Pourquoi la récente alerte de l’Académie de médecine n’était pas si fumeuse ?

Paris, le samedi 24 février 2018 – Le communiqué nous était paru quelque peu intriguant. Pas totalement inattendu, compte tenu de la capacité fréquente de l’Académie de médecine à sortir des sentiers battus. Mais cette confiance affichée dans les médicaments en une époque où ils sont plutôt dans l’œil du cyclone avait néanmoins quelque peu déconcerté. En outre, alors que les conséquences du défaut d’information des méfaits du valproate de sodium chez les femmes enceintes sont encore dans tous les esprits, l’action pouvait être considérée comme dérangeante. C’est dans cet état d’esprit quelque peu circonspect que nous avions relayé le récent communiqué de l’Académie de médecine mettant en garde contre une utilisation trop large, potentiellement délétère, du pictogramme apposé sur les boîtes de médicament signalant un risque pour les femmes enceintes.

Une idée qui ne fait pas un tabac

Pourtant, rapidement, la sagacité des pontes de l’Académie de médecine a pu être démontrée. Les textes publiés l’année dernière encadrant l’apposition de pictogrammes spécifiques sur les médicaments tératogènes ou fœto-toxiques ont en effet conduit à l’application du symbole sur les boîtes de substituts nicotiniques. Dans un pays où le tabagisme constitue encore un fléau important face auquel toutes les forces n’ont pas été parfaitement engagées et alors que la consommation de cigarettes chez les femmes enceintes constitue un enjeu à part entière, cette alerte est considérée comme contre-productive. La Société francophone de tabacologie (SFT) ne cache pas son étonnement : « Le traitement de substitution nicotinique est le seul traitement médicamenteux autorisé chez la femme enceinte. Nous sommes tous conscients de la priorité de prise en charge de ces femmes enceintes fumeuses, chez lesquelles ces traitements sont souvent une aide précieuse. L’ajout de ce pictogramme risque d’avoir un impact majeur négatif sur l’acceptabilité et l’observance au traitement par les patientes », écrit l’organisation. Cette dernière rappelle encore que bénéficiant d’une indication pour la femme enceinte depuis 1997, les substituts nicotiniques « n’ont pas montré d’effet néfaste pour la grossesse contrairement au tabagisme ». Aussi, ces spécialistes espèrent une révision en « urgence » de l’apposition de ce pictogramme... Une demande qui confirme que l’alerte générale de l’Académie de médecine n’était peut-être pas si fumeuse !

Aurélie Haroche

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