Evolution du marché de la contraception en France : la pilule continue de diminuer

D. SERFATY,
Paris

Le marché de la contraception estroprogestative (EP) continue de diminuer depuis la crise de la pilule en France (2011-2013). Les principales caractéristiques de ce marché figurent dans le tableau 1.

La pilule EP

Cette pilule reste la première méthode de contraception réversible en France, mais les ventes continuent de diminuer : 50 millions d’unités en 2013, 47 millions en 2014, 45,8 millions en 2015 et 43,7 millions de plaquettes mensuelles en 2016. Ce sont notamment les pilules de 3 e et de 4e génération qui ont le plus diminué (25,5 millions d’unités en 2012, 10 millions en 2014 et 8 millions environ en 2016 (tableau 2).

Parmi les pilules EP, celle associant 20 µg d’éthinylestradiol (EE) et 100 µg de lévonorgestrel (LNG) continue de progresser en France : 6,1 millions de plaquettes en 2012, 14 millions en 2014, 14,7 millions en 2015 et 14,9 d’unités en 2016. La récente publication de plusieurs résultats de la grande étude prospective internationale post-marketing (INAS-SORE) (1) relative à la pilule EP au valérate d’estradiol, plutôt favorable à Qlaira® quant au risque de maladie thromboembolique veineuse, va-t-elle dynamiser ce marché de la contraception orale EP ?

Les autres contraceptifs hormonaux estroprogestatifs

Les autres contraceptifs hormonaux estroprogestaifs (patch EP, anneau vaginal EP) ont, eux-mêmes, subi une diminution notable en 2016, poursuivant ainsi leur décroissance depuis la « crise » de la pilule en France. Attendons le patch hebdomadaire au lévonorgestrel (Twirla®) et les anneaux vaginaux à la nestorone-estradiol de plus longue durée pour espérer un « réveil » de ces contraceptifs de semi-longue durée, favorables en matière d’observance (2).

Les micropilules progestatives pures

Les micropilules progestatives pures (MPP) continuent, en revanche, leur progression régulière (tableau 3): 8 millions de plaquettes en 2011, puis de 10 millions en 2014 et 12,3 en 2016. La MPP anti-ovulatoire au désogestrel 75 µg (Cerazete®) et ses nombreux génériques, dont plusieurs sont maintenant remboursables par la

Sécurité sociale, représentent désormais plus de 90 % de ce marché microprogestatif oral en France. Ceci est également probablement la conséquence de la « dépression » de la contraception estroprogestative en France.

L’implant progestatif contraceptif à l’étonogestrel (nexplanon®)

Il se porte mieux. Près de 170 000 unités en 2012, puis de 213 000 en 2014 et 220 626 en 2016. L’OMS, dans la 5e édition de ses « Medical Eligibilty Criteria for Contraceptive Use » (3) mentionne un 2e implant progestatif au lévonorgestrel (Sino-Implant (II) : 2 bâtonnets de 75 mg de lévonorgestrel chacun, durée d’efficacité = 5 ans)(2). Ceci ne peut que profiter à ce marché de la contraception implantable.

Le marché de la contraception intra-utérine

Ce marché a été relativement stable en 2016 en France. Si les systèmes intra-utérins au lévonorgestrel (SIULNG) (Mirena® et Jaydess®) ont un peu diminué en 2016 (390 741) par rapport à 2015 (400 138 unités), les dispositifs intra-utérins au cuivre (DIU-Cu) dont il existe une trentaine de modèles en France ont un peu augmenté : 343 883 unités en 2015, 376 076 en 2016.

En 2018, un nouveau SIU-LNG, Kyleena®, intermédiaire entre Mirena® et Jaydess® (mêmes dimensions réduites que Jaydess® ; mais même durée d’action, 5 ans, que Mirena®, 5 ans ; taux de diffusion quotidien de LNG = 16 µg), fera son apparition et dynamisera sûrement ce marché de la contraception intra-utérine qui reste la première méthode de contraception réversible au monde et, chez les femmes de plus de 35 ans, en France.

La contraception d’urgence

La contraception d’urgence a poursuivi sa progression régulière en France où il s’est vendu près de 1 337 000 plaquettes de contraceptifs d’urgence en 2016 : LNG 1,5 mg (Norlevo® et ses génériques) ; ulipristal acétate 3 mg (EllaOne®). Il est utile de rappeler que les contraceptifs d’urgence ne nécessitant pas de prescription sont remboursés par la Sécurité sociale lorsqu’ils sont prescrits et que les CU au LNG et à l’UPA sont vendus au même prix (4 €) dans les collectivités, les hôpitaux et les centres de planning familial.

En résumé

En France en 2016, la contraception estroprogestative a diminué ; la contraception microprogestative orale a nettement progressé. La contraception d’urgence a légèrement progressé et la contraception intra-utérine est restée relativement stable, à un bon niveau. Quant aux IVG en France, les derniers chiffres montrent une stabilité, voire une légère diminution (tableau 4).

Quelles perspectives pour le marché de la contraception en France en 2017 ? Il est très probable que l’évolution de ce marché, toujours influencé par la crise de la pilule en France et peut-être par le souhait d’une contraception « naturelle » (green contraception des Anglo-Saxons), sera calqué sur celui de 2016.

Références

1. Dinger J, Minh TD, Heinemann K. Impact of estrogen type on cardiovascular safety of combined oral contraceptives. Contraception 2016 ; 94 : 328-39.
2. Serfaty D. La contraception du futur. In: La Contraception. Éditions ESKA, Paris, 2016, pp 584-619.
3. WHO. Medical Eligibility Criteria for Contraceptive Use. 5th edition 2015.
4. Vilain A. Les interruptions volontaires de grossesses en 2015. DREES Études et résultats 2016 ; 968(Juin).

Copyright © Gynecologie pratique, juin 2017

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