Tension d’approvisionnement sur deux traitements du diabète de type 2

Paris, le mardi 4 octobre 2022 – Les difficultés d’approvisionnement de certains médicaments sont de plus en plus fréquentes. Dernier cas en date : des antidiabétiques.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a tiré la sonnette d’alarme il y a environ deux semaines. Dans un communiqué publié le 23 septembre, l’institution dit avoir été averti « de fortes tensions d’approvisionnement sur la classe des analogues de GLP-1 (aGLP-1) », à savoir deux médicaments, l’Ozempic du laboratoire danois Novo Nordisk et le Trulicity de la firme américaine Eli Lilly, indiqués dans le traitement du diabète de type 2 insuffisamment contrôlé. L’ANSM explique ces difficultés d’approvisionnement par « une augmentation importante de la demande mondiale ».

En effet, non seulement le nombre de patients atteints de diabète de type 2 a fortement augmenté ces dernières années (environ 400 millions aujourd’hui contre 30 millions de patients estimés en 1985) mais de surcroit le sémaglutide, principe actif de l’Ozempic, est utilisé dans un autre médicament contre l’obésité utilisé aux Etats-Unis, le Wegovy. Le laboratoire Eli Liliy a donc annoncé qu’il allait « engager des actions pour doubler sa capacité de production d’ici fin 2023 au niveau mondial ».

Privilégier d’autres antidiabétiques en prévention et en primo-prescription


Face à ces difficultés d’approvisionnement, l’ANSM a élaboré des recommandations à destination des médecins prescripteurs en collaboration avec la Société francophone du diabète (SFD) et la Fédération française des diabétiques (FFD).

Pour les patients qui suivent déjà un traitement par aGLP-1, il est recommandé de ne rien modifier.

En revanche, les médecins doivent de préférence réserver la primo-prescription de ces deux médicaments aux patients diabétiques de type 2 présentant une maladie athéromateuse avérée. Pour ces patients, le médecin pourra, en tenant compte du profil clinique du patient, prescrire en alternative un inhibiteur du SLGT2 (iSLTGT2), notamment s’il souffre d’une insuffisance cardiaque ou d’une maladie rénale chronique.

En prévention, le recours à d’autres classes d’antidiabétiques (iSLTGT2 ou inhibiteurs de la DPP4) devra être privilégié. Il est également recommandé aux pharmaciens qui ne peuvent pas honorer une prescription d’Ozempic ou de Trulicity de conseiller au patient se se tourner vers son médecin pour éventuellement modifier son ordonnance. Enfin, l’ANSM demande aux patients de ne pas modifier leur traitement sans avis médical.

Un système d’approvisionnement « archaïque et très couteux » ?


Cette difficulté d’approvisionnement sur les antidiabétiques illustre un climat plus généralisé de tensions sur les stocks de médicaments en France. Selon le groupement d’intérêt économique (GIE) Gers, qui regroupe la quasi-totalité des entreprises pharmaceutiques françaises, 12,5 % des références de médicaments connaissaient des tensions d’approvisionnement à la mi-août, c’est-à-dire une incapacité à fournir les pharmacies demandeuses pendant au moins une semaine, contre seulement 6,5 % en janvier dernier.

Le Gers se montre cependant rassurant : « une même molécule peut avoir des dizaines de références différentes (en fonction du conditionnement, de la voie d’administration, du laboratoire…) et actuellement, les ruptures d’approvisionnement n’affectent aucun médicament pour plus de la moitié de ses références ». Les tensions d’approvisionnement ne deviennent véritablement problématiques que lorsqu’elles touchent un médicament d’importance thérapeutique majeure, sous brevet et qui a peu de variété de conditionnements. C’est exactement le cas des deux antidiabétiques actuellement sous tension.

Pour l’économiste Pascal Perez, ces tensions sont le fruit d’un système d’approvisionnement des pharmacies « archaïque et très couteux ». Les officines françaises doivent se fournir soit chez des grossistes-répartiteurs qui ont l’obligation d’avoir quinze jours de stock, soit chez des intermédiaires, soit directement auprès des laboratoires. Depuis l’an dernier, ces derniers sont obligés d’avoir des stocks de sécurité, mais le décret ne précise pas que ces stocks doivent être constitués en France, ce qui rend la mesure « largement inefficace » selon Pascal Perez.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • Ruptures

    Le 04 octobre 2022

    L'économiste qui juge la distribution aux officines archaïque devrait aller faire un stage dans une officine ou chez un grossiste pour savoir de quoi il parle….
    Ensuite, je serais curieux voire intéressé de savoir ce que cet économiste proposerait de très significativement mieux avant de casser une organisation très pointue.

    Antoine Hurard, pharmacien jeune retraité

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