Mesure de la pression artérielle : aux deux bras !

Les recommandations professionnelles engagent à mesurer la pression artérielle aux deux bras au cours de la première consultation. Ce conseil ne semble toutefois pas très suivi, peut-être par manque de temps, sans doute aussi par manque de conviction sur l’intérêt d’une telle double mesure. Car si des travaux antérieurs ont démontré qu’une différence de la pression systolique de 20 mm Hg entre les deux bras constituait un facteur de risque cardiovasculaire,  il y a peu d’éléments pour établir précisément l’importance de dépister une différence de 10 ou 15 mm Hg, sans doute plus fréquente.

Une étude réalisée au Royaume-Uni vient pourtant conforter cette recommandation. Au total 230 patients traités pour HTA (hypertension artérielle) en médecine générale ont été inclus et les mesures de leur pression artérielle notées à plusieurs reprises au cours d’un suivi moyen de 9,8 ans.

Au moment du recrutement, près d’un patient sur 4 (55/230) présentait une différence de pression artérielle systolique de 10 mm Hg ou plus entre les deux bras et 21 patients une différence de 15 mm Hg ou plus. Les participants ont été suivis pendant 9, 8 ans en moyenne, et il s’avère que ces différences de pression sont associées à une augmentation du risque de mortalité toutes causes confondues (Hazard ratio ajusté 3,6 ; intervalle de confiance à 95 % 2,0 à 6,5 pour une différence ≥ 10 mm Hg et 3,1 ; 1,6 à 6,0 pour une différence ≥ 5 mm Hg). A leur entrée dans l’étude, 183 patients n’avaient aucune pathologie cardiovasculaire. Parmi eux 51 avaient une différence de pressions systoliques entre les deux bras de 10 mm Hg et 20 une différence de 15 mm Hg. Pour ces 71  patients, n’ayant donc aucun autre facteur de risque cardiovasculaire, est également constatée une augmentation du risque de décès (2,6 ; 1,4 à 4,8 pour une différence ≥ 10 mm Hg  et 2,7 ; 1,3 à 5,4 pour une différence ≥ 15 mm Hg).

Les auteurs considèrent que cette différence de pressions artérielles entre les deux bras est la manifestation d’une pathologie vasculaire périphérique silencieuse, et doit être considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire à part entière et pris en charge comme tel. Il pourrait être appliqué à ces patients les recommandations de prévention secondaire, avec notamment la prescription d’anti-plaquettaires.

En attendant une éventuelle validation de cette attitude, la mesure de la pression artérielle aux deux bras reste une méthode simple et non invasive qui permet au praticien de mieux évaluer le risque cardiovasculaire de son patient.

Dr Roseline Péluchon

Références
Clark CE et coll. : The difference in blood pressure readings between arms and survival: primary care cohort study.
BMJ 2012; 344:e1327 doi: 10.1136/bmj.e1327

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