Il faut suffisamment de protéines pour préserver la mobilité du sujet âgé

Les besoins quotidiens en protéines déterminés en fonction du poids varient en fonction de l’âge, du sexe et de l’activité musculaire. Ils sont estimés à 0,8-0,9 g/kg/jour – soit environ 9 à 12 % de la ration calorique journalière totale-, selon les recommandations officielles qui concernent d’abord et avant tout le sujet jeune. Ces dernières reposent d’ailleurs sur des études à court terme réalisées dans les tranches d’âge plutôt basses et font appel au bilan azoté qui évalue l’équilibre entre les besoins et les apports en protéines. Il s’avère que, chez le sujet âgé, les recommandations doivent être adaptées pour limiter la fonte musculaire et préserver des performances physiques optimales, en sachant que la consommation de protéines est souvent boudée avec l’avancée en âge.

Les conséquences d’un apport protéique insuffisant ont été évaluées dans le cadre de l’étude de cohorte prospective Health ABC qui se déroule à Memphis (Tennessee) et Pittsburgh (Pennsylvanie). Une de ses particularités est l’inclusion de sujets âgés de 70 à 79 ans, au nombre de 1 998, vivant tous au sein de la communauté. Au cours d’un suivi de 6 années, une relation a été recherchée entre les apports protéiques et l’apparition d’une limitation des capacités physiques, celles-ci étant indemnes à l’état basal.

Pouvoir marcher un quart de mile ou gravir un escalier de dix marches

L’apport en protéines (g/kg de poids corporel/jour) a été calculé à l’état basal à partir d'un questionnaire de fréquence alimentaire, comportant 108 items. La limitation de la mobilité, pour sa part, a été évaluée semestriellement à partir d’informations fournies par les participants, en l’occurrence, concernant des difficultés rencontrées pour parcourir 402 mètres (un quart de mile) ou gravir dix marches d’escalier. Cette limitation, pour être considérée comme significative, devait avoir été constatée lors de deux contacts semestriels consécutifs. L’association entre les deux variables ainsi définies a été évaluée au moyen d’une analyse multivariée selon la méthode des risques proportionnels de Cox, avec ajustement en fonction des données démographique, des facteurs comportementaux, des maladies chroniques éventuelles, des apports énergétiques totaux et de la taille.

Au moins 1g/kg/jour

L'apport protéique moyen a été estimé à  0,91 ± 0,38 g /kg de poids corporel/jour et, dans 43 % des cas, les valeurs déclarées étaient inférieures à celles définies dans les recommandations (< 0,8 g/kg/j). Au cours des 6 années de suivi, chez 705 participants (35,3 %) une limitation significative de la mobilité s’est installée. La consommation de protéines a été répartie en tertiles. Par rapport au tertile supérieur  (≥ 1,0 g/kg/j), les tertiles inférieurs ont été associés à un risque plus élevé de limitation de la mobilité : (1) < 0,7 g/kg/j : risk ratio (RR) = 1,86 (IC95 %, 1,41-2,44) : (2) 0,7-1 g/kg/j : RR=1,49  (IC, 1,20-1,84).

Cette étude de cohorte prospective suggère qu’une consommation insuffisante de protéine peut favoriser la limitation de la mobilité qui guette le sujet âgé, vivant au sein de la communauté. Dans la tranche d’âge explorée (70-79 ans), les apports protéiques doivent être  ≥ 1,0 g /kg/j pour s’opposer au déclin des performances physiques. Il importe d’encourager la consommation de protéines, lesquelles sont volontiers délaissées au fur et à mesure que l’âge avance.

Dr Philippe Tellier

Références
Houston DK et coll. : Protein Intake and Mobility Limitation in Community-Dwelling Older Adults: the Health ABC Study. J Am Geriatr Soc., 2017; 65: 1705-1711.

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