Proctologie (communications aux journées francophones de pathologie digestive)

V. DE PARADES,
Groupe hospitalier Diaconesses - Croix Saint-Simon,
Paris

 

« Il faut toujours être prêt à deux choses : d’abord faire seulement ce que suggère la raison (…) pour l’utilité des hommes, ensuite à changer d’avis, s’il y a près de toi quelqu’un qui te corrige et te fait t’éloigner de ce que tu as pu penser. » (Pensées de Marc Aurèle)

 

Le cru lyonnais 2007 des Journées Francophones de Pathologie Digestive s’est avéré particulièrement riche en communications proctologiques avec notamment, une fois n’est pas coutume, trois essais contrôlés randomisés. En outre, les « locaux » de l’hôpital édouard Herriot n’ont pas raté l’occasion de se faire remarquer avec au moins cinq communications.

 

La maladie de Crohn ano-périnéale

L’infliximab : où en est-on en 2007 ?

Depuis l’apparition de l’infliximab, le traitement des fistules de la maladie de Crohn (figure 1) a changé puisqu’il repose désormais sur un traitement combiné médical et chirurgical dans la plupart des cas. L’équipe de Rouen a voulu faire un état des lieux de sa pratique.
Vingt-six dossiers de patients traités entre 1999 et 2005 ont donc été repris.

 

  Figure 1.
Maladie de Crohn ano-périnéale.


Il s’agissait de fistules complexes dans 69 % des cas. Un séton non serré avait été mis en place dans le trajet fistuleux chez trois patients sur quatre. Après le traitement par infliximab, 50 % des malades ont été considérés en réponse complète. Cette réponse était significativement associée à l’absence d’atteinte intestinale active et à l’absence d’inflammation rectale. En revanche, l’aspect de l’IRM initiale n’était pas prédictif de la réponse.
En bref, cette étude a rappelé, s’il en était besoin, que le traitement des fistules de la maladie de Crohn reste un challenge difficile même à l’ère de l’infliximab. En outre, elle a confirmé la condition sine qua non à ce traitement, à savoir le contrôle de la maladie luminale d’amont, notamment rectale.

Tougeron D et al. Rouen, A49

L’infliximab, c’est bien ! Et la colle biologique, c’est comment ?

Le traitement des fistules anales par injection d’une colle biologique (figure 2) fait l’objet d’un intérêt grandissant en raison de sa simplicité d’utilisation et de son innocuité. Jean-Charles Grimaud a donc mené un essai prospectif contrôlé randomisé multicentrique dans le cadre de la maladie de Crohn.

 

  Figure 2.
Colle biologique dans une fistule anale.


Soixante-dix-sept patients, dont la maladie d’amont était quiescente, ont ainsi été inclus. Le trajet fistuleux avait été drainé par un séton non serré et l’imagerie avait écarté l’éventualité d’une collection persistante. Au moment de la randomisation, le séton était retiré, puis soit le patient recevait une injection de colle, soit il n’avait aucun traitement. À S8, il y a eu une réponse complète chez 38 % des patients traités par colle versus 16 % des patients non traités (p = 0,048). Les taux de réponses étaient de 50 % vs 22 % dans les fistules simples et de 25 % vs 11 % dans les fistules complexes. En particulier, le traitement des fistules recto-vaginales a donné de mauvais résultats.
En bref, la colle a obturé plus du tiers des fistules anales dans cette série de maladie de Crohn. On peut être déçu par un tel chiffre, mais, encore une fois, le geste est simple et anodin. Donc, pourquoi s’en priver ?

Grimaud JC et al. Marseille, A29

Qu’en est-il des fistules anorecto-vulvovaginales ?

