Mieux vaut attendre pour couper le cordon

C’est un débat qui revient régulièrement, comme un serpent de mer : quel est le moment idéal pour couper le cordon ombilical ? Une enquête réalisée récemment dans les maternités européennes a montré qu’il existait de grandes différences entre les salles d’accouchement dans le délai de section du cordon. Les différences sont non seulement significatives d’un pays à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’un même pays.

Le débat resurgit cette fois avec une étude publiée dans le British Medical Journal, et consacré à l’influence que peut avoir le délai de section du cordon sur le statut ferrique des nourrissons. Il s’agit d’une étude randomisée contrôlée, incluant 382 nouveau-nés à terme dans un même hôpital, après une grossesse normale. Pour 189 de ces nouveau-nés le cordon a été coupé moins de 10 secondes après la naissance, pour les 193 autres la section a été retardée au-delà de 180 secondes après la naissance. Dans les deux groupes, les enfants étaient maintenus pendant 30 secondes à environ 20 cm au dessous du niveau de la vulve avant d’être posés sur le ventre de leur mère. Le statut ferrique a été évalué à l’âge de 4 mois. Les objectifs secondaires étaient l’existence d’une anémie néonatale, de symptômes respiratoires précoces, de polyglobulie et la nécessité d’une photothérapie.

A 4 mois, il n’est pas noté de différence significative entre les deux groupes pour la concentration en hémoglobine, mais les enfants dont le cordon a été coupé plus tard ont un taux moyen de ferritine supérieur de 45 % à celui de l’autre groupe (117 μg/l vs 81 μg/l). La prévalence du déficit en fer est inférieure dans ce groupe à celle du groupe de section précoce (1 enfant soit 0,6 % vs 10 enfants soit 5,7 %).

Pendant la période néonatale, la prévalence de l’anémie (à 2 jours)  est moindre aussi pour les enfants dont la section a été plus tardive (1,2 % vs 6,3 %). Il n’est pas retrouvé de différence significative en ce qui concerne les symptômes respiratoires, les polyglobulies ou les hyperbilirubinémies nécessitant une photothérapie.

Ce constat n’est pas anodin. La prévalence de l’anémie par déficit ferrique est évaluée entre 3 et 7 % chez les jeunes enfants en Europe, et celle du déficit en fer à 26 %. Le déficit ferrique, même s’il ne se traduit pas par une anémie, a été associé à des anomalies de développement moteur et cognitif de l’enfant. Les auteurs estiment que les résultats de leur étude méritent que soient retenue comme pratique courante, pour les naissances après grossesse normale, une section tardive du cordon, qui assure une importante transfusion de sang du placenta vers le nouveau-né durant les premières minutes de vie.

Dr Roseline Péluchon

Références
Andersson O et coll. : Effect of delayed versus early umbilical cord clamping on neonatal outcomes and iron status at 4 months: a randomised controlled trial.
BMJ 2011;343:d7157. doi: 10.1136/bmj.d7157)

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Vos réactions (1)

  • Et en cas se séropositivité HIV ?

    Le 28 novembre 2011

    Longtemps chaudement recommandée dans les pays en développement, cette approche me semble a priori inquiétante en cas de séropositivité HIV et Hbs, avec des nuances si la séropositivité HIV a été décelée et bien traitée pendant la grossesse.
    Quelle est l'attitude à adopter dans des pays où justement, le bénéfice d'un clampage tardif serait théoriquement maximum ? La prudence devrait recommander l'abstention de cette pratique.

    Dr JL Demarquez

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