant un AC pour ensuite s’affaiblir avec le temps.

Davantage de dépressions

Quant aux troubles psychiatriques on note que la fréquence des troubles de l’humeur, dont un état dépressif, a été plus importante après un AC qu’après un IDM (HR à 1,78 IC : 1,68- 1,81) tandis que la fréquence des troubles anxieux était comparable. Les mêmes constations ont été faites en comparant avec la population générale. Enfin, plusieurs analyses additionnelles ont établi qu’un séjour hospitalier de plus de 4 semaines après un AC, la nécessité d’une admission en réanimation, une ventilation artificielle ont été associés à une majoration du risque d’épilepsie et de pathologies psychiatriques.

Ainsi, ce travail révèle-t-il que, en comparaison avec les suites d’un IDM, le risque, après AC, d’une évolution pathologique neurologique et psychiatrique est plus grand, surtout dans les premières années qui suivent. Il est possible que les lésions neuronales induites par l’arrêt circulatoire et la reperfusion secondaire soient à l’origine de ces troubles. Ces résultats soulignent l’importance d’un suivi rigoureux des patients ayant présenté un AC et aussi la nécessité de bien diagnostiquer les diverses évolutions pathologiques secondaires.

En résumé, cette étude de cohorte a mis en évidence une association entre AC et survenue de troubles neurologiques et psychiatriques, notamment dans les premières années suivant l’AC beaucoup plus forte qu’après un IDM ou que dans la population générale. Ces données suggèrent la mise en place d’une surveillance particulière et d’une stratégie de prévention chez les patients ayant survécu à un AC.


Dr Pierre Margent

Référence
Secher N et coll. : Evaluation of Neurologic and Psychiatric Outcomes After Hospital Discharge Among Adults Survivors of Cardiac Arrest. JAMA Netw Open. 2022 ; 5 (5). E : 2213546.

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Vos réactions (1)

  • AC : quels résultats ?

    Le 06 juillet 2022

    Tous les réanimateurs, anesthésistes et urgentistes sont confrontés à ce problème. Certains s'acharnent pendant plus d'une demie heure, parfois trois quart d'heure à masser, oxygéner et injecter .... pour parfois, ramener un patient avec une activité cardiaque apparente, et un cerveau dont les lésions seront visibles plus tard. Tout cela au prix fort pour les soins immédiats (mobilisation des équipes et du matériel) et au prix fort en hospitalisation en service de réanimation, qui peut être longue, plusieurs jours, voire plusieurs mois...avec quel résultat ? Je passe sur les problèmes des familles qui ont à prendre en charge un être "miraculé" car il a été sauvé, mais qui n'est pas en parfait état de santé. Je sais bien que cette présentation n'est pas dans les standards français actuels (la santé n'a pas de prix, nous sommes là pour soigner...) mais le sujet mérite d'être effleuré.
    Dr A.R. Hijazi

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