Y a-t-il une sexualité après la greffe de cellules souches ?

Comment mener sa vie après intensification thérapeutique suivie d’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques dans le cadre d’un cancer ? Vaste question. C’est à un aspect intime de la vie des patients que s’est intéressée une équipe de Seattle, leur vie sexuelle, au travers d’ une enquête prospective poursuivie pendant les 5 années qui ont suivi la greffe. Á 5 ans, une étude cas-témoin a été conduite comparant la sexualité des greffés à celles de la population générale.

Parmi 540 patients identifiés au départ comme devant subir une greffe de cellules souches hématopoïétiques et susceptibles de faire l’objet de cette enquête, 186 n’étaient pas éligibles, 37 ont décliné l’offre, 118 n’avaient  « pas le temps ». Finalement 199 patients ont accepté d’y participer mais les 38 qui ont en fait été autogreffés et non allogreffés ont été exclus.

L’étude a donc débuté avec 161 patients, qui ont globalement tenu leurs promesses puisque le taux de remplissage des romantiques « questionnaires de qualité de fonction sexuelle » a été de 84 %. Il en ressort que l’activité sexuelle des hommes et des femmes a diminué de manière dramatique entre le J0 et le 6ème mois post greffe (ce qui n’a rien de surprenant !). Ensuite, les partenaires des hommes allogreffés ont eu plus de chance que les partenaires des femmes allogreffées. Alors que l’activité sexuelle des hommes a repris à un an dans 74 % des cas, et qu’après 2 ans le top n’était pas loin, chez les femmes, le « taux de reprise » n’a été que de 55 % à 2 ans et la situation ne s’était pas améliorée à 5 ans.

Á 5 ans, les performances masculines ou féminines des patients étaient loin d’égaler celles de la population contrôle. Chez les femmes sans activité sexuelle dans les mois précédents (43 %), les raisons avancées par importance décroissante étaient qu’elles ne trouvaient pas de partenaire sexuel (18 %), que leur libido était quasi-inexistante (18 %), qu’elles étaient trop fatiguées (15 %), avaient des problèmes physiques (15 %), ou que leur partenaire n’était guère réceptif (6 %). Chez les hommes sans activité sexuelle au cours des mois précédents (19 %) les  raisons étaient les mêmes mais dans des proportions moindres !

Chez les sexuellement actifs à 5 ans, on restait tout de même loin du nirvana, les hommes et les femmes signalant des problèmes « locorégionaux » une fois sur deux dans des proportions bien plus importantes que dans la population générale. Les auteurs préconisent donc un meilleur dialogue entre les « allogreffeurs », les patients et les autres professionnels de santé (psychiatres, sexologues, psychologues, spécialistes du comportement …), donnent quelques petits « trucs » pour améliorer l’état de la région pelvienne des malades allogreffés et réclament des efforts « agressifs » pour prendre en charge ces défaillances !!

Dr Delphine Rea

Référence
Syrjala K.L et coll. : Sexual function changes during the five years after high-dose treatment and hematopoietic cell transplantation for malignancy, with case-matched controls at 5 years. Blood. 2008 ; 111 : 989-996.

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