La pollution tue, la pollution au travail tue aussi !

Un nombre croissant d’études épidémiologiques associe, en population générale, exposition environnementale à la pollution par les particules de l’air ambiant et maladie cardiovasculaire. En milieu professionnel, en revanche, les résultats ne sont pas homogènes ; les populations d’étude sont souvent fortement exposées à la pollution par les particules aéroportées, poussières de silice, d’amiante, fumées de soudure, par exemple, mais la relation entre ces expositions et la survenue de cardiopathies ischémiques ou d’une maladie vasculaire cérébrale n’est pas claire. L’interprétation des résultats en milieu de travail peut être limitée par des biais et des confusions : biais lié à l’effet « travailleur en bonne santé » (les travailleurs sérieusement malades étant habituellement exclus du travail, la population au travail est considérée comme vraisemblablement en meilleure santé que la population générale), insuffisance de prise en compte de facteurs potentiels de confusion comme le tabagisme, l’hypertension artérielle (HTA), le sexe et l’indice de masse corporelle (IMC).
 
Cherchant à pallier ces lacunes, une équipe du centre hospitalo-universitaire de Göteborg, en Suède, a mené une étude prospective de cohorte, de grande dimension, riche d’informations intéressant les expositions, et attentive au contrôle des facteurs confondants, afin de préciser la relation entre exposition professionnelle à la pollution particulaire et mortalité par maladies cardio- et cérébrovasculaires.  

Cette étude, s’appuyant sur les données de la Swedish Construction Industry Organization for Working Environment, Occupational Health and Safety, a inclus 176 309 travailleurs du bâtiment exposés et 71 778 travailleurs du bâtiment non exposés pris comme témoins. Cette population d’étude, exclusivement masculine, a été suivie de l’entrée dans l’étude, le 1er janvier 1971 au plus tôt, au 31 décembre 2001, lors de consultations ayant lieu tous les 2 à 5 ans.
Quatre catégories d’expositions professionnelles ont été évaluées : celles aux poussières inorganiques (amiante ; fibres minérales de synthèse ; poussières de ciment, de béton, de quartz), aux gaz et produits irritants (solvants organiques, résines époxy, diisocyanates), aux fumées (métaux, asphalte, et émissions diesel), et aux poussières de bois. L’analyse s’est fondée sur l’intitulé d’emploi au premier examen, la plupart des travailleurs ayant conservé la même activité professionnelle au cours de la période d’étude, et sur une matrice emplois/expositions en portant une attention particulière aux expositions des années 1970. Une pondération a été réalisée en fonction des habitudes tabagiques, de l’existence d’une HTA et de l’IMC.

Au cours de la période de suivi, 7 273 décès par cardiopathie ischémique et 1 813 décès par maladie vasculaire cérébrale ont été enregistrés dans population exposée ; les chiffres correspondants étaient 1 790 et 497 dans la population témoin non exposée. L’exposition professionnelle à la pollution de l’air par les particules est apparue associée à un risque accru de décès par cardiopathie ischémique (risque relatif [RR]=1,12 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,07 à 1,18) sans augmentation de la mortalité par maladie cérébrovasculaire.

L’analyse, selon la catégorie d’exposition, montre chez les travailleurs du bâtiment exposés aux fumées un accroissement significatif du risque de cardiopathie ischémique associé à l’exposition aux émissions diesel (RR=1,18 ; IC95 de 1,13 à 1,24), sans élévation significative de ce risque pour les expositions aux fumées de métaux et d’asphalte. Apparaît aussi un risque accru de cardiopathie ischémique chez les travailleurs exposés aux poussières inorganiques. Mais cette analyse ne révèle pas d’augmentation significative du risque de maladie vasculaire cérébrale associée aux expositions aux poussières inorganiques, aux fumées ou aux poussières de bois.

Si le rôle délétère cardiovasculaire de l’exposition environnementale à la pollution particulaire est largement documenté, les résultats de cette vaste étude de cohorte, de type « exposés/non exposés », montrent qu’en milieu professionnel aussi l’exposition à ces polluants est nocive, accroît le risque de cardiopathie ischémique et la mortalité par maladie cardiovasculaire, et appelle des mesures de réduction des niveaux de particules de l’air des lieux de travail.

Dr Julie Perrot

Référence
Torén K et coll. : Occupational exposure to particulate air pollution and mortality due to ischaemic heart disease and cerebrovacular disease. Occup Environ Med 2007 ; 64 : 515-9.

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