La lettre du JIM / Spécial Le pain et la femme
Jeudi 08 mars 2007
 
 
 
Editorial  


Pour cette deuxième newsletter de l’Observatoire du pain, à l’occasion du 8 mars, journée mondiale de la femme, nous avons décidé de nous intéresser aux questions des femmes.

Nous sommes souvent confronté(e)s aux questions nutritionnelles de certaines d'entre elles et aimerions savoir comment les conseiller au mieux. Très sensibles aux enjeux de la nutrition, très impliquées dans la composition des menus de toute la famille, certaines femmes nous consultent pour trouver un remède miracle qui leur permettra de maigrir sans changer leurs habitudes alimentaires tandis que d’autres s’imposent encore des régimes draconiens.
Nous essayons de répondre d’abord en les écoutant, puis en les accompagnant à travers des conseils simples de diététique. Nous pouvons ainsi les aider à faire évoluer leurs comportements alimentaires.

Vous trouverez dans cette newsletter quelques orientations pour faire progresser nos conseils en matière de nutrition : un rappel des pathologies féminines, leur lien avec l’alimentation, et même des conseils pratiques pour vos patientes. Ne passons pas à côté du diagnostic d’obésité (13 % des femmes) encore insuffisamment posé, le spécialiste est là pour nous aider.

Bonne lecture,

Dr Annie Lacuisse-Chabot, endocrinologue, médecin conseil de l’Observatoire du pain

 

Sommaire
La santé des femmes : quelques points de repère
Les femmes ont des apports énergétiques déséquilibrés
Quelques conseils pratiques pour vos patientes
Le sandwich : une solution déjeuner intéressante d’un point de vue nutritionnel !

Interview du docteur Myriam Chpindel-Bruno, gynécologue
Actualité de l’Observatoire du pain

La santé des femmes : quelques points de repère  


Du fait des changements hormonaux intervenant au cours de leur vie, les besoins nutritionnels des femmes diffèrent de ceux des hommes et varient selon les moments de leur vie. Les femmes peuvent alors subir des prises de poids qui sont trop souvent mal gérées individuellement. Faisons le point sur l’impact de ces prises de poids sur la santé des femmes afin de mieux déterminer leurs besoins nutritionnels.

- L'obésité : une prédominance chez les femmes
En 1997, l'obésité concernait 8,2 % de la population. Dans l’étude ObÉpi rendue publique le 19 septembre 2006, on a découvert que globalement 30 % de la population française est en surcharge pondérale et 13 % des femmes sont obèses.

La définition actuelle de l'obésité abdominale est un tour de taille supérieur à 88 cm chez les femmes (hors grossesse) et à 102 cm chez les hommes. Au cours des trois dernières années, l'enquête ObÉpi montre que le nombre de femmes dont le tour de taille est supérieur à ce seuil est passé de 27,1 % à 35,8 %, confirmant ainsi les résultats obtenus pour le calcul de l'IMC, à savoir une hausse plus rapide et plus importante de la prévalence de l'obésité chez les femmes. En neuf ans, le tour de taille moyen des hommes a pris 2,4 cm alors que celui des femmes en a gagné 4,5.

L’obésité est donc généralement plus fréquente chez la femme que chez l'homme.
De nombreuses explications peuvent être avancées, mais il est certain que la femme traverse durant sa vie des périodes de bouleversements physiologiques et psychologiques importants qui majorent les risques de prise de poids. Ainsi la puberté avec la mise en place du cycle menstruel et l'apparition d'une nouvelle physiologie peut conduire à un stockage accru de masse grasse. Les grossesses et la ménopause constituent également des « situations à risque » en termes de prise de poids. Or, nous le savons tous, l’obésité est un facteur de risque pour le développement de plusieurs maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires, les hyperlipidémies, le diabète de type 2, etc. Et la surcharge pondérale peut évoluer vers l’obésité. C’est pourquoi les différentes étapes dans la vie de la femme nécessitent une vigilance accrue et un suivi médical attentif.

