Cancer du poumon non à petites cellules : le délai avant traitement influe-t-il sur le pronostic ?

Il est toujours intéressant de connaître les délais de prise en charge (Dpec) des cancers du poumon car on se demande s’ils peuvent influer sur le pronostic. Une étude québécoise apporte des résultats intéressants.

Elle a inclus 495 patients consécutifs pris en charge dans une même institution entre Janvier 2005 et Mai 2007 avec une majorité de stades avancés (60 % stades IIIB et IV).

Soixante-quatre pour cent des patients ont eu un traitement standard (TS) qui répond aux recommandations actuelles.

Les autres ont eu un traitement « non standard » (TnS) sans précision (19 %) ou des soins palliatifs (SP) (17 %).

Les délais de traitement ont été calculés à partir de la date de la première découverte d’une image pulmonaire anormale.

Le Dpec médian de tout le groupe est de 62 jours. Le plus court est celui des patients en soins palliatifs (29 jrs), le plus long celui des patients recevant un TS (73 jrs).

En cas de TS (319 patients), les stades localisés et régionaux (médiastin) ont des Dpec relativement longs (Cf tableau).

Par exemple, pour 105 patients chez lesquels un diagnostic anatomopathologique n’a pu être obtenu avant la chirurgie malgré plusieurs tentatives, le délai 1ère image pathologique/chirurgie était de 88 jours.

Pour 90 patients avec un diagnostic anatomopathologique établi, le délai médian 1ère image pathologique/diagnostic histologique était de 31 jours et le délai diagnostic histologique/traitement de 56 jours en cas de chirurgie et de 61 jours en cas de chimiothérapie.

Les patients traités en SP ou avec un TnS sont plus rapidement pris en charge car leur état ne nécessite pas de bilans exhaustifs.

 

Délais de prise en charge en fonction des traitements et des stades


 

Les relations entre Dpec et survie ont été étudiées pour les patients recevant un TS avec un suivi médian de 8 mois.

La survie médiane estimée était de 35 mois pour les stades localisés, de 30 mois pour les stades régionaux et de 8 mois pour les stades avancés (p < 0,001).

De nombreux critères ont été étudiés (âge, sexe, histologie, statut tabagique, délais et modalités de traitement…) pour leurs rapports avec la survie.

Le Dpec n’intervient significativement que pour les stades avancés (124 patients) mais avec un paradoxe puisque plus le délai augmente, meilleure est la survie (7 mois si traitement débuté avant 50 jours vs 12 mois si traitement débuté après). Les raisons de ce paradoxe sont à rechercher du côté de l’état plus précaire de ces patients pour lesquels on simplifie les bilans et l’on commence rapidement la chimiothérapie.

En conclusion, les Dpec apparaissent longs pour les patients qui peuvent être traités mais ils n’ont pas d’influence sur la survie des stades localisés ou régionaux. Pour les stades avancés, ils sont d’autant plus courts que les lésions sont évoluées et le statut des patients dégradé.

L’enquête en cours de l’INCa sur ce même thème sera intéressante à regarder.

Dr Roland Charpentier

Référence
Dianonescu R et coll. : Treatment Delays in Non-small Cell Lung Cancer and Their Prognosis Implications. J Thorac Oncol., 2011 ; 6 : 1254-1259

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