Les tests biologiques courants peuvent-ils aider au diagnostic des maladies inflammatoires de l’intestin chez l’enfant ?

Le pédiatre est parfois amené à suspecter une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique (RCH). Dans sa démarche clinique, il peut être aidé par les registres des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) de l’enfant et l’adolescent, où des données sont saisies très près du diagnostic.

L’étude de DR Mack et coll (1) exploite un registre pédiatrique multicentrique de MICI, ouvert en 2002, en Amérique du Nord, pour préciser l’apport diagnostique de la vitesse de sédimentation (VS), de l’hémogramme, et de l’albuminémie.

La MICI est caractérisée par son type et, pour un type donné, par sa gravité, qui est qualifiée de légère/ modérée/ ou sévère (sans connaître les résultats des examens biologiques) et par son étendue.
Dans le registre mentionné, sur 526 MICI, ayant débuté à 11,6 ans, en moyenne, il y a environ 75 % de maladies de Crohn (n=392), dont 29 % de formes légères et 55 % de multirégionales ; et 25 % de RCH (n=134), dont 30 % de légères et 77 % de pancoliques.

Les valeurs-seuils ont été fixées à 20 mm à H1 pour la VS, à 11,5g/dl pour l’hémoglobine (de 6 à 12 ans), à 450 000/mm³ pour les plaquettes, et à 34g/l pour l’albumine.
La VS est moins souvent prise en défaut que les autres examens de laboratoire, mais elle reste basse dans 26 % de toutes les MICI, et dans 18 % des MICI modérées à sévères. Le taux d’hémoglobine est normal dans 32 % des cas, la numération des plaquettes dans 50 % des cas, et l’albuminémie dans 60 % des cas.

Les quatre valeurs sont normales, « au diagnostic », dans 21 % des formes légères de maladie de Crohn, et 54 % des formes légères de RCH, versus environ 4 % des formes modérées et sévères de chacune de ces deux affections.

Une corrélation directe entre l’étendue des lésions d’une part, et le degré de gravité ou le nombre de tests de laboratoire anormaux d’autre part, n’est trouvée que dans la RCH, permettant d’opposer les formes pancoliques aux formes localisées au rectosigmoïde.
La présence de sang dans les selles augmente nettement la « sensibilité » des examens biologiques. Dans cette éventualité, la sensibilité des quatre tests confondus atteint 98 %.

Le registre utilisé ici n’a pas l’exhaustivité d’EPIMAD, qui recense depuis 1988 tous les nouveaux cas de MICI dans le nord-ouest de la France, découverts en ville et à l’hôpital (2), mais il permet d’apprécier la gravité initiale de la maladie. Il révèle que les examens biologiques courants, dont ne font pas partie les protéines d’origine leucocytaire dosables dans le sang ou les selles, sont normaux, lors d’une première poussée, chez un certain nombre d’enfants et d’adolescents atteints de MICI, surtout si la poussée est peu sévère. Bien que l’argument de fréquence soit plutôt en faveur d’un côlon irritable, l’absence de perturbations biologiques devant des douleurs abdominales ou un diarrhée non sanglante, n’élimine donc pas complètement la possibilité d’une MICI débutante.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1) Mack DR et coll : « Laboratory values for children with newly diagnosed inflammatory bowel disease ». Pediatrics 2007 ; 119 : 1113-1119
2) Auvin S et coll : « Incidence, clinical presentation and localisation at diagnosis of pediatric inflammatory bowel disease : a prospective population-based study in northern France (1988-1999) » J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2005 ; 41 : 49-55

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