Prise de position historique de l’Ordre des médecins en faveur de l’euthanasie

Paris, le jeudi 14 février 2013 – Pour la première fois en octobre 2012, après plusieurs sondages menés auprès de nos lecteurs sur le sujet au cours des dix dernières années, nous constations qu’une majorité de professionnels de santé (53 %) se déclaraient désormais « favorables à une loi encadrant la pratique de l’euthanasie ». Ces résultats marquaient une évolution profonde de la conviction du corps médical français sur un sujet qui suscitait jusque là majoritairement l’hostilité. Aujourd’hui, l’Ordre des médecins livre les conclusions d’une enquête menée par l’institut IPSOS auprès de 605 médecins inscrits au tableau qui confirment cette tendance.  Ainsi, 60 % des praticiens interrogés se sont déclarés favorables à l’euthanasie « dite active ». Ils sont par ailleurs 37 % à considérer qu’en cas d’euthanasie active, le rôle du médecin doit être de participer à la phase d’administration des produits, tandis que 36 % estiment qu’il doit se limiter à un rôle de surveillance médicale de la procédure. A l’inverse, la part de médecins se déclarant favorables au suicide assisté est inversée : seuls 39 % approuveraient une telle pratique. Si elle était autorisée, les praticiens sont 39 % à juger que leur rôle devrait alors être restreint à une « surveillance médicale ».

Par devoir d’humanité, la sédation profonde doit pouvoir être envisagée

L’évolution constatée des médecins sur l’euthanasie se double d’une prise de position quasiment historique de l’Ordre des médecins. Dans un texte adopté le 8 février, l’instance ordinale considère que face à des « situations exceptionnelles non prises en compte dans l’état actuel de la loi », en cas de « requêtes persistantes, lucides et réitérées de la personne, atteinte d’une affection pour laquelle les soins curatifs sont devenus inopérants et les soins palliatifs instaurés (…) une sédation, adaptée, profonde et terminale délivrée dans le respect de la dignité pourrait être envisagée, par devoir d’humanité, par un collège dont il conviendrait de fixer la composition et les modalités de saisine ». Si, on le voit, le champ dans lequel l’euthanasie active pourrait être considérée comme acceptable est très strictement circonscrit, la réflexion de l’Ordre s’est déjà néanmoins intéressée à plusieurs considérations techniques. L’instance ordinale insiste notamment à plusieurs reprises sur la nécessité de la collégialité de la décision. Il met également l’accent très fortement sur l’obligation d’assurer aux praticiens la possibilité d’opposer, et ce à tout moment, une clause de conscience. C’est d’ailleurs également un point sur lequel les participants au sondage se sont exprimés très clairement : 95 % se déclarent en effet favorables à l’instauration d’une telle clause en cas d’autorisation de l’euthanasie active.

Cet avis de l’Ordre des médecins, qui s’accompagne de plusieurs recommandations concernant le développement des soins palliatifs et le déploiement du dispositif méconnu des directives anticipées sur la fin de vie, pourrait marquer de façon importante le débat actuel sur l’euthanasie. En effet, la position de l’instance ordinale est très différente de celle de la commission Sicard qui semblait rejeter le principe de l’euthanasie active au profit du suicide assisté. Aujourd’hui, mission a été donnée au Comité consultatif national d’éthique de se saisir de la question : nul doute que la résolution adoptée par l’Ordre aura sinon une influence tout au moins une résonnance certaine. Enfin, pour les partisans de la légalisation de l’euthanasie, cette décision de l’Ordre sera sans doute considérée comme un signe très positif, même s’ils défendent depuis toujours que la question de l’euthanasie ne doit pas être d’abord vue comme un sujet médical.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Euthanasie ou sédation ?

    Le 14 février 2013

    "une sédation, adaptée, profonde et terminale délivrée dans le respect de la dignité pourrait être envisagée".
    Est-ce une euthanasie ou une sédation terminale ? Ceci n'est pas clair dans ce texte. Que veut-on nous dire ? Qu'il convient que la sédation soit effectivement terminale ? Ou bien qu'il faut que cette sédation terminale soit rapide et ne dure pas trop longtemps dans une société de plus en plus rapide ?
    Pour ma part, à la lecture de ce texte, je demeure circonspect, comme lors de celle de la proposition du candidat Hollande. Si un chat est un chat, alors il faut parler clairement : euthanasie active et sédation terminale ne sont pas synonymes, au moins dans mon petit cortex frontal.

    Dr Pradines, Albi.

  • Non à la dose délibérément léthale

    Le 14 février 2013

    Oui à la sédation profonde avec ses risques comme le dit la loi Leonetti,mais non à la dose délibérément léthale. Un médecin ne peut donner la mort. Je suis trés étonné de l'appréciation de la position de l'Ordre.

    Dr Philippe Peu Duvallon

  • Ordonnance du CNOM pour l'euthanasie active

    Le 16 février 2013

    Le communiqué du CNOM du 14 février 2013, sur "la fin de vie", s’étaye largement sur les propos électoraux du Président de la République.
    Questions:
    1. La notion de « douleur psychologique ».
    Quelle est la définition de la douleur psychologique ?
    Quels en sont les critères diagnostiques?
    Par qui et comment sera établi le diagnostic?
    2. La notion de « douleurs incontrôlables » :
    Quels sont les référentiels et les données actuelles de la science permettant d’affirmer qu’une pathologie ou un symptôme serait incontrôlable notamment en psychiatrie?
    3. A quand un dépistage de santé publique des six derniers mois les plus couteux pour la SS...
    Observation:
    Personne ne doute de la qualité et du sérieux du travail de réflexion effectué par des membres du CNOM qui conclut à la sédation compationnelle.
    Mais, la question « Etes vous pour ou contre l’euthanasie » ni « êtes vous pour ou contre une nouvelle loi » n'a pas ait été posée aux 3200 conseillers de base.
    Evidemment, ce ne sont pas les seules questions que posent la prise de position du CNOM.

    Dr Isabelle Gautier, psychiatre

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