De l’intérêt des bêtabloquants en cas d’insuffisance rénale chronique

Il est aujourd’hui assez bien admis que l’insuffisance rénale chronique (IRC) est un puissant marqueur de risque cardiovasculaire indépendant. Il existe une corrélation inverse entre la clairance de la créatinine et le risque cardiovasculaire.

Il a été bien démontré que les bêtabloquants réduisent la mortalité en cas d’antécédent d’infarctus du myocarde ou d’insuffisance cardiaque. Il convient cependant de noter que l’insuffisance rénale chronique sévère était la plupart du temps un critère de non inclusion de ces études.

C’est la raison pour laquelle une revue systématique de la littérature a été menée par une équipe internationale sur le thème de l’intérêt des bêtabloquants en cas d’insuffisance rénale chronique.

Les auteurs de ce travail ne se sont intéressés qu’aux études prospectives et randomisées concernant des patients ayant une insuffisance rénale chronique modérée à sévère, voire terminale (stade 3 à 5) et suivis pendant au moins 3 mois.

Il en ressort de l’analyse des études contrôlées par placebo (6 études rassemblant 5 972 patients ayant une insuffisance cardiaque systolique) qu’en cas d’IRC (débit de filtration glomérulaire estimé ≤ 60 ml/minute/1,73 m2) un traitement par bêtabloquant s’accompagne d’une mortalité toutes causes confondues réduite de près de 30 % (risk ratio [RR] : 0,72 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 0,64-0,80) et une mortalité cardiovasculaire réduite d’un tiers (RR : 0,66 ; IC : 0,49-0,89).

Ce bénéfice est obtenu au détriment d’un sur risque de bradycardie (RR : 4,92 ; IC : 3,20-7,55) et d’hypotension (RR : 5,08 ; IC : 3,48-7,4).

Ce travail devait également concerner deux études (n : 977) ayant comparé bêtabloquants et inhibiteur de l’enzyme de conversion chez des insuffisants rénaux sans insuffisance cardiaque. L’insuffisance des données recueillies n’a malheureusement pas permis de conclure sur ce versant.

Ce travail suggère donc que les bêtabloquants réduisent la mortalité toutes causes confondues et la mortalité cardiovasculaire chez les insuffisants cardiaques ayant une IRC modérée à sévère, voire terminale, mais ne permet pas de conclure quant à l’intérêt des bêtabloquants en cas d’IRC sans insuffisance cardiaque associée.

Les auteurs en appellent à des études prospectives dans ce domaine.

Dr Olivier Meillard

Référence
Badve SV et coll. Effects of beta-adrenergic antagonists in patients with chronic kidney disease. A systematic review and meta-analysis. J Am Coll Cardiol 2011; 58:1152-61

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