Les fistules anorecto-vulvovaginales font partie des fistules les plus difficiles à traiter. Dans le cadre de la maladie de Crohn, le constat est encore plus déprimant. Pourtant, les praticiens de Grenoble nous ont rapporté une expérience intéressante.
Ils ont en effet individualisé 35 patientes suivies pour une maladie de Crohn et ayant été traitées entre 2001 et 2006 pour une fistule recto-vaginale (89 %) ou ano-vulvaire. Celles-ci ont été opérées (tableau 1) et 26 d’entre elles ont reçu en plus de l’infliximab.

 

 

Le taux de guérison a été de 68 % (ce qui est plus qu’honorable). Le lambeau d’avancement a été la meilleure technique alors que, comme dans le travail précédent, la colle s’est avérée peu efficace (en fait, ce type de trajet est trop court pour que la colle adhère de façon durable).
En bref, l’association de la chirurgie, notamment le lambeau d’avancement, à l’infliximab permet d’obtenir la cicatrisation des deux tiers des fistules anorecto-vulvovaginales de la maladie de Crohn. Un résultat très intéressant, mais on attend désormais l’année prochaine pour savoir quoi proposer au tiers restant.

Faucheron JL et al. Grenoble, A48

Le carcinome épidermoïde anal

Dépistage : les fumeurs aussi !

Le frottis de dépistage a démontré son intérêt dans des populations à haut risque de cancer épidermoïde du canal anal. En revanche, son intérêt dans la population générale n’est pas connu. Isabelle Etienney a voulu déterminer la fréquence des frottis anormaux dans un large panel de patients.
Pour ce faire, les médecins des Diaconesses ont systématiquement proposé à leurs patients de consultation un frottis réalisé à l’aide d’une brosse en dacron (figure 3).

 

  Figure 3.
Brosse en dacron pour frottis anal.


De juillet à octobre 2005, 205 patients ont ainsi été inclus. Un antécédent de condylomes anaux et cervico-vaginaux était respectivement retrouvé chez 13 % et 9 % des patients. La sérologie pour le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) était positive dans 12 % des cas. In fine, 78 % des frottis se sont avérés normaux et aucune lésion intra-épithéliale de haut grade n’a été trouvée. En revanche, des lésions de bas grade ont été constatées dans 2 % des cas, toutes chez des patients infectés par le VIH avec un antécédent de condylomes. Enfin, 20 % des frottis comportaient des lésions de signification indéterminée. Les facteurs significativement associés à un frottis anormal étaient un antécédent de condylome, une infection par le VIH et, de façon inattendue, le tabac.
En bref, cette étude a confirmé la prévalence élevée des lésions de bas grade en cas d’infection par VIH et d’antécédent de condylome, mais pas seulement puisque des lésions ont également été décrites en cas de tabagisme. De là à proposer un frottis anal à tous les fumeurs.

Etienney I et al. Paris, A86

Le traitement en 2007

L’amputation abdomino-périnéale de première intention en cas de carcinome épidermoïde de l’anus a été abandonnée. Le traitement, désormais conservateur, repose sur la radiothérapie, éventuellement associée à une chimiothérapie, et on a l’impression que tout se passe au mieux dans le meilleur des mondes. C’est ce qu’ont voulu vérifier les médecins du Centre de lutte contre le cancer de Caen.
Ils se sont plongés dans les dossiers de 104 patients traités, entre 1989 et 2003, par une radio-
chimiothérapie concomitante incluant les aires ganglionnaires inguinales dans 96 % des cas (ils n’ont pas eu la « main légère » puisque la moitié des cancers étaient seulement classés T1-2 N0). Le taux de contrôle local a été de 85 %, le taux de survie sans progression à 5 ans de 79 % et le taux de survie globale à 5 ans de 57 %. Les facteurs de bon pronostic étaient le stade tumoral initial T1-2N0 et l’obtention d’une rémission complète, mais aussi le sexe féminin. La toxicité tardive a pu être évaluée chez 22 patients : 50 % d’entre eux se plaignaient d’émissions glairo-hémorragiques, 76 % d’une sécheresse vaginale et 100 % de troubles de l’érection ! De surcroît, la qualité de vie semblait altérée.
En bref, la radio-chimiothérapie est un traitement efficace du carcinome épidermoïde de l’anus. Toutefois, sa toxicité tardive, notamment sur la sexualité, était importante dans cette étude (mais l’évaluation n’a porté que sur 20 % des patients). Ces données, pour le moins fâcheuses, devraient donc être précisées par une évaluation prospective sans perdu de vue.

