Emblématique

Paris, le samedi 25 janvier 2020 – Bien sûr, tous les indices, même les plus saillants peuvent être trompeurs. Mais il est des situations où la réalité des faits est si difficile à approcher que l’on est tenté de s’y fier. Ici, les indices sont un soutien quasiment unanime. Plus de 200 associations intervenant auprès de familles touchées par l’autisme, deux secrétaires d’Etat aux personnes handicapées successifs, Ségolène Neuville et Sophie Cluzel et différents responsables impliqués dans la prise en charge de l’autisme et du handicap ont clairement manifesté leur indignation de voir cette femme privée de ses enfants. Pourtant, les dernières informations disponibles indiquent que la situation n’a pas évolué.

Une longue bataille judiciaire

Tout commence en 2015 quand l’aide sociale à l’enfance lance une enquête après un signalement préoccupant émanant de l’hôpital de jour de Saint-Marcellin en Isère. Rachel vit seule avec ses trois enfants, qui souffrent de troubles du développement, qui seront tous confirmés par des diagnostics médicaux, notamment du Centre de Ressources pour l’Autisme. Pourtant, constatant certains des symptômes qui affectent les enfants et qui figurent également parmi les signaux devant faire suspecter maltraitance et négligence, les services sociaux considèrent que ces petits sont d’abord les victimes du comportement de leur mère. Ils reprochent en outre à cette dernière une perception dépréciative de ses enfants, concentrée prioritairement sur leur pathologie et s’appuient notamment sur ce point sur le rapport du service hospitalier ayant soupçonné la mère d’invoquer un « faux diagnostic d’autisme ». Bientôt, les trois enfants sont retirés du foyer de leur mère. Et en dépit des appels, de la confirmation par les juges de la validité des diagnostics établis par différents centres, les enfants demeuraient placés en famille d’accueil selon les informations disponibles les plus récentes.

Dysfonctionnements multiples

Quels que soient les détails spécifiques de cette affaire qui ont pu favoriser certaines décisions des services sociaux et des juges, pour beaucoup, le cas de Rachel, qui a bénéficié d’une très large médiatisation (à travers notamment le reportage que lui a consacré la réalisatrice Marion Angelosanto qui a été diffusé cette année sur Public Sénat), est symptomatique de plusieurs dysfonctionnements.
Les dysfonctionnements tout d’abord de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) dont certains responsables présentent un déficit de formation certain, qui conduit à une absence de distinction entre des symptômes évocateurs de l’autisme et ceux qui doivent orienter vers une maltraitance. Cette confusion s’explique également en raison de la crainte de certains services de manquer le repérage de véritables cas de violence et de négligence. Dans Marianne, récemment, Laurent Puech, président et vice-président jusqu’en 2013 de l’Association nationale des assistants de service social faisait remarquer : « Les professionnels craignent moins de provoquer un placement abusif que de passer à côté d’une maltraitance et être tenus responsables d’un drame. Ainsi une équipe peut alerter le procureur de la République et, voulant protéger l’enfant, se protéger elle-même pour éviter tout accusation. Comme la peur progresse, il y a de plus en plus d’informations préoccupantes et d’institutions qui veulent se couvrir ».

L’affaire de Rachel met également en évidence la difficulté pour la justice de se dédire, même quand elle accepte de constater les limites des fondements de ses décisions précédentes. Cette difficulté est d’autant plus forte lorsque les mesures imposées par la justice ont pu conduire à une détérioration des liens tel qu’un retour dans la famille pourrait se révéler dangereux, créant un véritable cercle vicieux.
Les associations défendant les familles touchées par l’autisme notent enfin que le cas de Rachel rappelle également non seulement la méconnaissance de l’autisme mais aussi la persistance de représentations totalement dévoyées de cette maladie, où la culpabilité de la mère est mise au premier plan.

Quand tout devient autisme

Cependant, on ne peut également oublier de constater, en s’éloignant du cas spécifique de Rachel, comment la visibilité que connaît l’autisme depuis quelques années a pu conduire à des diagnostics hâtifs et parfois non légitimes et à une préoccupation peut-être exagérée des familles. D’ailleurs, la constatation dans certains pays d’une diminution du nombre de diagnostics va dans le sens d’une prise de conscience après une possible tendance au surdiagnostic. De plus, s’il est certain qu’aucun placement abusif ne saurait être excusé par la lutte contre les maltraitances, on ne peut également oublier que ces dernières peuvent prendre des formes très diverses et que l’on ne peut reprocher une vigilance soutenue à des services si souvent critiqués pour leur prétendue trop grande indulgence.
Enfin, l’émotion inévitable que suscitent le portrait de Rachel et la douleur d’une séparation, prononcée comme une sanction, que même les jugements ne parviennent pas à pleinement justifier, il convient de rappeler que les placements abusifs restent rares. Ce phénomène qualifié de « minoritaire » n’en est pas moins un « vrai sujet » selon Laurent Puech. Les responsables publics en sont d’ailleurs conscients qui se sont exprimés à plusieurs reprises sur le sujet ces derniers mois. Ainsi, Adrien Taquet, secrétaire d’état à la protection de l’enfance a indiqué avoir missionné un groupe de travail chargé de recenser les cas de « placements abusifs ». Il précisait en octobre dernier au site dédié au handicap Faire Face que « sept affaires sont arrivées sur mon bureau. Je veux faire en sorte que ces situations dramatiques ne se produisent plus afin qu’il n’y ait plus d’enfants handicapés placés à tort ». De son côté, la déléguée interministérielle à l’autisme, Claire Compagnon a récemment signalé la nécessité de mettre l’accent sur la formation concernant l’autisme « de nombreux professionnels et notamment les travailleurs sociaux, les médecins, les psychologues et les enseignants ». 

Aurélie Haroche

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