A chirurgien trop rapide, cure de hernie moins solide !

Le rapport entre la durée opératoire (DO) et la qualité des suites est mal connu, mais, pour la cure de hernie inguinale (HI ) ou crurale (HC), le critère de jugement, binaire, étant la survenue ou non de la récidive herniaire (RH) avec son corollaire, la réintervention,  on dispose d’un bon « marqueur ». Les auteurs suédois ont étudié la relation entre DO et RH à partir d’un registre national de 123 917 cas (114 057 hommes) concernant les adultes de plus de 15 ans et sur la période allant de 1998 à 2007 ; une RH a ainsi pu être rattachée à sa cure initiale même si elle a été opérée ailleurs, à condition toutefois qu’elle ait donné lieu à un nouveau traitement chirurgical.

La DO (mesurée entre le coup de bistouri et la dernière agrafe) a été divisée en 4 quartiles : < 36,  36 à 50, 51 à 66, > 66 mn. Les HI bilatérales ont été considérées comme 2 interventions différentes. Les techniques opératoires étaient nombreuses : herniorraphies, plaques posées par voie ouverte, dont la technique de Lichtenstein, cœlioscopie par voie extra- ou transpéritonéale, ou plugs. Chaque technique a été comparée à elle-même pour éviter les biais, les 2/3 des cures de HI en Suède étant traitées par des plaques posées par voie ouverte. On a également tenu compte du nombre de HI et HC opérées par chaque chirurgien chaque année (<5, 6 à 25, 26 à 50, > 50).

La DO moyenne a été de 50 mn. On a compté 2 677 (2,2 %) interventions pour RH. Il a été constaté que, toutes techniques confondues, par comparaison aux interventions longues (> 66 mn) , le raccourcissement de la DO était associé à une augmentation du risque relatif de RH réopérée, pour atteindre 26 % de plus en cas de DO < 36 mn ; si on se limite aux techniques de Lichtenstein, ce coefficient atteint 45 %. Par ailleurs, plus les chirurgiens opèrent de HI, plus la DO est brève. Les femmes récidivent plus que les hommes (plus de HC) mais ceci n’est patent que pour les interventions dépassant 36 mn. A l’opposé c’est pour les cures rapides que l’âge prend son importance (20 % de plus de RH après 60 ans). En revanche, le taux des complications, notamment des abcès (essentiellement superficiels) diminue presque de moitié dans les interventions courtes par rapport à celles qui dépassent 66 mn.

Ces résultats doivent encourager le chirurgien à donner le pas à la minutie sur la vitesse, à résister aux pressions économiques qui chiffrent « l’heure de bloc », et à de défier de la fast-surgery.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Van der Linden W et coll. : National register study of operating time and outcome in hernia repair. Arch.Surg. 2011;146(10):1198-1203.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Bassini

    Le 10 janvier 2012

    Que pensez vous de la technique de Bassini ?
    Je l'ai toujour utiliséavec grand succès.

    Dr G Levi

Réagir à cet article