Toudic-Emily F et al. Caen, A87

Et chez les patients infectés par le VIH ?

L’incidence du carcinome épidermoïde de l’anus a augmenté ces dernières années en raison de la proportion grandissante de patients infectés par le VIH. Chez ces patients, le traitement est réputé mal toléré et le pronostic moins bon. Laurent Abramowitz et son équipe ont voulu voir si cette mauvaise réputation avait résisté à l’arrivée des antirétroviraux.
Ils ont donc repris les dossiers ouverts entre 1998 et 2004 dans six centres franciliens. Ils ont ainsi analysé les données de 151 patients dont 29 % étaient infectés par le VIH. Ces derniers étaient traités par antirétroviraux dans 95 % des cas et avaient un taux de lymphocytes CD4 médian de 320, ainsi qu’une charge virale indétectable dans 67 % des cas. Il n’y avait aucune différence entre les patients infectés ou non par le VIH pour la localisation de la tumeur, son type histologique, son stade, le type et le nombre de cures de chimiothérapie, la toxicité du traitement, le taux de récidives et la survie sans récidive. En revanche, les patients infectés par le VIH étaient significativement plus jeunes (45 vs 62 ans) et exclusivement de sexe masculin (100 % vs 27 %) (ce qui est logique puisqu’il s’agit le plus souvent de jeunes hommes homosexuels).
En bref, les patients infectés par le VIH auraient les mêmes carcinomes anaux que les autres et les antirétroviraux semblent avoir permis de « normaliser » leur traitement et leur pronostic.

Abramowitz L et al. Paris, A86

Ganglions inguinaux : to treat or not to treat ?

Lors de la radiothérapie d’un carcinome épidermoïde de l’anus, les ganglions inguinaux posent un problème. Il y a les tenants de leur irradiation systématique, au prix d’une morbidité, en général modérée, et les tenants d’une approche sélective, au motif que l’envahissement n’existerait au moment du diagnostic que dans 10 à 25 % des cas. Mais cette approche sélective se heurte à l’imprécision du seul examen clinique dans l’évaluation de cet envahissement ganglionnaire. On attend donc beaucoup des nouveaux agents de contraste spécifiques des ganglions en IRM, de la tomographie par émission de positons et de la technique du ganglion sentinelle dont Jacques Girodet nous a rapporté une expérience préliminaire passionnante.
L’étude a été réalisée à l’institut Curie entre 2004 et 2006 chez 14 patients d’âge moyen de 58 ans. Ils avaient une tumeur du canal anal classée T1 ou T2 sans ganglion inguinal palpable. L’injection d’un radio-isotope et d’un colorant bleu en péritumoral était suivie d’une lympho-scintigraphie. Puis, le lendemain, le(s) creux inguinal(ux) étai(en)t abordé(s) par une incision orientée par la cartographie et les ganglions fixant l’isotope et/ou le bleu étaient réséqués à visée histologique. Un ganglion sentinelle a été identifié chez tous les patients. Un seul d’entre eux avait un ganglion envahi et a donc bénéficié d’une irradiation inguinale. Les autres patients n’ont eu qu’une irradiation pelvienne, mais l’un d’eux a eu une rechute inguinale de sa maladie (ce qui pourrait remettre en question cette stratégie conceptuellement séduisante).
En bref, la technique du ganglion sentinelle inguinal semble relativement facile à mettre en œuvre, mais l’absence d’atteinte histologique du ganglion sentinelle ne préjugerait pas formellement de l’histoire naturelle de la maladie.

