Doute sur l’effet préventif du calcium et de la vitamine D vis-à-vis des fractures

Plusieurs essais cliniques ont montré que la supplémentation en calcium et en vitamine D pouvait diminuer la perte osseuse et prévenir les fractures chez les femmes ménopausées. Cependant certains travaux aboutissent à des conclusions discordantes.

Le but de cette étude était d’évaluer l’association entre les consommations de calcium et de vitamine D rapportées par le patient, avec la densité minérale osseuse (DMO) périphérique et l’incidence des fractures à 1 et 3 ans dans une cohorte de 75 565 femmes caucasiennes post-ménopausées ayant participé à l’étude NORA (National Osteoporosis Risk Assessment) et ayant rempli le questionnaire alimentaire d’entrée.

L’étude NORA a recruté à l’origine 200 160 femmes ménopausées dans 34 états des USA, avec l’aide de 4 000 généralistes. La présente analyse a été restreinte aux caucasiennes afin de pallier les différences ethniques et de disposer d’une population homogène. Cinquante-deux mille cent quarante-quatre femmes ont renvoyé le questionnaire sur les fractures à 1 an et 36 209 sur les nouvelles fractures à 3 ans. Le questionnaire alimentaire intéressait les apports nutritionnels pendant l’enfance, l’âge adulte et la consommation actuelle en produits laitiers. L’apport en vitamine D a été évalué d’après la consommation de lait, de poisson, de suppléments vitaminiques et d’après l’exposition solaire. La DMO a été mesurée à l’avant-bras, au doigt ou au talon. L’impact de la consommation de calcium et de vitamine D sur le risque d’ostéoporose et de fractures a été évalué par régression logistique ajustée pour les co-variables (âge, ancienneté de la ménopause, antécédents de fractures, perte de taille, indice de masse corporelle, état général auto-évalué, utilisation d’estrogènes, de diurétiques ou de stéroïdes, tabac, alcool, niveau d’éducation).

Les résultats ont montré que plus l’apport  de calcium durant la vie était  élevé, plus
le risque d’ostéoporose était réduit (DMO périphérique, T-score inférieur ou égal à –2,5 ; odds ratio = 0,80 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,72-0,88). Il en était de même pour une consommation actuelle élevée de calcium (OR = 0,75, IC : 0,68-0,82) ou de vitamine D
(OR =0,73, IC : 0,66-0,81). Sur 3 ans, un total de 2 205 nouvelles fractures ostéoporotiques ont été rapportées (hanches : 337, côtes : 594, poignets/avant-bras : 915, vertèbres : 359). Cependant le risque de fractures n’a pas été associé avec la consommation de calcium ou de vitamine D.

En conclusion, un apport élevé en calcium et vitamine D réduit significativement le risque d’ostéoporose mais pas le risque de fracture à 3 ans. Cette étude, limitée aux femmes caucasiennes, n’a pu démontrer un effet protecteur du calcium et de la vitamine D vis-à-vis de la survenue de fractures, peut-être du fait d’une puissance statistique insuffisante, de l’étiologie multi-factorielle des fractures recensées ou de la nécessité d’un apport encore plus élevé de calcium ou de vitamine D pour avoir une action protectrice.

Dr Serge Brugier

Références
Nieves J W et col. : Calcium and vitamin D intake influence bone mass, but not short-term fracture risk, in Caucasian postmenopausal women from the NORA study.
Osteoporos Int. 2007. Publication avancée en ligne le 13 novembre. aop 10.1007/s00198-007-0501-2

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