N’y a-t-il rien à faire pour prévenir le suicide ?

Aux États-Unis où il concerne chaque année environ 12 personnes pour 100 000 habitants, le suicide représente la « troisième cause de mort chez les 15 à 24 ans » et la « quatrième parmi les 25 à 44 ans », rappelle l’éditorialiste de The American Journal of Psychiatry. Et sans surprise, les sujets qui souffrent de troubles de l’humeur ont un risque de suicide « environ vingt fois plus élevé » que la population générale.

Déjà effrayante, cette statistique est sans doute sous évaluée, car certains suicides restent méconnus (confondus avec des accidents), notamment chez des jeunes, morts avant la formulation d’un diagnostic de dépression. Mais malgré son importance épidémiologique, ce champ de la psychiatrie ne semble guère investi par les essais cliniques, puisqu’« une seule étude contrôlée » (comparant l’efficacité de deux molécules dans la prévention des suicides) avait été conduite avant 2011 ! Si la dépression est au suicide ce que l’hypertension et les dyslipidémies sont à l’infarctus du myocarde, c’est un peu, ironise l’auteur, « comme si la littérature cardiologique ignorait l’impact des traitements sur les risques d’accidents vasculaires et d’infarctus du myocarde, pour ne considérer que l’hypertension et l’hyperlipidémie ! » Et paradoxalement, poursuit-il, les publications en psychiatrie paraissent s’attarder volontiers sur les « défis des évolutions meilleures » (, alors que l’issue pourtant la plus radicale, la mort par suicide, demeure « totalement négligée ! »

Doit-on interpréter cette inertie comme une preuve de l’accablement des professionnels car il n’y aurait décidément rien à faire, en matière de prévention du suicide ? Poser la question permet au moins de dénoncer le déficit de recherches sur ce thème que les essais cliniques doivent résolument réinvestir. En l’absence d’étude « randomisée », cette « règle d’or » de la recherche médicale, un biais méconnu peut interférer avec les indications thérapeutiques, les praticiens tendant par exemple à « choisir un traitement en fonction de caractéristiques cliniques associées aussi au risque de suicide. » Conduits avec toute la rigueur requise, des essais contrôlés permettront au contraire de préciser quel traitement (ou association thérapeutique : lithium ? antidépresseurs ? anxiolytiques ?…) offre une prévention optimale du risque de suicide.                            

Dr Alain Cohen

Référence
Perlis RH : Hard outcomes : clinical trials to reduce suicide. Am J Psychiatry, 2011; 168: 1009-1011.

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Vos réactions (2)

  • Campagne en cours

    Le 30 novembre 2011

    Il se déroule, en France, actuellement encore, à l'instar de ce qu'il se fait au Québec, en Angleterre et au Danemark, une grande campagne de prévention du risque suicidaire qui semble très efficace, puisqu'elle diminuerait ce risque de 30 %, là où elle est pratiquée. Pour plus d'information s'adresser au responsable, le Pr. J.L. Terra, SHU 69G12, CH du Vinatier, 69677 Bron Cedex (jean-louis.terra@ch-le-vinatierfr)

    Pr. M. Marie-Cardine

  • Deux types de suicides

    Le 06 décembre 2011

    La majorité des suicides (qu'on pourrait nommer "externes") surviennent en réaction à de nombreuses causes. Ceux-la sont en général +/- prévisibles.
    Il existe un autre type de suicides que je nommerais "internes" et pour lesquels on ne trouve aucune cause même en interrogeant patiemment les patients qu'on a réussi à sortir d'affaire. Une première caractéristique est que ces suicides sont en général très bien organisés et qu'ils ne s'accompagnent d'aucun appel au secours, contrairement à la majorité des suicides "externes". Leur deuxième caractéristique est que ces patients récidivent quand ils se sont "loupés" et qu'ils finissent par réussir. Une troisième caractéristique est qu'ils ne présentent aucun signe d'appel avant leur suicide alors, pourtant, que leur entourage les surveillent attentivement après un premier suicide. Cela culpabilise terriblement les familles qui se sentent responsables. Tous les patients de ce type que j'ai connus ont tous finir par réussir, un de mes confrère après la quatrième tentative !

    Dr Guy Roche

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