Un ronflement mortel…

Le ronflement chronique s’associe volontiers au syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). Mais il pourrait avoir des conséquences néfastes per se, donc indépendamment du syndrome en question.  Une étude transversale de type cas-témoins a inclus plus de 77 000 sujets qui ont tous bénéficié d’une évaluation des évènements survenus durant le sommeil. L’enregistrement de ceux-ci a été fait sur un appareil portable utilisé en ambulatoire, lequel a permis de prendre en compte les caractéristiques du ronflement chronique et des troubles associés, ceci avec une finesse extrême.

En effet, une analyse acoustique du ronflement a été effectuée avec évaluation de sa fréquence horaire, de son volume sonore (en dB) et de sa forme clinique impliquant ou non le palais dans sa genèse. 

La mortalité a été établie à partir d’une base de données nationale, en l’occurrence la Social Security Death Master File (1 653 décès).

Une corrélation entre la survie et les caractéristiques cliniques du ronflement a été recherchée au travers d’une analyse multivariée par régression logistique multiple.  Celle-ci a mis en évidence une relation significative entre la mortalité globale et les variables suivantes :

1) âge avancé (odds ratio OR=1,84 ; p<0,001) ;
2) indice de masse corporelle (IMC) (1,23 ; p<0,001) ;
3) sexe masculin (1,38 ; p<0,001).

La présence d’un SAOS a quelque peu modifié les associations précédentes.  En l’absence de ce syndrome (IHA, index d’apnées et d’hypopnées < 5) avec un IMC < 30 kg/m2 (n=5 955), l’augmentation de la fréquence et de la sévérité du ronflement chronique a été associée à une élévation du risque relatif, en fait à un odds ratio ajusté (ORA) de décès de 1,16, l’ajustement ayant intégré l’âge et le sexe (p=0,034). Dans tous les cas, le ronflement dans ses formes les plus marquées, sans rapport avec un dysfonctionnement du palais, a été associé à une augmentation significative de la mortalité, l’OR correspondant étant en effet de 1,21 (p<0,001) après ajustement en fonction de l’âge, du sexe, de l’IMC et de l’IAH. Les analyses de survie ont conduit à des résultats similaires à ceux de la régression logistique.

En bref, si l’on en croit les résultats de cette étude de cas-témoins, le ronflement chronique est associé à une augmentation significative de la mortalité même en l’absence de SAOS et avec un IMC < 30 mg/m2. Hypothèses à confirmer par des études longitudinales.  

Dr Philippe Tellier

Référence
Rich J et coll. : An Epidemiologic Study of Snoring and All-Cause Mortality. Otolaryngol Head Neck Surg., 2011 ; Publication avancée en ligne le 18 mars.

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