Santé mentale : le rôle prépondérant des infirmières dans les pays pauvres

Genève, le mardi 13 novembre 2007 – Bakary Sonko, interlocuteur privilégié de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et du Conseil international des infirmières (CII) pour la Gambie, affirme : « Les soins psychiatriques sont dans 90 % des cas assurés par les infirmières dans notre pays ». A l’image de ce constat, l’Atlas des infirmières en santé mentale pour l’année 2007, récemment publié par les deux institutions, révèle que dans les pays en voie de développement les infirmières sont en première ligne pour tenter d’offrir un soutien et des soins aux patients atteints de troubles mentaux.

Quand les infirmières jouent le rôle des médecins

L’Atlas qui est le fruit d’une enquête menée dans 171 pays membres ou associés à l’OMS, auxquels s’ajoutent cinq territoires non attachés à l’agence onusienne mais affiliés au CII multiplie les témoignages de ces responsables sanitaires des pays pauvres, qui révèlent l’immense tâche qui repose sur les épaules des infirmières. Ang Sody au Cambodge explique : « Le pays ne compte que 26 psychiatres. Cela est totalement insuffisant pour l’ensemble de la population (qui compte plus de 13  millions de personnes, ndrl) (…). Dans certaines localités, les infirmières spécialisées en santé mentale doivent jouer le rôle des praticiens : elles examinent les malades présentant des troubles et assurent leur traitement ». Alors que dans 50,57 % des pays interrogés, les infirmières réalisent seules les consultations psychiatriques, Geetha Feringa (Bostwana) concède : « Les infirmières font seules tout ce qui est normalement assuré par les praticiens ». De même au Panama, Aldacira de Bradshaw indique : « Les infirmières sont les seules à pouvoir agir face à une mauvaise réaction aux traitements ». De fait, si la prescription de psychotropes est réservée aux seuls praticiens dans de très nombreux pays du Nord, cette situation est exceptionnelle dans les états du Sud et notamment en Afrique. 

 

Infirmières autorisées à prescrire des psychotropes

Des structures et des médicaments inexistants et une discrimination prééminente

Ces témoignages connaissent des échos dans de nombreux états. Au-delà de la situation inquiétante des personnels de santé, celle des hôpitaux est également dénoncée. Immaculate Chamagwana, au Malawi, souligne : « La santé mentale et la psychiatrie ne reçoivent qu’un très faible soutien financier (…). La plupart des hôpitaux n’ont pas de service de psychiatrie et les patients sont le plus souvent envoyés dans les centres d’internement. Les psychotropes sont la majeure partie du temps inaccessibles ». La responsable des services de santé du Malawi remarque également que « la stigmatisation représente une forte préoccupation ». Selon le CII, cette discrimination ne concerne pas seulement les patients et leurs familles « mais aussi les soignants bénévoles et les professionnels de santé ».

Exhortations

En première ligne face aux troubles mentaux de leurs concitoyens, les infirmières sont cependant souvent peu nombreuses à pouvoir assurer ces soins et sont en outre très mal formées pour répondre aux besoins spécifiques des patients. « L’absence criante de formation en santé mentale au niveau tant de l’enseignement infirmier de base que de la formation continue est parfaitement mise en évidence » note la directrice générale du CII, Judith Oulton. Alors que selon une récente étude du Lancet, 90 % des patients souffrant de troubles mentaux ne sont pas soignés dans le monde, l’OMS et le CII lancent à l’occasion de la publication de l’Atlas un véritable cri d’alarme. Les deux institutions insistent pour que trois champs d’action soient privilégiés. Il convient de « reconnaître que les infirmières constituent une ressource humaine essentielle à la santé mentale », de « veiller à ce que des effectifs suffisants d’infirmières qualifiées soient disponibles pour les soins de santé mentale » et « d’intégrer la santé mentale dans l’enseignement de base et avancé aux soins infirmiers » concluent les auteurs de l’Atlas.

L.C.

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