Le biohacking transhumaniste venu de l’Est

Moscou, le samedi 22 février 2020 – Dépasser les limites du corps humain et notamment celles imposées par le vieillissement en expérimentant sur soi-même des technologies ou des traitements nullement validés : tels sont les défis que se sont lancés ceux que l’on appelle les biohackers (ou parfois les transhumanistes). C’est une pratique qui est née en Californie, dans l’environnement foisonnant de la Silicon Valley qui semble offrir une légitimité aux plus folles audaces. Ainsi, l’un des biohackers les plus célèbres est l’américain Josiah Zayner, devenu célèbre après avoir tenté d’utiliser la méthode Crispr-Cas9 pour renforcer l’activité de sa tyrosinase… mais sans succès.

Médicaments facilement accessibles sans prescription

Mais la fièvre du biohacking s’étend largement au-delà des frontières américaines. Ainsi, en Russie, une poignée d’individus se passionnent pour ces programmes dédiés à l’amélioration de toutes les capacités du corps, dans l’espoir d’en repousser les inévitables défaillances. Si la Russie est un terrain privilégié, c’est en raison d’une certaine dérégulation du secteur médical. « En théorie, pour obtenir des médicaments, vous avez besoin d’une prescription médicale. Mais en Russie, cela est loin d’être vrai. Ici, presque n’importe quelle substance peut être achetée facilement en pharmacie. C’est pourquoi tout est possible », expliquait il y a près de deux ans à Russian Beyond the Headlines (une agence de presse officielle du gouvernement russe) Denis Varvanets, qui fait partie de la petite communauté des biohackers russes.

Un essai totalement incontrôlé de metformine

A cette spécificité réglementaire, s’ajoute une certaine prédilection pour le contrôle qui est une orientation fréquente chez les biohackers : procéder à une évaluation minutieuse de l’ensemble de ses paramètres pour déterminer ses besoins et les procédures d’amélioration potentiellement efficaces. Ainsi, Stanislav Shakoun, récemment interrogé par une équipe de journalistes de l’AFP fait procéder à une analyse très complète et fréquente d’un grand nombre de ses marqueurs biologiques. Sur la base des résultats obtenus, et fort de sa lecture intensive quotidienne de la littérature scientifique et médicale, il se concocte un programme personnalisé reposant sur la prise de vitamines et autres compléments alimentaires. Mais ce dopage va bien plus loin quand il s’agit d’essayer des traitements médicamenteux en dehors de toute indication. Stanislav Shakoun a ainsi testé en 2018  la prise de metformine, en dépit de possibles effets secondaires. Mais il ne se risque pas à de telles expérimentations sans une certaine rigueur scientifique : il compile très minutieusement l’ensemble de ses résultats, à la recherche notamment du juste dosage pour chacun des compléments et vitamines qu’il utilise.

Risques et gadgets

S’astreindre à cette discipline n’empêche pas Stanislav Shakoun d’être conscient des risques de ce type de pratiques, qui sont de divers ordres. D’abord, les accidents ne sont pas impossibles. La mort d’un américain de 28 ans en avril 2018, Aaron Traywick, retrouvé inanimé dans un caisson d’isolation sensorielle, avait ainsi constitué un signal de rappel, même si beaucoup ont voulu croire que l’imprudence de ce dernier n’était pas semblable à la pratique de la plupart des biohackers. Par ailleurs, les prétendues promesses du biohacking peuvent donner lieu à différentes escroqueries ou tout au moins à des expérimentations relevant du gadget où l’intérêt "médical" est inexistant. C’est ainsi que Vladislav Zaïtsev, après avoir interrompu ses études de médecine, propose l’implantation de puces (réservées normalement à l’usage vétérinaire) pour ouvrir son portail ou passer les portiques du métro. Il a été le premier expérimentateur de cette "technologie" et fait désormais payer 2 000 roubles (moins de 30 euros) l’implantation de ce type de dispositifs. S’il se félicite de contribuer à « élargir les capacités du corps humain », beaucoup pourraient sourciller face à de tels artifices dont la pertinence apparaît discutable.

Aurélie Haroche

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