Combien de temps avant la prochaine ostéodensitométrie ?

La haute autorité de santé (HAS) a émis en 2006 des recommandations sur la durée de l’intervalle pouvant séparer deux ostéodensitometries (ODM) de dépistage chez les femmes de 60 à 80 ans.

Si le T score à l’extrémité supérieur du fémur (ESF) est > à –1 sur une première ODM, un deuxième examen pourra être réalisé dans les 2 à 5 ans après le premier en fonction de l’ancienneté de la ménopause, du résultat de la première mesure et de la persistance ou de l’apparition de facteurs de risques.

Si le T score (ESF) est compris entre –1 et –2,5, une deuxième ODM sera proposée dans les 3 à 5 ans.

Ces propositions découlent d’un accord professionnel. Aucune étude n’a estimé à quel rythme doivent être pratiquées les ODM pour pouvoir identifier une ostéoporose avant l’apparition d’une fracture majeure.

Dans ce travail prospectif nord américain, 4 957 femmes d’au moins 67 ans sans ostéoporose à l’entrée ont été suivies pendant 15 ans. Le critère d’évaluation principal était l’intervalle entre les ODM (IODM) défini comme la durée estimée au cours de laquelle 10 % des femmes développaient une ostéoporose avant fracture et avant tout traitement antiostéoporotique.

Les participantes ont été réparties selon leur T score à la hanche et au col fémoral : dans le groupe 1, ODM normale ; groupe 2, ostéopénie légère (T score de –1,01 à –1,49) ; groupe 3 ostéopénie modérée (T score –1,5 à –1,99) ; ou groupe 4, ostéopénie sévère (T score de –2 à –2,49).

Le nombre de femmes ayant développé une ostéoporose durant la période de suivi a été de10/1 255 (0,8 %) chez les femmes du groupe 1, 64/1 386 (4,6 %) chez les femmes du groupe 2, 30/1478 (20,9 %) chez les femmes du groupe 3 et 841/1351 (62,3 %) chez les femmes du groupe 4.

L’IODM était de 16,8 ans (intervalle de confiance à 95 % [IC 95 %] : 11,5 à 24,6) pour le groupe 1, 17,3 ans (IC 95 % 13,9-21,5) pour le groupe 2, 4,7 ans (IC 95 % : 2,4 à 5,2) pour le groupe 3 et 1,1 ans (IC 95% : 1 – 1,3) pour le groupe 4.

Pour les femmes ostéopéniques à l’entrée, le groupe de T score, l’âge, l’IMC, l’utilisation d’œstrogènes, étaient des facteurs prédictifs significatifs d’évolutivité.

Au sein d’un groupe, le temps estimé de passage d’une ostéopénie à une ostéoporose était plus long chez les femmes les plus jeunes et chez celles sous œstrogènes à l’entrée.

Chez 121 femmes, une fracture de hanche ou vertébrale est survenue avant l’apparition d’une ostéoporose densitométrique.

Ces résultats suggèrent qu’une ostéoporose se développe chez moins de 10 % des femmes âgées, à 15 ans lorsque leur DMO est normale ou légèrement diminuée, à 5 ans lorsque l’ ostéopénie est modérée et à 1 an pour les ostéopéniques sévères.

Les auteurs recommandent aux cliniciens de prendre en compte l’âge de leur patiente lors de la détermination de l’intervalle entre les DMO de dépistage.

Cette étude comporte de nombreux points forts, tels que la grande taille de la cohorte et la durée du suivi. Soulignons cependant quelques limites : l’absence de prise en compte du rapport coût-efficacité et le nombres de femmes sélectionnées au départ mais finalement exclues de l’étude en raison d’une ostéoporose à l’entrée.

Dr Juliette Lasoudris Laloux

Référence
Gourlay ML et coll. : Bone-Density Testing Interval and Transition to Osteoporosis in Older Women. N Engl J Med., 2012; 366: 225-33.

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