La lettre du JIM / Spécial La nutrition des enfants
Mercredi 19 Septembre 2007
 
 
 
Editorial  

L’augmentation inquiétante de l’obésité infantile au cours des 30 dernières années révèle un dérèglement des comportements alimentaires qu’il faut aujourd’hui endiguer. Nous voyons trop d’enfants consulter en situation de surpoids ou d’obésité, principalement en raison de mauvaises habitudes alimentaires familiales et du développement croissant de la sédentarité. L’augmentation de la fréquence de l’obésité est frappante : depuis les années 60, elle a été multipliée par cinq. Si cela continue sur ce rythme, la France rejoindra en 2020 la situation actuelle des Etats-Unis.

Nous jouons tous un rôle important dans la prévention, enjeu de société (le surpoids touche 20% des enfants dont le père est ouvrier / employé et 12% des enfants dont le père est cadre). Un suivi médical consciencieux et régulier des enfants par le médecin généraliste ou le pédiatre permet de déceler les dérèglements et de les prendre en charge au plus tôt par un nutritionniste. Les parents doivent également repérer très tôt les risques d’un comportement alimentaire déviant pour instaurer à la maison une alimentation équilibrée.

 

Vous trouverez dans cette newsletter quelques repères et orientations pour mieux accompagner l’éducation nutritionnelle des enfants : un rappel des risques pathologiques infantiles liés à la nutrition, un état des lieux de la consommation glucidique des enfants et quelques repères pratiques pour accompagner les parents.

Je remercie le professeur Christophe Dupont, Pédiatre, Chef de service de néonatalogie à l’hôpital Saint Vincent de Paul (Paris) qui a accepté de s’associer à ce projet et dont l’expertise nous a été précieuse pour la réalisation de cette newsletter.

Bonne lecture,
Dr Marlène Galantier, médecin nutritionniste, Médecin Conseil de l’Observatoire du pain

 

Sommaire
- La nutrition des enfants - Le diagnostic du Professeur Christophe Dupont
- Consommation et recommandations de glucides pour l’équilibre des enfants
- Quelques conseils pratiques pour structurer l’alimentation de vos jeunes patients

- Le goûter, un moment important de la journée

- Actualité de l’Observatoire du pain
- Les adresses utiles

La nutrition des enfants - Le diagnostic du Professeur Christophe Dupont  

Depuis les années 60, les enfants ont grandi de 4 cm. Revers de la médaille, 13 % à 15 % sont aujourd’hui en situation de surpoids ou d’obésité1. Si la réduction de l’activité physique contribue à expliquer cette évolution, l’alimentation est aussi en cause.

>> Une alimentation déséquilibrée

L’apport énergétique des enfants a progressivement diminué avec les années : il était en moyenne de 1900 kcal dans l’étude INCA 13 . Mais, la répartition entre les différents nutriments énergétiques est insatisfaisante :

- Trop de protéines chez les tout-petits : cet excès, qui favorise une croissance précoce, pourrait faire le lit de l’obésité1.
- Trop de lipides chez les plus de 3 ans : 38 % de l’apport énergétique total2 (versus 30 à 35 % recommandés)
- Pas assez de glucides complexes, et trop d’aliments sucrés appelés « calories vides » (cf. article suivant
« Consommation et recommandations de glucides pour l’équilibre des enfants ! »).


 

 

 

La toute récente « Recommandation relative à la Nutrition », élaborée par le GEMRCN (Groupe d’Etude des Marchés de Restauration Collective et de Nutrition), et inspirée des Programmes Nationaux Nutrition Santé (PNNS 1 et 2)4 vise à une amélioration des repas des restaurants scolaires5.

>> Des apports nutritionnels conseillés adaptés individuellement

La dernière édition des apports nutritionnels conseillés6 insiste sur la variabilité des besoins énergétiques des enfants et des adolescents. Ils sont définis en fonction de
- leur stade de croissance ;
- leur poids et leur taille (indice de masse corporel) ;
- leur niveau d’activité physique.



Rapportés au kilo de poids corporel, les besoins énergétiques sont particulièrement importants.

La première année de vie, un bébé grandit en moyenne de 25 cm tandis qu’entre 4 et 10 ans, les enfants ne prennent que 5 à 6 cm par an. La puberté relance ensuite la croissance : le besoin énergétique des filles est culminant entre 13 et 15 ans alors que celui des garçons augmente régulièrement jusqu’à 18 ans.

