Hibernatus, l’avenir de l’odyssée de l’espace ?

Mars, le samedi 18 mars 2023 – Les longs voyages spatiaux* soumettent les astronautes à de nombreux défis physiologiques et psychologiques qui pourraient être résolus, selon certains chercheurs, grâce à l'hibernation.

De la science-fiction aux laboratoires de recherche

L'idée n'est pas nouvelle et a été envisagée dès les années 1960, notamment dans le film L'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick, mais demeurait une hypothèse de science-fiction. Désormais, les équipes de recherche des agences spatiales travaillent sur des techniques pour induire cet état de ralentissement des fonctions physiologiques chez les astronautes.

Les avantages de l'hibernation pour les voyages spatiaux seraient multiples, et permettraient notamment de réduire la consommation de nourriture et d'oxygène, et donc la masse du chargement. Alexander Chouker, réanimateur à l'hôpital universitaire de Munich et coresponsable d'un groupe de travail sur l'hibernation à l'ESA (European Space Agency), explique dans Le Monde : « chaque kilo à bord revient à plus de 10 000 euros. Imaginez ce que cela représente pour un équipage qui part sur Mars pour une mission de deux ans et demi. Or, les animaux qui hibernent cessent de s'alimenter et de boire, ne produisent plus de déchets. C'est une aubaine ». En outre, l'hibernation pourrait réduire les risques de maladies et de blessures pour les astronautes et les effets néfastes des radiations sur le corps humain.

Cependant, comme on s'en doute, l'hibernation demeure un défi. L'une des principales difficultés est de préserver la masse musculaire et osseuse pendant l'hibernation. De plus, "l'hibernation humaine" serait à haut risque de thrombose.

Le secret de l’ours

Dans le viseur des chercheurs, les mécanismes de l'hibernation chez les ours. Des recherches sont ainsi menées pour comprendre comment malgré l'hibernation ces plantigrades ne sont pas victimes de fonte musculaire et de perte osseuse, ainsi que pour étudier le rôle du microbiote dans la protection musculaire. L'ESA a même constitué une équipe pour concevoir un vaisseau capable d'accueillir un "hibernaculum".

Chimérique ou à portée de main ?

Des scientifiques chinois de l'Institut de technologie avancée de Shenzhen ont réussi à provoquer une hypothermie régulée chez des singes. Dans leur étude, ils concluaient : « Nous montrons ici que l'activation d'une sous-population de neurones de la zone préoptique par une stratégie chimiogénétique induit de manière fiable une hypothermie chez des macaques anesthésiés ».

Bien que cela reste un projet à long terme, certains scientifiques estiment donc qu'il est probable que l'hibernation artificielle deviendra un jour une réalité pour les voyages spatiaux.

Angelique Van Ombergen, responsable des sciences de la vie à l’Agence spatiale européenne (ESA) trace ainsi son plan dans le journal Le Monde : « D’abord, déterminer nos besoins. Observer ce que les animaux hibernants font qui serait susceptible de nous aider. Déterminer ce que des non-hibernants peuvent faire et dans quelle mesure ce serait applicable aux humains. Enfin, mettre en œuvre les technologies associées. Le processus est lancé. La distance à parcourir reste longue. Mais il est indispensable de travailler dans cette direction, tant les promesses sont grandes ».

Mais l’hibernation humaine a aussi ses contempteurs et une équipe chilienne avait conclu en 2022 que seuls les petits mammifères économisent de l’énergie pendant l’hibernation et que vouloir faire hiberner des hommes pendant plusieurs mois était chimérique.

*de 200 à 350 jours vers Mars, 6 ans vers Jupiter !

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Heureux

    Le 18 mars 2023

    De ne jamais connaître ce temps à venir.
    Et pourtant, comme tous, étant gosse, j'ai rêvé de vivre dans une autre époque (plus proche d'une grande longévité en bonne santé).

    Pr émérite André Muller

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.