"Sels de bain" : un faux ami

Si au retour des Etats-Unis, l'une de vos connaissances  vous donne en cadeau des sels de bain, ne vous précipitez pas vers votre baignoire sans vous être inquiété de la qualité de ce présent. Il s'agit en effet peut-être d'un produit encore en vente libre dans de nombreux Etats américains et qui, sous l'appellation de "Bath salts", est en fait une drogue puissante qui déclenche des ravages depuis quelques mois outre Atlantique.

Une lettre au New England Journal of Medicine fait le point sur ce nouveau fléau. Ces "sels de bain" se présentent comme leurs innocents homonymes sous forme de cristaux, mais au lieu de contenir quelques parfums et divers cosmétiques inoffensifs à diluer dans l'eau du bain, ils renferment des substances hautement toxiques et sont destinés à une prise orale, intra-nasale rectale ou même intraveineuse ! L'analyse chimique des produits commercialisés a révélé qu'ils contiennent à des doses variables du méthylène-dioxyprovalerone (MDPV). Il s'agit d'une molécule inhibant la recapture de la noradrénaline et de la dopamine se comportant comme un très puissant stimulant du système nerveux central. Par les voies d'administration utilisées, le produit est rapidement absorbé avec des effets pouvant durer de 6 à 8 heures.

Vague d'ivoire ou Ciel de vanille

L'intoxication aiguë se manifeste par des effets somatiques sympathomimétiques : tachycardie, hypertension, mydriase, sueurs abondantes, hyperthermie, et parfois crises convulsives, œdème cérébral, détresse respiratoire, troubles du rythme, infarctus du myocarde... A ces manifestations (non recherchées par les adeptes des "sels de bain") s'associent des effets psychiques qui seraient proches de ceux de la cocaïne, des amphétamines ou du LSD et qui peuvent se compliquer d'attaques de panique, de crises d'agitation intense, d'hallucinations, de comportements agressifs ou auto-agressifs. 

Selon les journaux américains cette drogue qui était en vente libre dans des épiceries et des supermarchés sous des noms poétiques (Ivory Wave, Vanilla Sky, Aura...) s'est répandue comme une traînée de poudre aux Etats-Unis avec 3 470 appels aux centres anti-poisons sur 6 mois contre 303 sur l'année 2010.  

Ces produits avaient déjà été vendus en Grande Bretagne où ils sont interdits depuis avril 2010. Leur prohibition aux Etats-Unis semble plus difficile sur le plan légal, les fabricants indiquant sur les emballages que ces sels sont impropres à la consommation humaine. Une mesure d'interdiction pendant un an (à titre conservatoire) aurait été cependant prise début octobre par les autorités fédérales américaines. 

Une agitation intense imposant une contention physique

Dans sa lettre au New England Journal of Medicine, Edward Ross de l'Université de Floride souligne plusieurs points particulièrement inquiétants au sujet de ces sels:

- le caractère potentiellement létal des overdoses pouvant imposer l'hospitalisation en réanimation avec prescription de benzodiazépines  et de réhydratation par voie veineuse ;
- l'absence de test rapide de dépistage;
- le risque de syndrome de manque intense à l'arrêt de l'intoxication;
- la nécessité fréquente de recourir à une contention physique pour éviter des passages à l'acte dangereux (certains patients auraient même dû être traités par une anesthésie générale !). 

On ignore si après la Grande Bretagne, le Canada et les Etats-Unis, la France sera (ou est déjà) atteinte par le phénomène.

Dr Céline Dupin

Référence
Ross E et coll.: "Bath salts" intoxication. N Engl J Med 2011; 365: 967-68.

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Vos réactions (2)

  • Détournement

    Le 13 octobre 2011

    Il s'agit d'un détournement d'usage du produit, fréquent chez les "toxicos".
    Soit c'est très dangereux et inutile : on l'interdit (je ne me baigne pas avec des sels, et vous ?)
    Soit c'est très dangereux et très utile : on l’autorise, avec au choix information (comme on l'a fait pour les colles et solvants, qu'il était à la mode de "sniffer") ou limitation d'usage (interdiction de vente aux mineurs, petites quantités, dénaturation de l'aspect ou du parfum par le fabricant, etc...)
    Comment de tels produits pourraient-ils arriver chez nous, et un de nos confrères y a-t-il été confronté ?

    Dr F.Chassaing

  • Une précision de la rédaction

    Le 14 octobre 2011

    De fait il ne s'agit pas à proprement parler d'un détournement d'usage par les consommateurs mais d'une usurpation d'identité. En effet, ces produits ne sont évidemment pas des sels de bains mais sont vendus sous cette appellation et sous un emballage rappelant d'authentiques sels de bains (inoffensifs). Le but principal de ce camouflage est probablement d'éviter (ou de retarder) une interdiction mais les utilisateurs qui les sniffent ou se les injectent ne peuvent être dupes !
    Dr Céline Dupin

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