>> Les recommandations générales vers un meilleur équilibre

Elles se résument aux conseils suivants 
- Réduire l’apport en protéines (viande, poisson, œuf) qui ne doit pas dépasser 12% de l’Apport Energétique Total (AET) (soit deux cuillères à soupe par jour) jusqu’à 2 ans, 30 à 40 g de l’AET (soit 3 cuillères à soupe ou un œuf par jour) à 3 ans et de 60 à 80 g entre 4 et 10 ans (pour mémoire, 100 g de viande apportent 20 g de protéines).

- Maintenir un large apport en lipides entre 0 et 3 ans, 40 à 45 % de l’apport énergétique total, pour la maturation du système nerveux, et paradoxalement en prévention de l’obésité (les aliments allégés en lipides sont contre-indiqués avant 3 ans)1. La consommation de lipides doit ensuite être revue à la baisse après 3 ans pour atteindre 30 à 35 % de l’apport énergétique, notamment par une réduction des acides gras saturés cachés dans les viennoiseries, pâtisseries, tartes salées, aliments frits.

- Augmenter les apports en glucides dès l’âge de 3 ans afin qu’ils représentent 50 à 55 % de l’apport énergétique avec une préférence pour les glucides complexes (pain, pâtes, riz, pommes de terre), et une diminution des glucides simples ajoutés (sucreries, pâtisseries, boissons sucrées).

Pour plus d’informations : Quelques conseils pratiques pour structurer l’alimentation de vos jeunes patients


 

Consommation et recommandations de glucides pour l’équilibre des enfants !  


>> Des glucides pour lutter contre l’obésité !

L’objectif nutritionnel sur la consommation de glucides fixé par les autorités de santé représente un enjeu majeur pour améliorer la santé des Français et diminuer les risques d’obésité. Cet objectif vise à « augmenter la consommation de glucides afin qu’ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers,
- en favorisant la consommation des aliments sources d’amidon (pain, pâtes, riz, pommes de terre) 
- en réduisant de 25 % la consommation actuelle de glucides simples (sodas, confiseries…)
- en augmentant de 50 % la consommation de fibres (fruits et légumes)7»

 


>> Nos enfants consomment beaucoup trop de glucides simples !

En proportion des apports énergétiques totaux, on remarque une carence glucidique et un déséquilibre dans la répartition des apports de glucides simples et glucides complexes :
- Leur consommation glucidique totale reste inférieure aux recommandations (entre 44,6 % et 47,7 % de leur apport énergétique total9)
- Les apports de glucides simples sont plus élevés chez les enfants (entre 17,1 et 22,7 %8) que chez les adultes.





Les résultats de l’étude INCA3 mettent en exergue le fait que les glucides simples, surconsommés, proviennent pour  25 % du sucre et de ses dérivés (confiserie, chocolat et confiture), pour 21% des sodas et jus de fruits contre seulement 17% des produits laitiers et 11% des fruits, aliments sources de glucides simples recommandés par les autorités de santé. Ils sont par ailleurs principalement consommés au moment du petit déjeuner et du goûter.


Apports de glucides simples des enfants (n=1018), INCA3

Seuls 29% des enfants consomment au moins 3 aliments céréaliers ou autres féculents par jour alors que 4 sont recommandés. En effet, selon la dernière étude de consommation de l’Observatoire du pain en juillet 2006, un enfant consomme en moyenne 111 g de pain par jour soit environ une demi-baguette par jour, quantité inférieure aux indications nutritionnelles (cf. données « Du pain à chaque repas et selon l’appétit).
 
>> Recommandations : du pain à chaque repas ! Et, notamment au petit déjeuner et au goûter !

Grâce à son profil nutritionnel intéressant, le pain répond aux principales priorités nutritionnelles de santé publique : augmenter la consommation de glucides complexes et celle de fibres et diminuer celle de lipides et d’acides gras saturés. Il est par ailleurs plus simple à consommer que d’autres aliments sources de glucides complexes car il ne nécessite aucune préparation cuisinée, comme les pâtes ou les pommes de terre et peut ainsi être consommé à chaque repas.

Repère
1 baguette de tradition française = 250 g
Profil
Quantité recommandée par repas
à 5 ans
1/6 de baguette (40 g)
à 8 ans
1/5 de baguette (50 g)
Pour une adolescente
1/4 à 1/3 de baguette (60 g à 80 g)
Pour un adolescent
1/3 à 1/2 baguette (80 g à 125 g)


 

Quelques conseils pratiques pour équilibrer l’alimentation de vos jeunes patients  

Face à l’évolution croissante du nombre d’enfants en surpoids relevée au cours des 30 dernières années  (surpoids et obésité : de 3 % en 1960 à 13% à 15% selon la tranche d’âge en 200610), les autorités de santé ont pris des mesures pour rééquilibrer l’alimentation des Français. Ces objectifs restent parfois abstraits pour les parents. Les alerter sur les risques qu’encourent leurs enfants et leur donner les clefs de succès pour rééquilibrer l’alimentation de toute la famille est devenu une nécessité.

