Quelle première pharmaceutique majeure célèbre ses 200 ans cette année ?

Paris, le samedi 4 avril 2020 – Déjà, le noyau quinoléine de la quinine était un des (très nombreux) nerfs de la guerre. Au cours de la seconde guerre mondiale, les troupes australiennes et américaines furent en effet, un temps, privées de traitements préventifs contre le paludisme, après le bombardement des stocks de quinine à Amsterdam par les Nazis et l’envahissement de l’île de Java par les Japonais.

Les deux Joseph

Au-delà de cette anecdote, les connaisseurs de l’histoire de la quinine, dont le noyau quinoléine est le même que celui des aujourd’hui très célèbres chloroquine et hydroxychloroquine, n’espéraient sans doute pas que le deux-centième anniversaire d’une étape essentielle pour l’utilisation de cette substance connaîtrait un tel retentissement. C’est en effet il y a exactement deux-cent ans que les chimistes français Joseph Pelletier et Joseph Caventou présentèrent à l’Académie de médecine deux communications essentielles décrivant comment ils étaient parvenus à extraire les principes actifs de l’écorce de quinquina rouge ou jaune. Grâce à cette première fondamentale, le recours à la quinine pour le traitement des fièvres palustres allait pouvoir être beaucoup plus précis.

Apothicaire royal !

On n’attendit cependant pas cette étape essentielle pour recourir à la quinine. Les propriétés du quinquina ont en effet été décrites dès le XVIème siècle par les Espagnols au cours de leur conquête de l’Amérique du Sud. Au XVIIème siècle, alors que les marais favorisaient les accès palustres dans toute l’Europe et que les fièvres diverses étaient nombreuses, la quinine commercialisée par les frères jésuites de retour du Pérou (ce qui lui valut son surnom de « poudre des Jésuites ») constituait un traitement pour les privilégiés. D’ailleurs, après le rétablissement du grand Dauphin de France ainsi pris en charge en 1679, Louis XIV somma l’apothicaire Royal de publier un édit sur les bénéfices de ce traitement… ce qui montre comment, déjà à l’époque, médecine et politique pouvaient être liées !

Les destins liés de Joseph de Jussieu et du professeur Raoult

L’avenir nous dira si, en cas de mise en évidence d’une efficacité de l’hydroxychloroquine dans le Covid-19, les responsables des équipes à l’origine de cette "confirmation" useront de la même manière avec le professeur Raoult que Charles de La Condamine avec Joseph de Jussieu. Le premier, en effet, présenta sous son nom à l’Académie royale des Sciences les travaux sur l’efficacité (on disait alors les vertus) de la quinine que le second lui avait confiés et dont il ne put que difficilement prouver la paternité : le reste de ses recherches conduites au Pérou lui ayant été dérobé ou ayant été perdu dans divers naufrages ! Heureusement, aujourd’hui Internet est à l’abri de tels désastres (espère-t-on). 

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article