Les maladies cardiovasculaires sont aujourd'hui la première cause de mortalité en France, à l’origine de près de 170 000 décès chaque année (32 % des décès). Elles sont responsables de plus de décès chez les femmes (55 %) que chez les hommes (43 %). C’est même la première cause de mortalité chez les Européennes : deux fois plus élevée que celle liée au cancer1.

En France, les femmes prennent en moyenne 7,5 kg entre 20 et 50 ans.
Les hommes prennent moins de kilos que les femmes avec l’âge et cela ne fait que s’accentuer avec les années, notamment avec les bouleversements hormonaux de la ménopause.
Pour certaines, le poids augmente progressivement toute la vie,
mais pour beaucoup, cela se fait à l’occasion des grossesses et de la ménopause.

   - Des risques de carences dramatiques lorsqu’elles sont majeures

Les femmes ont des besoins spécifiques pour des raisons physiologiques pendant certaines périodes de leur vie. Leur comportement alimentaire plus restrictif que celui des hommes (moins de calories et de glucides, éviction de laitages, etc...) majore les risques de carences (fer, calcium…). Les dysfonctionnements alimentaires, lorsqu’ils sont majeurs, peuvent même perturber le cycle menstruel et engendrer des troubles de la fécondité. C’est pourquoi il est important de mieux sensibiliser les patientes afin de prévenir leurs carences et les pathologies qui y sont liées. Plus que les hommes, elles doivent assurer une grande diversité d’apports nutritionnels en consommant des aliments de chaque catégorie pour tendre vers les recommandations nutritionnelles à chaque période de leur vie.


 

Les femmes ont des apports énergétiques déséquilibrés  


L’Apport Energétique Total ne diffère entre garçons et filles qu'à partir de l'adolescence. A partir de 14 ans, les quantités de calories consommées par les hommes deviennent beaucoup plus importantes que celles consommées par les femmes. Chez l’adulte, la ration moyenne est aux environs de 2 300-2 400 Kcal/j chez les hommes, et de 1 700-1 800 Kcal/j chez les femmes. L’écart entre les hommes et les femmes a tendance à s'amoindrir à partir de 65 ans.

- Un apport moyen en lipides trop élevé (38 % de l’apport énergétique total2 pour les femmes -
36 % pour les hommes).

Les quantités de lipides ingérées en g/jour, sont nettement plus faibles chez les femmes que chez les hommes, tous simplement parce qu’elles mangent globalement moins. Cependant, quel que soit le sexe, la répartition entre les différents acides gras reste à peu près constante.

- Un apport en protéines légèrement supérieur aux recommandations (16,4 % de l’apport énergétique total3).

La consommation de protéines, exprimée en valeur absolue, augmente au cours de l'enfance. Jusqu'à l'adolescence, la consommation de protéines totales des filles est équivalente à celle des garçons. À l’adolescence, la consommation de protéines augmente plus rapidement chez le garçon que chez la fille. À l’âge adulte, la consommation de la femme reste stable à un niveau inférieur à celui des hommes. Les protéines d'origine animale représentent dans les deux sexes, selon les âges, de 65 à 70 % de l'apport protéique total.

- Un apport moyen en glucides trop faible (40 % de l’apport énergétique total4).

Dans l’ensemble des études, les femmes n’en consomment pas assez. Les hommes consomment plus de glucides totaux (glucides complexes et glucides simples) que les femmes. En revanche, en pourcentage des apports énergétiques globaux, les femmes consomment en général plus de glucides simples que les hommes. Selon les études, cette proportion varie de 12 à 18 % pour les hommes et de 14 à 21 % pour les femmes5.


 

Quelques conseils pratiques pour vos patientes  


Pour atteindre une alimentation équilibrée telle qu’elle est définie par les apports nutritionnels conseillés et le Programme National Nutrition Santé, une femme ne doit jamais négliger les apports en glucides, et donc de féculents, essentiels à l’établissement d’un régime alimentaire équilibré.