 

Le Dr Marlène Galantier, nutritionniste et Médecin Conseil de l’Observatoire du pain vous donne quelques recommandations simples pour restructurer l’alimentation de vos patients.

>> Respecter les besoins et goûts de chacun
Chaque membre de la famille a ses propres besoins énergétiques qu’il faut prendre en compte dans la distribution des repas. Il est nécessaire de servir à chacun la portion qui lui correspond et qui est relative à son âge, à son poids, à sa taille et à l’activité physique qu’il pratique. Vous pouvez par exemple conseiller l’utilisation d’une petite assiette pour les enfants de moins de 10 ans.

Il est important de familiariser les enfants aux différentes catégories d’aliments pour qu’ils puissent y prendre goût. Écarter un aliment du régime alimentaire d’un enfant peut provoquer des frustrations.  C’est pourquoi il est préférable de donner de tout à l’enfant mais dans une quantité raisonnable.

Info Plus
Les nourrissons ont un goût inné pour la saveur sucrée.


>> Redonner de l’importance au repas

> 4 repas quotidiens pour un régime alimentaire équilibré
Chaque repas est essentiel pour répondre aux besoins énergétiques quotidiens de l’enfant. Le petit déjeuner par exemple est essentiel car il rompt le jeûne de la nuit et reconstitue les ressources énergétiques pour la journée.

Respecter ce rythme permet de familiariser l’enfant à la sensation de satiété et ainsi de comprendre l’importance d’un repas équilibré.

 

 

 

Info Plus
L’adolescence marque une phase de rupture alimentaire. La tendance est à la déstructuration des repas.


> À table et avec un parent au moins
Pour se nourrir correctement en prenant conscience de ce que l’on mange il faut avant tout y accorder du temps. Le contexte dans lequel est pris le repas influe sur ce que l’on consomme ; un repas pris en famille ou avec l’un de ses parents et à table favorise une meilleure alimentation et rétablit par ailleurs un moment de convivialité.

> L’équation équilibre = pain + légumes verts + un VPO  (Viande, Poisson, Œuf) + féculent + un produit laitier + un fruit
Cette formule de repas « complet » présente plusieurs avantages pour l’enfant

 

 

 

 

- Découvrir de nouvelles saveurs grâce à la variété des menus proposés
- Diversifier son alimentation en consommant chaque catégorie d’aliments
- Découvrir la sensation de satiété grâce à une prise alimentaire progressive


 

Info Plus
77 % des enfants entre 2 et 10 ans sont concernés par la néophobie alimentaire (refus des nouveaux aliments). C’est un phénomène normal et transitoire7 et c’est la première présentation qui fait peur..


> Éviter le grignotage
Pour éviter le grignotage pensez à augmenter la ration d’aliments « rassasiants » de vos enfants (riches en fibres et en glucides complexes) au déjeuner puis au goûter. Ce dernier doit être pris entre 16h et 17h et inclure un aliment céréalier comme le pain. Vous pouvez également éviter le grignotage par ennui en interdisant aux enfants de se servir seuls dans la cuisine ou en avançant l’heure du dîner. L’heure optimale est 19H00 pour un enfant de moins de 12 ans.

 

 

 

Info Plus
Chez les jeunes enfants, la préférence va aux aliments hautement énergétiques, qui assurent une satiété confortable11. Toutefois, comme ils agissent par mimétisme, leur équilibre alimentaire dépend de celui de leurs parents et de leurs proches12.

>> Pratiquer une activité physique
La sédentarité due au temps croissant passé devant la télévision et à la diminution de l’activité physique serait un des facteurs principaux de l’installation de l’obésité chez les enfants. Pour faire face à cet enjeu majeur de santé publique, les autorités de santé recommandent d’augmenter l’activité physique quotidienne moyenne en faisant l’équivalent « d’au moins une demi-heure voire une heure de marche rapide par jour ».

>> Ne boire que de l’eau !
Seule boisson indispensable à notre organisme, l’eau reste souvent sous consommée par les enfants au profit des boissons sucrées. Pour habituer l’enfant à en consommer, elle doit être la seule boisson disponible à table.

>> Veiller à l’évolution pondérale
Le poids de l’enfant doit faire l’objet d’un suivi régulier (mensuel) pendant toute sa croissance afin de le renvoyer vers un spécialiste, pour une prise en charge rapide en cas de dérèglement.
Remplir mensuellement les évolutions de la courbe de poids et d’IMC sur le carnet de santé est idéal pour suivre avec attention toutes les évolutions de l’enfant.

