Pilule de 3ème et 4ème génération : l’ANSM veut renforcer l’encadrement des prescriptions

Paris, le mercredi 2 janvier 2013 – Le risque de thrombose veineuse lié aux contraceptifs oraux combinés (COC), quels qu’ils soient, est connu de longue date. Récemment, certaines données, émanant notamment de l’Agence européenne du médicament, ont suggéré que ce danger pourrait être encore accru avec les pilules dites de troisième et quatrième génération. Néanmoins, « le rapport bénéfice/risque des contraceptifs oraux combinés reste positif quelle que soit leur composition, à condition de respecter les contre-indications et les précautions d’emploi » rappelait il y a quelques jours l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Les COC de troisième génération toujours en seconde intention

La récente agitation médiatique autour des pilules de troisième et quatrième génération vient cependant d’inciter l’ANSM à rappeler ces fameuses « contre-indications et précautions d’emploi ». Concernant tout d’abord l’ensemble des contraceptifs, elle insiste sur l’importance de « rechercher les facteurs de risque, notamment de thrombose, lors de toute prescription d’un COC à une nouvelle utilisatrice ». Elle ajoute également que les femmes doivent être informées du risque de thrombose et qu’un suivi clinique précis doit être réalisé notamment lors des périodes critiques (initiation du traitement, changement de contraceptif…) afin d’évaluer la tolérance au traitement. A l’égard des pilules de troisième et quatrième génération, l’ANSM réitère des recommandations déjà formulées précédemment mais qui pourraient ne pas être parfaitement suivies. L’ANSM a en effet déjà insisté sur le fait que ces contraceptifs ne doivent être utilisés qu’en seconde intention. Or, cette limitation n’a pas empêché une très forte progression de ces traitements ces dernières années, tant et si bien qu’aujourd’hui entre 1,5 et deux millions de femmes recevraient ce type de contraceptif. Une situation qui pourrait refléter une certaine tendance à la « sur prescription » des pilules de troisième et quatrième génération. Aussi, l’ANSM vient-elle de rappeler qu’en première intention devait être privilégiée la prescription des COC de deuxième génération. Néanmoins, elle note qu’aujourd’hui, les données disponibles concernant le risque thromboembolique veineux ne justifient « pas un arrêt brutal d’un COC dit de troisième génération (…) jusque là bien supporté chez une femme utilisatrice depuis une longue période ».

Vers une prescription réservée aux gynécologues ?

Parallèlement à ce rappel général et à l’envoi d’une « mise en garde » à quelque 80 000 prescripteurs en France, l’ANSM souhaite tenir dans les tous prochains jours une réunion « formelle » avec les représentants des généralistes, gynécologues et sages femmes ainsi qu’avec les responsables du planning familial. Objectif : réfléchir à un meilleur encadrement des prescriptions des COC de troisième génération, qui pourrait consister, si les différents rappels récents se révélaient inefficaces, à « réserver les conditions de prescriptions et de délivrance » a indiqué Dominique Maraninchi, patron de l’ANSM. En clair, seuls les gynécologues pourraient être habilités à prescrire ce type de pilule.

Retour en arrière ?

Une telle perspective pourrait réjouir ceux qui, comme le député socialiste Gérard Bapt, avait regretté de façon tonnante ces derniers jours l’absence de réactions de l’ANSM sur ce sujet. D’autres se montrent bien moins enthousiastes, tel le professeur Israël Nisand, chef du service d’obstétrique au CHU de Strasbourg qui sur RMC ce matin s’étonnait d’un certain retour en arrière. « Je ne trouve aucun argument pour prendre une telle mesure (…). Au lieu de pouvoir avoir leur prescription par leur généraliste, les femmes devront aller voir un spécialiste, ce sera encore plus difficile pour elles d’accéder à une contraception. L’année dernière, on disait qu’il n’y avait même pas besoin de médecin pour prescrire, qu’une sage femme ou une infirmière pouvait aussi bien le faire, que les pharmaciens pouvaient distribuer librement la contraception, je ne comprends pas », s’interroge-t-il.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (7)

  • Prescription réservée ?

    Le 02 janvier 2013

    Réserver la prescription de pilule de 3ème génération aux gynécologues et l'interdire aux généraliste me semble une aberration. Cela ne fera que rendre plus difficile l'accès à la pilule et surtout invalidera la compétence des MG. Surtout quand l'on sait qu'actuellement ce sont surtout les spécialistes qui les prescrivent et les font prescrire à leurs correspondants spécialistes de médecine générale.
    Médecin senior et ancien du planning familial, je ne peux pas ne pas penser à l'époque où les généralistes ont mouillé leur chemise pour l'accès de la contraception à toutes !
    Cela me semble par ailleurs un signal extrêmement négatif envoyé pour la revalorisation de la médecine de premier recours et les capacités de généralistes à suivre les recommandations claires !
    J'espère que les syndicats médicaux sauront agir pour éviter cette mesure absurde.

    Dr Louis Levy

  • Emotion médiatique

    Le 03 janvier 2013

    On "découvre" les effets nocifs des estro-progestatifs, la presse s'en saisit avant les experts, et ne fait que jeter la suspicion et le trouble chez les utilisatrices.
    Les médias pourraient aussi souligner le rôle du tabac dans les accidents cardio-vasculaires et thrombo-emboliques (x5 à 15).
    Là encore, l'amalgame entre les accidents artériels et veineux accroît le trouble, mêlant la responsabilité des estrogènes de synthèse (3è vs 4è génération) et des progestatifs (2è vs 3è-4è génération).
    Il faudrait que nos experts, tel Israël Nisand, élèvent la voix pour calmer cette vague déferlante, et que nos politiques cessent de jeter de l'huile sur le feu.

    Dr Pierre Boyadjian, Gynécologue à Pontarlier, Doubs.

  • Pilule et "joints"

    Le 03 janvier 2013

    On oublie la "fumette" associé à la pilule. Nombres d'AVC sont favorisés par l'association haschich "récréatif" et pilule.
    Pourtant personne n'en parle ou ne pense faire le rapprochement.
    Il est vrai que cette consommation (importante sur le terrain) est "tabou".
    Le terrain encore le terrain, qui y est encore.
    Pffffff! Dérembourser les 3 ou 4 pilules de 3 ou 4 eme, encore une idée a la c.
    Si elles sont mauvaises, ok...on les vire c'est tout.

    Dr Cadot
    Généraliste encore sur le terrain (un peu boueux en ce moment ) pour 10 ans !

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