MCV et grossesse aux USA, une fâcheuse tendance

Des maladies cardiovasculaires (MCV) accompagnent 1 à 4 % des quatre millions de grossesses déclarées annuellement sur le territoire des Etats-Unis. Il s’agit d’ailleurs de la principale cause de mortalité maternelle, plus d’un décès sur trois (33,6 %) leur étant imputable. Les MCV, quelle que soit leur cause, exposent de fait la femme enceinte à de nombreuses complications dont l’incidence n’a cessé d’augmenter entre 1987 et 2017, tout au moins aux Etats-Unis. Qu’en est-il au cours de la dernière décennie (1er janvier 2010- 31 décembre 2019) ?

C’est à cette question que répond une étude de cohorte rétrospective menée dans le monde réel de ce pays, dans laquelle ont été incluses toutes les femmes enceintes hospitalisées (n = 39 212 104) au cours de cette période. Les informations nécessaires ont été extraites d’une base de données nationales, en l’occurrence la Nationwide Readmission Database.

La prévalence des MCV au sein de cette cohorte a été globalement estimée à 11,3 % (n= 4 409 924). Sa valeur annuelle, ajustée selon l’âge, est passée de 9,2 % à 14, 8 % en 2019 (p < 0,001). Les troubles hypertensifs de la grossesse dominent nettement avec une incidence de 1 069/10 000, très loin devant la dissection aortique(0,1/10 000) qui a représenté de fait la complication la moins fréquente. La prévalence de tous les sous-types de MCV a augmenté, à l’exception des valvulopathies qui a connu une évolution inverse.

Prévalence accrue en 10 ans mais diminution de la mortalité hospitalière

La mortalité hospitalière ajustée à l’âge, toutes causes confondues, a diminué au cours de cette décennie, passant de 8,2 en 2010 à 6,5/10 000 en 2019 (p<0,001), ceci dans l’ensemble de la cohorte, qu’il y ait ou non une MCV.

Une comparaison du type cas-témoins (MCV+ versus MCV-) a révélé que les MCV multipliaient par plus de 15 la mortalité hospitalière, l’odds ratio (OR) correspondant étant de 15,51 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% 13,22–18,20, p < 0,001]. D’autres associations significatives ont été relevées : (1) risque de réhospitalisation dans les six premières semaines du post-partum quasiment doublé (OR: 1,97, IC 95%: 1,95–1,99) ; (2) risque d’infarctus du myocarde plus que triplé (OR: 3,04, IC 95%: 2,57–3,59) ; (3) risque d’AVC presque triplé (OR: 2,66, IC 95%: 2,41–2,94)(p < 0,001 pour toutes ces variables).

Au cours de la dernière décennie, chez la femme enceinte, la prévalence de toutes les MCV, quelle que soit leur cause, a augmenté de manière significative aux Etats-Unis, à la seule exception des valvulopathies. Ces MCV sont à l’origine d’une surmortalité hospitalière considérable selon une comparaison du type cas-témoins. Elles favorisent par ailleurs les readmissions dans le post-partum tout en exposant à un surrisque d’infarctus du myocarde et d’AVC. Cependant et c’est la seule bonne nouvelle, la mortalité hospitalière globale a sensiblement diminué (d’environ 20 % en valeur relative) entre 2010 et 2019, indépendamment de l’existence ou non d’une MCV.

Dr Philippe Tellier

Référence
Majmundar M et coll. : Prevalence, trends, and outcomes of cardiovascular diseases in pregnant patients in the USA: 2010–19. Eur Heart 2023: 44 (9): 726–737. doi.org/10.1093/eurheartj/ehac669.

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