 

Le goûter : un moment important de la journée de l’enfant  


L’équilibre alimentaire d’un enfant ou d’un adolescent se structure autour de 4 repas, permettant de répartir les apports énergétiques tout au long de la journée (jusqu’à 18 ans en moyenne pour les garçons et 15/16 ans pour les filles).

La consommation excessive de produits sucrés (glucides simples) relevée chez les enfants s’identifie souvent au cours de ce quatrième repas. Afin de maintenir l’équilibre alimentaire à ce moment de la journée et de profiter de son intérêt nutritionnel il doit se composer idéalement de pain ou d’un aliment céréalier, d’un produit laitier et d’un fruit en fonction de l’appétit.

Pour respecter l’équilibre de ce repas, on préférera par exemple :

- Un morceau de pain accompagné d’un morceau de chocolat pour son apport en glucides complexes facteur de satiété plutôt qu’une viennoiserie qui ne doit pas être consommée plus d’une fois par semaine, ou des biscuits souvent trop gras ou trop sucrés. Pour repère, un quart de baguette de pain accompagné de 4 carrés de chocolat représente le même apport calorique que 2,5 biscuits fourrés au chocolat, portion de biscuit insuffisante pour satisfaire l’appétit de l’enfant.  

- Un produit laitier plutôt qu’un jus de fruit souvent trop sucré. Ce choix permet chez les jeunes filles de prévenir les problèmes d’ostéoporose relevant d’une carence en calcium au moment de l’adolescence.

 

 

 

 

 

Afin de profiter au maximum des effets bénéfiques du goûter sur l’organisme, il est préférable que l’enfant ou l’adolescent le prenne à table comme un autre repas. En répondant aux besoins énergétiques de l’enfant, le goûter favorise sa concentration au moment des devoirs et permet d’éviter une prise alimentaire excessive au dîner.


 

Actualité de l’Observatoire du pain – Le site Internet de l’Observatoire du pain  


Aider les parents et les enfants à acquérir les bons repères de nutrition est souvent un exercice complexe et long. L’Observatoire du pain propose des outils pédagogiques pour vous aider dans l’accompagnement des patients. Auto-calcul de l’IMC ou tests de connaissances sur le pain… le site Internet de l’Observatoire du pain propose différents modules interactifs. Tout savoir sur les règles de bases de la nutrition en 30 secondes est maintenant possible grâce aux interviews des médecins conseil de l’Observatoire du pain. N’hésitez pas à les partager avec vos patients !

Découvrez les sur www.observatoiredupain.fr


 

Les adresses utiles  

>> Nutrition

www.mangerbouger.com
Téléchargez les guides du Programme National Nutrition Santé

www.inpes.sante.fr
L’espace « nutrition » met à votre disposition un guide nutrition de la naissance à 3 ans

>> Obésité
www.obesite-enfant.com
Le site dédié aux enfants souffrant d'obésité et à leurs parents
www.epode.fr
Retrouvez le programme des actions de prévention du programme « Ensemble Prévenons l’Obésité Des Enfants »

1 M.F. Rolland-Cachera. « Morphologie et alimentation de l’enfant : évolution au cours des dernières décennies ». Cahiers de Nutrition et de Diététique, vol 39-3 : 178-184.
2 Charles MA. « Epidémiologie de l’obésité infantile ». In : Tounian P, ed « L’obésité de l’enfant ». Paris : John Libbey Eurotext 2006
3 INCA 1 : Enquête individuelle et Nationale sur les Consommations Alimentaires (1999).
4 PNNS : Programme National Nutrition Santé
5 Recommandation Relative à la Nutrition du GEMRCN du 4 mai 2007
5 A Martin et al. Apports Nutritionnels conseillés à la population française. 3°ed.Lavoisier,
 Tec et doc, 2000.
7 PNNS – livret d’accompagnement du Guide nutrition des enfants et ados pour tous les parents destiné aux professionnels de santé, 2004
8 Afssa, Rapport du groupe de travail sur les glucides, octobre 2004
9 Recommandations nutritionnelles de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) selon les Apports Nutritionnels Conseillés.
10 4ème Enquête Obépi Roche, France 2006

11 M. Chiva. Déterminants des choix alimentaires et possibilité d’interventions nutritionnelles. Objectif Nutrition spécial, juin 2002.
12 N. Rigal. La naissance du goût. Objectif Nutrition n°64 (juillet 2002).

Lettre réalisée en collaboration avec l'Observatoire du Pain et l'agence Opinion Valley.


 
 
     

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