Aujourd’hui, moins d’un tiers des femmes consomment trois produits à base de céréales et autres féculents par jour. Selon les études INCA et SU.VI.MAX, seules 14,1 à 15,8 % (1 femme sur 7) des femmes interrogées ont un apport en glucides représentant au moins 50 % de l’apport énergétique total comme recommandé.

 
Quantité moyenne de pain par jour
Proportion de femmes consommant au moins trois produits à base de céréales et autres féculents par jour
Proportion de femmes pour lesquelles les glucides représentent au moins 50 % de l’apport énergétique total
Part des glucides complexes par rapport aux glucides totaux
 Étude INCA6
97 g
33,4 %
14,1 %
nc
 Étude  SU.VI.MAX7 
84 g
29,5 %
15,8 % maximum (période 2001-2002 de l’étude)
52 %

Une femme ayant une activité physique modérée devrait en effet ingérer 260 à 290 g de glucides par jour comprenant un apport de 175 à 195 g de glucides complexes, source énergétique essentielle du cerveau et des muscles.

Les glucides complexes en pratique selon les ANC (exemple)
Au petit-déjeuner, 80 g de pain soit un tiers de baguette « confiturée »
Au déjeuner, 125 g de pommes de terre et 80 g de pain (soit un tiers de baguette)
Au dîner 125 g de lentilles et 80 g de pain, soit un tiers de baguette

Apport de pain quotidien conseillé (réf. ANC)
Femme
240 g de pain
Femme enceinte
280 g de pain
Femme allaitante
Environ 240 g de pain
 

 

Le sandwich : une solution déjeuner intéressante d’un point de vue nutritionnel !  


Le pain comporte en moyenne 50 % d’amidon. Il compte parmi les aliments les plus riches en glucides complexes (proportion beaucoup plus importante que les pâtes et les pommes de terre). D’autre part, il est quasiment dépourvu de glucides simples. Le pain apparaît ainsi comme un des aliments à privilégier afin d’augmenter la consommation de glucides complexes, trop faible chez les femmes.

Contrairement aux idées reçues, les sandwichs sont, à ce titre, intéressants : riches en glucides complexes (50 % d’amidon) et en fibres (apports variant en fonction du type de pain), ils contiennent généralement un aliment protéiné (jambon ou viande), un peu de crudités et un produit laitier (fromage) et représentent donc une "solution déjeuner intéressante" sur le plan nutritionnel. Accompagné d’un ou deux fruits, le sandwich contribue à l’équilibre alimentaire d’une journée. En effet, une préparation saine du sandwich, sans ajout de matière grasse (mayonnaise ou beurre en grande quantité) ou ingrédients riches en lipides assure un déjeuner moins calorique qu’une quiche au saumon ou aux légumes, qu’un croque monsieur ou qu’une part de pizza. Pour respecter cet équilibre alimentaire, le repas du soir devra comporter des légumes verts.

LE PAIN : un Index Glycémique modéré, facilitant la régulation de la satiété

Certaines idées reçues ont pendant longtemps conduit à bannir le pain des régimes alimentaires,
ce qui a entraîné une diminution de sa consommation chez les femmes.
Grâce à son pouvoir hyperglycémiant et son contenu en fibres, les pains,
et notamment la baguette de tradition française dont l’Index Glycémique est modéré (57),
permettent, en réalité, la réduction de la sensation de faim et le maintien de la satiété.
Ces effets sont liés à la délivrance progressive du glucose par le tube digestif,
modifiant l’activité des neurones glucosensibles hypothalamiques.
De par son effet satiétogène dû à son fort contenu en glucides complexes,
son Index Glycémique modéré, son apport en fibres et sa faible teneur en lipides,
le pain permet d’éviter la prise de poids ou de la réguler lorsque c’est nécessaire
8.

Pour plus d’informations,
téléchargez le recueil « Pain et nutrition »






 
Interview du docteur Myriam Chpindel-Bruno, gynécologue  


Le docteur Chpindel est gynécologue. En complément de sa spécialisation, elle a suivi une formation en diététique. Elle répond à nos questions.

