Vaccins Covid contre variant delta, bonnes nouvelles d’Ecosse

Avant l’arrivée du variant delta du SARS-CoV-2, l’efficacité des vaccins BNT162b2 (Pfizer– BioNTech) et ChAdOx1 nCoV-19 (AstraZeneca) pouvait être considérée comme acquises, tout au moins face aux formes symptomatiques ou sévères de l’infection. Les mutations du virus ont rebattu les cartes, même si plusieurs études démontrent que ces vaccins n’ont rien perdu de leur pouvoir protecteur. Pour s’en convaincre, on pourra se référer aussi à une lettre à l’éditeur du New England Journal of Medicine, datée du 21 octobre 2021.

Une cohorte de cinq millions

C’est une plateforme écossaise, couplée au protocole EAVE II (Early Pandemic Evaluation and Enhanced Surveillance of COVID-19) qui a servi de base à l’étude. Elle a permis de colliger plusieurs informations pour 99 % de la population de l’Écosse (n = 5,4 millions) : vaccination, tests PCR, soins primaires, hospitalisations et décès. Au sein de cette vaste cohorte, l’efficacité des deux vaccins, Pfizer et AstraZeneca, entre le 1er avril et le 16 août 2021 a été évaluée à l’aide du modèle des risques proportionnels de Cox : à cette époque, le variant delta dominait largement et son identification reposait sur une PCR prenant en compte les mutations caractéristiques de ce dernier. La positivité du test était décrétée pour une valeur de cycle seuil (Ct) ≤ 30. Les décès imputables au coronavirus, c’est-à-dire survenus dans les 28 jours ayant suivi le test PCR positif, ont été établis à partir des certificats ad hoc. Des ajustements ont été faits sur l’âge, le sexe, le statut socio-économique et le nombre de comorbidités.

Au total, un test PCR a été réalisé chez 1 563 818 participants et s’est avéré positif dans 114 706 cas. Les données du séquençage ont établi que 99,5% des infections étaient bel et bien imputables au variant delta. Les non vaccinés étaient beaucoup plus jeunes que les vaccinés, plus souvent de sexe masculin et se distinguaient par ailleurs de ces derniers par un nombre plus faible de comorbidités et un statut socio-économique plus défavorable. Ces différences étaient particulièrement accusées dans le cas du vaccin AstraZeneca.

Efficacité des vaccins aux alentours de 90 % vis-à-vis de la mortalité

Au total, 201 décès ont été imputés au SARS-CoV-2 chez les sujets dont la PCR s’est avérée positive. Aucun décès n’a été déploré entre 16 et 39 ans en cas de vaccination complète, versus 17 chez les non vaccinés.

Entre 40 et 59 ans, l’efficacité du vaccin AstraZeneca sur la mortalité a été estimée à 88 % (intervalle de confiance à 95 %, IC, 76 à 93) et celle du vaccin Pfizer–BioNTech à 95 % (IC, 79 to 99). Au-delà de 60 ans, les valeurs correspondantes ont été respectivement de 90 % (IC, 84 à 94) et 87 % (IC, 77 à 93). Quatorze jours au moins après l’administration de la deuxième dose de vaccin, l’efficacité du Pfizer–BioNTech a été globalement estimée à 90 % (IC 95%, 83 à 94), versus 91 % (IC 95%, 86 à 94) pour l’AstraZeneca.

Cette vaste étude de cohorte aboutit à des résultats rassurants : les deux vaccins utilisés en Écosse, alors que le variant delta régnait en maître quatre absolu, offrent une protection substantielle contre les complications de la Covid-19, du moins contre les décès qui lui sont imputables.

Dr Peter Stratford

Référence
Sheik A et coll. : BNT162b2 and ChAdOx1 nCoV-19 Vaccine Effectiveness against Death from the Delta Variant N Engl J Med. 2021 (20 octobre) : publication avancée en ligne le 20 Octobre. doi: 10.1056/NEJMc2113864.

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Vos réactions (2)

  • Différence létalité-mortalité

    Le 22 octobre 2021

    Remarquable étude qui confirme l'efficacité du vaccin.
    Stricto sensu les résultats portent sur la létalité (pourcentage de décès parmi les cas de Covid 19) et non sur la mortalité de la covid 19 (nombre de décès lié à la Covid rapporté à la population générale).
    Pour la période étudiée, Il y a eu 201 décès parmi les 114 000 cas +, soit une létalité de 1,7 p 1000 et une mortalité de 0,134 p 1000 (201/1,5 millions).
    Cela bien sûr ne change pas la conclusion mais les IC auraient été plus faibles si les calculs avaient porté sur la mortalité.

    Pr Dominique Baudon

  • Vaccin quand tu nous tiens

    Le 23 octobre 2021

    Les vaccins sont tellement efficaces qu'il est question d'une 3ème, voire 4ème dose dès que possible. Abondance de bien...
    Certaines autorités viennent même de constater que le Janssen pour lequel on préconise un rappel Pfizer un mois après la monodose serait finalement plus protecteur que tous les autres 8 mois plus tard et que, in fine, une demi-dose de Pfizer serait probablement suffisante. (QDM).

    Un jour oui, un jour non. Devant ce qui ressemble à une cacophonie organisée, j'aimerai bien que l'on m'explique le fin mot de l'histoire sans fin. Peut-être que le prochain avènement du Molnupiravir de chez Merck à 650 dollars le traitement curatif ou préventif de formes graves (Univadis 14 10 2021) viendra régler ce problème qui apparaît aujourd'hui plus financier et politique que médical. Affaire à suivre.

    Dr Patrick Mongeard

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