Girodet J et al. Paris, A87

Résultats de l’amputation abdomino-périnéale

L’amputation abdomino-périnéale reste indiquée dans les carcinomes épidermoïdes de l’anus en cas d’échec de la radio(-chimio)thérapie ou en cas de récidive locale (figure 4). L’équipe de Villejuif nous a rapporté son importante expérience en la matière.

 

  Figure 4.
Récidive d’un carcinome épidermoïde anal.


Ils ont en effet analysé les dossiers de 95 patients. La mortalité postopératoire a été de 3 % et la morbidité de 28 % (retards de cicatrisation surtout). En outre, la survie à 5 ans des patients ayant eu une exérèse R0 était de 64 % et la qualité de l’exérèse était le seul facteur pronostic significatif. En effet, la survie médiane des exérèses R0 était de plus de 10 ans, alors que la survie médiane des exérèses R1 ou R2 était inférieure à un an. Il n’y avait pas de différence selon que l’exérèse avait été réalisée pour échec du traitement conservateur ou pour récidive locale. En revanche, un sous-groupe de femmes de moins de 45 ans a eu une évolution péjorative, sans survie à 2 ans, alors que le sous-groupe des hommes de moins de 45 ans a eu un taux de survie de 50 % à 5 ans.
En bref, l’amputation abdomino-périnéale est une intervention de rattrapage efficace dans les carcinomes épidermoïdes de l’anus à condition que l’exérèse soit de type R0. Ces données sont passionnantes car nous avions une impression plus pessimiste dans notre centre.

Rouquier D et al. Villejuif, A196

L’incontinence anale

Quelle prévalence ?

La prévalence exacte de l’incontinence anale est mal connue sinon qu’on sait qu’elle est probablement sous-estimée car bon nombre de patients n’osent pas consulter. Henri Damon et coll. se sont donc attachés à évaluer cette prévalence en région Rhône- Alpes.
Pour ce faire, ils ont posté un auto-questionnaire anonyme de 44 questions à un échantillon aléatoire de la population de Rhône-Alpes établi à partir de listes électorales. À partir des 2 800 personnes majeures ainsi contactées, 706 questionnaires ont été exploités. La prévalence de l’incontinence dans la population globale était de 5 %. Par extrapolation, environ 220 000 personnes souffriraient de ce problème en Rhône-Alpes. Par ailleurs, cette étude a confirmé deux impressions cliniques fortes : la prévalence chez la femme était significativement supérieure à celle chez l’homme (7,5 vs 2,4 %) et la prévalence augmentait avec l’âge (figure 5).

 

  Figure 5. Prévalence de l’incontinence anale en fonction de l’âge en région Rhône-Alpes.


En bref, la prévalence de l’incontinence anale est élevée en région Rhône-Alpes et donc probablement en France.

Damon H et al. Lyon, A259

Et les hommes alors ?

La pratique quotidienne montre que l’incontinence anale est plus fréquente chez la femme et l’étude précédente nous a conforté dans cette idée. On l’admet d’autant plus aisément que les accouchements et la ménopause ont peu de prise sur le sphincter anal de l’homme. De fait, Henri Damon et son équipe ont voulu étudier les particularités des hommes incontinents anaux.
Ils ont donc analysé les données concernant 92 hommes consécutifs adressés pour la réalisation d’une échographie endo-anale. Leur âge moyen était de 62 ans. Une chirurgie proctologique (hémorroïdectomie, cure de fissure ou de fistule) était une cause possible chez 48 % d’entre eux puisqu’un défect sphinctérien était significativement plus fréquent chez ces patients. En outre, 22 % des sujets étudiés avaient un diabète ou prenaient un traitement antidépresseur. Le handicap devait être sérieux puisque 44 % des patients étaient gênés tous les jours et 74 % utilisaient des garnitures. Du reste, le retentissement sur la qualité de vie était important.
En bref, cette étude a confirmé qu’un antécédent de chirurgie proctologique est souvent retrouvé chez les hommes ayant une incontinence anale. Elle a aussi révélé que ces hommes ont une gêne souvent sévère avec une altération notable de la qualité de vie.