- Au cours des dix dernières années, quelles évolutions avez-vous pu noter concernant le rapport des femmes à leur alimentation?

Je traite de plus en plus de questions diététiques avec mes patientes : c’est une demande croissante depuis quelques années (je me suis formée aux questions de diététique pour mieux répondre à leurs attentes). En effet, les femmes que je rencontre, très sollicitées par les médias, sont de plus en plus préoccupées par leur poids.

Je leur apprends aussi comment il est possible de manger une alimentation équilibrée sans que cela représente une contrainte supplémentaire.

- Quel est l’impact de la nutrition sur la santé des femmes ?

En tant que gynécologue, je détecte bien des maux qui sont dus à des dysfonctionnements nutritionnels. En effet, des maladies telles que le surpoids ou l’anorexie peuvent entraîner des problèmes d’ovulation et donc de fécondité. Par ailleurs, le surpoids est aussi un facteur de risque de varices et d'hypertension artérielle ou de douleurs articulaires.

- Pour vous, quelle est la place de chaque aliment dans l’alimentation ?

J’essaie de redonner quelques repères et conseils pratiques à mes patientes lorsqu’elles me le demandent. Par exemple, quand l’une d’elles pense devoir maigrir, je lui fais remplir une feuille avec la liste et les quantités de tout ce qu’elle mange sur 8-10 jours. Car sans cela, on n’a jamais une vision très objective de leur alimentation !

La variété de l’alimentation reste, pour moi, la règle d’or. Je ne supprime jamais le pain de leur régime alimentaire. J’insiste sur la consommation de pain au petit-déjeuner. Aux autres repas, je conseille d’équilibrer les aliments glucidiques : un bon morceau de pain ou des pâtes ou deux pommes de terre. Par ailleurs, je souligne régulièrement la nécessité de consommer des légumes verts en même temps que les féculents.



 
Actualités de l’Observatoire du pain  


Informer les professionnels de santé et les consommateurs des avancées scientifiques sur le pain et la nutrition, telle est la mission de l’Observatoire du pain. Les experts du Comité scientifique du pain interviennent, par exemple, régulièrement lors des symposiums régionaux « pain & santé » destinés aux professionnels de santé. Le prochain symposium "pain & santé" aura lieu à Nantes, le jeudi 31 mai 2007.

Afin de toujours informer au mieux les professionnels de santé et les consommateurs, l’Observatoire du pain mettra en ligne son site Internet dans les prochaines semaines : www.observatoiredupain.fr. Un espace vous est spécifiquement dédié (rubrique professionnels de santé) vous y trouverez progressivement toutes les informations utiles sur le pain et la nutrition.


La page d’accueil du portail www.le-pain.fr

Par ailleurs, l’Observatoire du pain publie à l'attention des nutritionnistes une Newsletter dont le 2e numéro vient de paraître. Pour la recevoir, faites votre demande à  : observatoiredupain@opinionvalley.com.

1 « Le cœur négligé des femmes ».- Le Généraliste n° 2342, p.32.
2 Pour une politique nutritionnelle de santé publique en France – Haut Comité pour la Santé Publique
3 Ibid.
4 Ibid.
5 Glucides et santé : états des lieux, évaluation et recommandation.- Rapport Afssa, Octobre 2004

6 Enquête INCA, enquête individuelle et nationale sur les consommations alimentaires - 1999
7 Hercberg S., Preziosi P., Briancon S., Galan P ., Triol I., Malvy D., Rouseel A-M., Favier A.A primary prevention trial using nutritional doses of antioxydant vitamins and minerals in cardiovascular diseases and cancers in a general population : the SU.VI.MAX study design methods, and participant characteristics. SUpplementation en VItamines et Minéraux AntioXydants.

8 Recueil Pain et Nutrition.- Observatoire du pain.- Edition septembre 2006, p.12

Lettre réalisée en collaboration avec l'Observatoire du Pain et l'agence Opinion Valley.



 
 
     

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