Est-ce la fin de l’Hôtel Dieu parisien ?

Paris, le mercredi 5 septembre 2012 – La restructuration de l’Hôtel Dieu parisien, fondé en 651 sur l’île de la Cité et qui est tout autant un monument historique qu’un pilier de l’organisation hospitalière de la capitale est évoquée depuis plusieurs années. Déjà, nombre de ses activités ont été transférées ou regroupées avec celles de Cochin, dans une atmosphère pas toujours emprunte de confraternité. En témoigne une tribune récemment publiée sur le site du Nouvel Observateur, par le docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste et secrétaire de l’association « Hôpital pour Tous » qui évoque ainsi un climat de « concurrence malsaine entre les équipes, chacun cherchant « à avoir la peau de l’autre » pour préserver son service et ses moyens ». Mais une étape supplémentaire pourrait être franchie prochainement avec l’installation des bureaux administratifs de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) tandis que la vente des trop vastes (et trop coûteux) locaux de l’avenue Victoria est toujours en cours. « En un an, ça peut être plié » résume sans ménagement un syndicaliste non nommé dans le Quotidien du médecin. A terme, l’Hôtel Dieu, dont les urgences générales et le service des urgences médico judiciaires pourraient également être fermés, pourrait abriter le siège de l’AP-HP, son musée, un centre de santé de proximité et un pôle d’enseignement et de recherche en santé publique. 

Aucune vision à long terme

Cette perspective suscite depuis de nombreux mois l’inquiétude et l’irritation d’une partie importante de la communauté médicale. Les menaces de plus en plus précises qui pèsent sur les urgences et le service médico-judiciaire sont au cœur de la contestation.

Les défenseurs du service des urgences font notamment valoir que celui-ci accueille 110 000 patients chaque année, en raison notamment de l’emplacement unique de l’Hôtel Dieu situé au cœur de Paris. Les magistrats quant à eux ne sont guère favorables à un éloignement du service médico-judiciaire à Cochin et redoutent un retard dans la transmission de certains résultats d’analyses toxicologiques. Enfin, beaucoup pointent du doigt les aberrations des programmes de restructuration successifs, notamment en terme économique. « L’Hôtel-Dieu, tel qu’il est aujourd’hui, a déjà été largement rénové ces dix dernières années à coups de millions d’euros : les urgences ont été refaites à neuf il y a moins de cinq ans, ainsi que les urgences médico-judiciaires, l’ophtalmologie, la radiologie et les services de médecine interne, rentables en termes d’activité. Le service d’ophtalmologie est premier au classement établi par "Le Point". Les patients d’autres hôpitaux sont même accueillis à l’Hôtel-Dieu faute de places disponibles ailleurs. Fermer cet hôpital ou ne plus y accueillir de patients serait nier ces investissements et engendrerait une perte d’activités rentables pour l’AP-HP », souligne ainsi Gérald Kierzek.

Et que dire enfin des mouvements qu’ont connu certains plateaux techniques : comment expliquer qu’ait été récemment transférée une partie des activités de la pharmacie de Cochin vers l’Hôtel Dieu, si l’établissement doit bientôt fermer ?

Léa Crébat

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article