Damon H et al. Lyon, A259

L’incontinence nuit gravement à la santé mentale

L’incontinence anale est un handicap sérieux qui peut donc retentir sur la qualité de vie. Henri Damon et coll. ont décidé d’évaluer ces troubles de façon plus précise.
Ils ont ainsi analysé la gravité de l’incontinence, la qualité de vie et l’état anxio-dépressif de 223 patients (87 % de femmes) âgés en moyenne de 58 ans. Les patients ont été individualisés en fonction d’un score psychologique : score normal (48 %), syndrome anxieux isolé (27 %) et syndrome anxio-dépressif (25 %). La gravité de l’incontinence était plus importante et la qualité de vie était plus altérée de façon significative chez les patients anxieux ou anxio-dépressifs.
En bref, des symptômes d’anxiété et/ou de dépression sont présents une fois sur deux en cas d’incontinence anale. De surcroît, il y a une corrélation entre la gravité de l’incontinence, l’altération de la qualité de vie et la gravité des symptômes psychologiques. Il va donc peut-être falloir penser aux psychotropes chez ces patients…

Damon H et al. Lyon, A260

Mais il n’y a pas que l’incontinence qui gâche la vie !

Le retentissement de l’incontinence anale sur la qualité de vie est facile à comprendre. En revanche, le retentissement des troubles de l’évacuation est moins bien perçu à tel point que, parfois, on a vite fait de penser que certains patients sont un peu « fous ». L’équipe de Rennes a donc décidé de remettre les pendules à l’heure.
Des données recueillies entre 2002 et 2004 ont ainsi servi à l’analyse de 157 patients (92 % de femmes), âgés en moyenne de 55 ans, se plaignant de troubles fonctionnels pelviens. Les patients ayant la plus importante altération de qualité de vie avaient les troubles de l’évacuation et l’incontinence anale significativement les plus sévères. De surcroît, ils avaient plus souvent un syndrome de l’intestin irritable, des douleurs pelviennes, une sensation de pesanteur et des rapports sexuels douloureux.
En bref, les problèmes d’évacuation peuvent tout autant altérer la qualité de vie que l’incontinence anale. C’était bien de le rappeler car, encore une fois, cette réalité est loin d’être une évidence.

Abkari M et al. Rennes, A256

Des sphincters en silicone

L’idée d’injecter des matériaux inertes dans le sphincter anal est née de l’expérience des urologues qui traitent ainsi l’incontinence urinaire. Mais il faut trouver un produit stable, biocompatible, non allergisant, non immunogène, non carcinogène, facile à implanter et… efficace de façon durable. Laurent Siproudhis nous a rapporté son expérience pilote en France des implants de silicone dans l’incontinence anale par atteinte du sphincter interne.
Il a en effet utilisé un élastomère de polydiméthylsiloxane. Les patients ont été randomisés pour recevoir trois injections de ce biosilicone ou de sérum physiologique dans la zone du sphincter interne à la partie haute du canal anal (figure 6).

  Figure 6.
Endosonographie après injection de
silicone dans le sphincter anal.


Il s’agissait de 44 femmes âgées en moyenne de 64 ans. Les troubles étaient sévères puisque 81 % d’entre elles avaient une incontinence aux selles solides et utilisaient des garnitures. Le traitement a été bien toléré, mais, au 3e mois, les deux groupes ne différaient ni pour l’efficacité du traitement, ni pour le score d’incontinence.
En bref, c’est un coup d’épée dans l’eau, mais le principe est passionnant et il faut absolument continuer dans cette voie tant ces troubles de la continence anale par atteinte du sphincter interne sont difficiles à traiter.

