Rupture de rate lors d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques périphériques : une complication rare mais gravissime

Comme chacun le sait, le GM-CSF, et maintenant le G-CSF, sont des facteurs de croissance granulocytaires employés pour mobiliser et collecter les cellules souches hématopoïétiques périphériques (CSP), qu’elles soient autologues chez les patients atteints d’hémopathies ou de tumeurs solides ou allogéniques chez les donneurs sains.
Les complications les plus classiques de l’administration de ces facteurs de croissance sont l’asthénie, les céphalées, les nausées, les douleurs osseuses et les allergies cutanées. Ici, les auteurs rapportent un cas de rupture de rate chez un patient recevant du G-CSF et du GM-CSF en vue d’une greffe autologue et font la revue de la littérature sur cette complication gravissime.

Le patient, âgé de 53 ans, atteint de myélome multiple reçoit classiquement 4 cures de VAD (Vincristine, Adriamycine, Dexaméthasone) avant traitement par cyclophosphamide et facteur de croissance pour recueil de CSP. Il reçoit du GM-CSF à la dose de 5 microgr/kg/j et du G-CSF ajouté à J2 à la dose de 10 μg/kg/j. Les cytaphérèses sont réalisées entre J7 et J10 et 2 jours après, il présente un choc hémorragique lié à une rupture splénique. Le patient récupère après prise en charge spécifique, l’examen anatomopathologique de la rate montre une infiltration splénique massive par des cellules granulocytaires à tous les stades de maturation. La rupture de rate est attribuée à l’administration des facteurs de croissance.

Plusieurs études réalisées chez des donneurs sains de CSP ont montré que l’administration de G-CSF ou de GM-CSF provoquait une splénomégalie avec une augmentation de la taille de la rate de 1 à 2 cm, avec retour à la normale dans les 4 jours suivant la fin des cytaphérèses (donc la fin du traitement). Quinze cas de rupture de rate ont été identifiés dans la littérature, concernant aussi bien des patients atteints d’hémopathie ou de tumeurs solide ou des donneurs sains. L’incidence d’une telle complication n’est malheureusement pas évaluée. La survenue se fait en général dans les 5 à 10 jours après le début du facteur de croissance, dans de rares cas, la survenue est soit précoce à J2, soit plus tardive dans les jours suivant la fin des cytaphérèses. Les facteurs de risque sont difficiles à identifier. Deux patients sur les 15 rapportés sont décédés de leur rupture splénique.

Au total, la rupture splénique est une complication rare mais gravissime des facteurs de croissance administrés pour mobilisation de CSP et les cliniciens (et les patients ou donneurs) devraient être avertis de la possibilité d’une telle complication qui peut être précoce ou tardive dans les jours qui suivent l’arrêt du traitement.

Dr Delphine Rea

Référence
Veerappan R et coll. : “Splenic rupture in a patients with plasma cell myeloma following G-CSF/GM-CSF administration for stem cell transplantation and review of the literature.” Bone Marrow Transplantation 2007. 40 : 361-364.

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