Dépistage du cancer du colon : mieux à gauche qu’à droite !

Le cancer du colon serait la deuxième cause de décès par cancer en Europe, après le cancer du poumon. Le test de dépistage au gaïac (guaiac–based faecal occult blood test) a fait la preuve d’un bon rapport coût-efficacité et selon certains travaux, le dépistage systématique par ce test proposé tous les 2 ans permettrait de réduire de 16 % la mortalité par cancer du côlon.
Au Royaume Uni, une campagne de dépistage a démarré dans tout le pays en 2006, et les sujets âgés de 60 à 69 ans se sont vus proposer le test. Deux ans après le début de la campagne, plus de 2 millions de tests avaient été distribués et un bilan de ce premier round est publié. Certaines conclusions de ce rapport retiennent l’attention.
La participation totale à la campagne est de 49,5 % pour les hommes et de 54,4 % pour les femmes. Mais il est étonnant de constater une réelle différence de participation entre la population londonienne et les autres. A Londres en effet, la participation ne dépasse pas 40 %, alors qu’elle atteint 55 à 60 % dans le reste du pays. Cette différence ne semble pas spécifique au dépistage du cancer du côlon, puisque les campagnes de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus sont aussi moins suivies à Londres que dans les provinces. Selon les auteurs, cela tiendrait aux conditions démographiques, à une population plus mixée, plus souvent issue de l’immigration, mais aussi à une plus grande utilisation dans la capitale des services de santé privés, avec une préférence pour le dépistage individuel.
Au total, 1,08 millions de test ont été retournés, et se sont révélés positifs chez 2,5 % des hommes et 1,5 % des femmes. Seulement 83 % de ces patients dont le test était positif ont subi une coloscopie de contrôle, estimée inutile ou inappropriée pour 7,6 % des patients et refusée par 3,7 % d’entre eux.
Un adénome à haut risque sera dépisté chez 43 % des hommes et 29 % des femmes, alors qu’environ 10 % des coloscopies découvriront un cancer (11,6 % des hommes et 7,8 % des femmes), ce qui est en adéquation avec les résultats des études pilotes. Les cancers sont dans 71 % des cas découverts à un stade précoce (10 % de polypes transformés, 32 % de Duke A et 30 % de Duke B).
Le résultat le plus inattendu et celui qui ouvre sans doute le plus de réflexion est la localisation des cancers, avec 77 % des cancers dépistés au niveau du côlon gauche (29 % du rectum et 45 % du sigmoïde), alors que les données nationales ne comptent que 66 % de cancers coliques gauche dans les populations non dépistées systématiquement. Les auteurs n’ont pas d’explication définitive pour ce constat, mais émettent l’hypothèse que les cancers du colon droit ne produisent pas de saignements occultes détectables tant qu’ils n’ont pas atteints une certaine dimension.
Les auteurs estiment que ces premiers résultats sont très encourageants et que s’ils se confirment, l’objectif de 16 % de baisse de la mortalité pourrait être atteint. Il pourrait être encore amélioré par le remplacement dans les prochaines années du test au gaïac par le test immunochimique fécal.
En France, le dépistage systématique du cancer du côlon a été généralisé à la fin de l’année 2008. Toute la population âgée de 50 à 74 ans se voit proposer un test au gaïac tous les 2 ans.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Logan RFA et coll. : Outcomes of the Bowel Cancer Screening Programme (BCSP) in England after the first 1 million tests. Gut 2011. Publication avancée en ligne le 7 décembre 2011. doi:10.1136/gutjnl-2011-300843.

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