Siproudhis L et al. Rennes, A203

Neuromodulation sacrée

La neuromodulation des racines sacrées (figure 7) est désormais « abonnée » aux Journées Francophones. Ainsi, après 2005, J.-L. Faucheron et son équipe sont revenus nous parler de leurs résultats.

 

  Figure 7.
Neurostimulateur sacré avant implantation.


Ils ont en effet relevé de manière prospective les complications survenues chez leurs 60 patients ayant eu l’implantation d’un neurostimulateur entre 2001 et 2006. La morbidité a été de 28 %. Ce taux non négligeable doit être pondéré par le fait qu’il a été possible de corriger le tir dans la plupart des cas (tableau 2).

 

 

Du reste, seules trois explantations définitives se sont avérées nécessaires.

En bref, dans un centre expert, un quart des patients a une complication après implantation d’un neurostimulateur sacré, mais seuls 5 % d’entre eux nécessitent une explantation définitive. Un résultat encourageant pour les centres que cette technique intéresse au plus haut point.

Faucheron JL et al. Grenoble, A261

Divers

Vous saurez tout sur l’élytrocèle

L’élytrocèle est une hernie du cul-de-sac de Douglas qui s’interpose dans la cloison recto-vaginale et qui contient le plus souvent du grêle (figure 8).

 

  Figure 8.
Radiologie d’une élytrocèle avec utérus en place.


La forme iatrogène, la plus fréquente, a notamment été décrite après hystérectomie. Les autres formes sont moins connues si bien que l’équipe lyonnaise a voulu y voir plus clair.
Elle a donc étudié 303 femmes ayant une élytrocèle (figure 9).

 Figure 9. Motifs de consultation en cas d’élytrocèle.

 

L’âge moyen des patientes était de 61 ans. Seules 37 % d’entre elles n’avaient pas eu d’hystérectomie. Ces patientes non hystérectomisées étaient plus jeunes que celles hystérectomisées. Elles avaient moins d’antécédents obstétricaux ainsi que moins d’antécédents de chirurgie abdominale et urologique. Elles utilisaient moins de garnitures urinaires, mais se plaignaient plus souvent de suintements anaux. Elles avaient plus souvent un prolapsus rectal extériorisé (qui explique les suintements) ainsi qu’une cystocèle. Enfin, l’élytrocèle était probablement congénitale chez 2 % des femmes puisque ces dernières, âgées en moyenne de 43 ans, n’avaient aucun antécédent obstétrical ou chirurgical.
En bref, la plupart des élytrocèles des patientes non hystérectomisées accompagnent un trouble de la statique pelvienne postérieure. Il vaut donc mieux opacifier le grêle lors d’une défécographie pour bilan d’un prolapsus rectal.

Maillard E et al. Lyon, A85

Comment éviter les troubles urinaires après la chirurgie proctologique ?

La rétention urinaire dans les suites immédiates de la chirurgie proctologique surviendrait chez 10 à 15 % des patients. Son mécanisme reste obscur. Nous avons pour habitude d’accuser les anesthésies, mais un spasme urétral et une relaxation du détrusor, peut-être favorisés par la douleur et une hypertrophie prostatique, joueraient également un rôle. Afin de diminuer sa fréquence, il faut limiter le volume des perfusions intraveineuses peropératoires, soulager la douleur postopératoire et inciter au lever précoce. Mais l’équipe de Léopold Bellan nous a montré qu’il y avait aussi une solution pharmacologique.
Ils ont en effet mené un essai prospectif contrôlé randomisé. Le groupe A était traité en prémédication par un comprimé d’alfuzosine LP 10 mg, le groupe B par 3 comprimés d’alfuzosine 2,5 mg en 24 heures
et le groupe C n’avait aucun
traitement. Ils ont inclus 195 patients (30 % de femmes) âgés en moyenne de 45 ans.
Ces patients ont été opérés sous anesthésie générale (81 %) ou loco-régionale pour une pathologie hémorroïdaire (63 %), une fissure ou une fistule. En postopératoire, il y a eu significativement moins de sondages vésicaux chez les patients du groupe A vs le groupe C. En revanche, il n’y avait pas de différence entre les groupes B et C. Parmi les malades sondés, la majorité avaient eu une hémorroïdectomie, mais il y avait autant de femmes que d’hommes (ce qui relativise le rôle joué par la prostate) et le type d’anesthésie n’était pas en cause (tableau 3).

 


En bref, l’administration d’alfuzosine LP 10 mg en prémédication permettrait de réduire le risque de rétention urinaire en postopératoire proctologique. Il n’y a plus qu’à penser à le prescrire…

Lemarchand N et al. Paris, A203

Complications hémorragiques

L’hémorroïdopexie, agrafée selon Longo, a fait une irruption fracassante dans le monde proctologique en raison de ses nombreux avantages (pas ou peu de douleur, pas de soin, reprise d’activité rapide). Cependant, on lui fait le reproche de ses complications parfois graves. Samy Sultan a donc repris avec Nabila Rabahi les dossiers des patients opérés aux Diaconesses entre 2001 et 2006.
Ils ont ainsi individualisé 150 patients âgés en moyenne de 50 ans. Il s’agissait d’une majorité d’hommes (81 %). En fin d’intervention, un saignement au niveau de la ligne d’agrafage a nécessité des points d’hémostase chez 64 % des patients. En postopératoire immédiat, des rétentions d’urine sont survenues chez 7 % des patients, ainsi que 2 % d’hémorragies ayant nécessité une hémostase au bloc opératoire. Après la sortie, 3 % des patients ont eu des hémorragies dont la moitié a nécessité une hémostase chirurgicale et des transfusions globulaires. D’autres complications sont également survenues chez 9 % des patients (fissure, thrombose hémorroïdaire externe, papille hypertrophique, fistule, sténose, incontinence au-delà de 3 mois), mais seules trois ont nécessité une réintervention. Enfin, 5 % des patients avaient un prolapsus persistant qui a bénéficié d’un traitement instrumental complémentaire.
En bref, une hémorragie survient après 5 % des hémorroïdopexies agrafées et nécessite une hémostase au bloc opératoire trois fois sur quatre. C’est à garder à l’esprit d’autant plus que certains de ces saignements peuvent être particulièrement sévères.
Sultan S et al. Paris, A85

Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?

Le prurit anal est un motif fréquent de consultation. Pourtant, il motive peu la communauté proctologique. Mais Laurent Siproudhis est arrivé avec le Groupe de recherche en proctologie.
Un questionnaire de 31 items a en effet été envoyé à 10 000 personnes. Et (aussi incroyable que cela puisse paraître) le document a été rempli et retourné par 7 196 individus. Ainsi, au cours des 12 mois précédents, 21 % des individus avaient souffert d’un prurit anal. Ils se plaignaient également de saignements (52 %), de douleur défécatoire (57 %) de constipation d’évacuation ou d’incontinence (71 %), mais le prurit était la plainte proctologique dominante chez un tiers d’entre eux. Les principales différences entre les personnes souffrant d’un prurit et celles sans symptôme sont présentées dans le tableau 4.

 


En bref, la prévalence du prurit anal dans la population serait de plus de 20 % et ce symptôme s’accompagnerait de troubles de la continence ou de l’évacuation dans les deux tiers des cas.

Siproudhis L et al. Rennes, A258

Pour finir et sans faire injure aux divers orateurs et exposants, il fallait bien sûr passer au « Petit Louvre », le fameux Musée des Beaux-Arts, installé dans un ancien couvent de Bénédictines, dont le magnifique cloître, les superbes antiquités égyptiennes et l’impressionnant département de peinture (1 800 œuvres) valaient bien un détour entre deux communications. 

Copyright © Len Medical, Gastro enterologie pratique, Mai 2007

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