Le Président de la République plaide pour un développement des soins palliatifs

Paris, le vendredi 13 juin 2008 – Notre pays n’a semble-t-il jamais réussi à développer une « culture » des soins palliatifs. Ce constat était déjà celui de Marie de Hennezel dans son rapport intitulé « La France palliative » rendu public en septembre 2007. « Cette culture a du mal à s’installer. Le champ des soins palliatifs est mal connu ou incompris, surtout des médecins, et les pratiques en fin de vie ne sont pas harmonisées » relevait la célèbre psychologue qui s’est consacrée depuis de nombreuses années à cette question. Pour expliquer ces réticences, elle mettait en avant d’une part le « déni de la mort », qui demeurerait la règle dans le monde médical et d’autre part la méconnaissance des textes législatifs et notamment de la Loi Léonetti, du 22 avril 2005 qui avait pourtant pour ambition de « diffuser la culture palliative et les bonnes pratiques dans tous les services confrontés aux fins de vie ». Aussi, face à ce constat, l’un des objectifs du plan soins palliatifs 2008-2012 présenté aujourd’hui par Nicolas Sarkozy à Bourges est d’encourager cette culture des soins palliatifs. Il s’agira notamment de renforcer à cet égard la formation des médecins et des personnels paramédicaux et de proposer une « grande campagne de communication à destination des professionnels et du grand public ».

Doubler le nombre de personnes bénéficiant de soins palliatifs d’ici 2012

Au-delà de cette direction presque philosophique, le plan s’appuie également sur différents objectifs chiffrés. Le rapport de Marie de Hennezel avait repris les estimations avancées par la Cour des Comptes selon lesquelles les « refus d’admission » en Unité soins palliatifs (USP) faute de place « concernent en moyenne deux malades sur trois ». Conscient de cette pénurie, le chef de l’Etat propose que d’ici 2012, le nombre de personnes bénéficiant de soins palliatifs puisse être doublé et passer de 100 000 à 200 000. Marie de Hennezel s’était également attelée à évoquer le rôle des équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) en remarquant que si leur nombre « correspond aux normes nationales », elles « sont réparties de manière inégale ». Pour le Président de la République, également, il est essentiel de ne pas s’appuyer uniquement sur les Unités soins palliatifs (USP) mais aussi sur des équipes mobiles (appelées entre autres à intervenir auprès des maisons de retraite) : aussi leur nombre devrait-il passer de 75 à 337. Le plan prévoit en outre d’encourager l’organisation des réseaux de soins palliatifs : Marie de Hennezel avait déploré dans son rapport que « de nombreux territoires » n’en soient aujourd’hui toujours pas pourvus.

Pas de réel statut pour l’aidant

Le Président de la République a également eu à cœur de s’adresser aux proches des personnes en fin de vie. Les dispositifs qui leurs sont aujourd’hui proposés apparaissent insuffisants et lorsqu’ils existent, peu employés. C’est ainsi qu’à l’occasion du premier congrès de l’association des aidants familiaux, ce week-end, le « congé de soutien familial » mis en place en 2007 a été comparé à « une goutte d’eau dans la mer ». Ce dispositif qui ne donne droit à aucune indemnisation mais qui permet de cumuler des points retraites et de bénéficier de la sécurité sociale serait très peu utilisé selon la Caisse nationale d’allocations familiales. Les associations de proches de malades attendent en effet une reconnaissance plus importante qui reposerait sur un véritable statut assorti d’un salaire. Cette revendication, reprise pendant sa campagne par Nicolas Sarkozy, ne trouve cependant aucun réel écho dans le plan soins palliatifs, qui préfère encourager le développement des hébergements temporaires pour soulager les proches et des gardes à domicile.

Motus sur l’euthanasie

En dépit de l’absence de reconnaissance d’un véritable statut pour les aidants familiaux, les spécialistes des soins palliatifs et les associations ont reçu avec une certaine satisfaction la présentation des premières grandes lignes du plan. Sans doute, cette confiance est-elle liée au financement annoncé : le déblocage supplémentaire de 229 millions d’euros a été promis, grâce aux recettes des franchises médicales. Cette somme devrait permettre de résoudre de nombreuses situations difficiles mises à jour par le rapport de Marie de Hennezel. Seule absente de ce plan soins palliatifs, l’ouverture d’une nouvelle réflexion sur l’euthanasie. Si une mission a été confiée sur cette question à Jean Leonetti, dans l’entourage de Nicolas Sarkozy la même position est toujours avancée : « On ne peut pas modifier le dispositif législatif pour régler un problème personnel. Il faut être très prudent car il s’agit de nos valeurs ».

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Paroles, Paroles... comme le chantait Dalida

    Le 13 juin 2008

    Hé oui!!!
    Encore un nouveau plan sur la comète car si j'ai bonne mémoire notre président nous a affirmé la main dans la poche que les caisses sont plus que vides.
    Pourquoi faire simple ...
    Ne faudrait-il pas plus simplement écouter les différents acteurs de santé hospitaliers et enfin leur donner les moyens matériels et financiers pour bien travailler et prendre en charge les malades en fin de vie sans obligatoirement créer systématiquement des unités "à part"?
    Ne faudrait-il pas plus simplement entendre les acteurs de terrain existants dans le cadre des soins à domicile en particulier les services de soin à domicile aux personnes âgées (SSIAD)et bien sûr l'HAD dont les personnels font depuis plus de 30 ans de l'accompagnement en fin de vie ? Mais les moyens logistiques et financiers sont si précaires et insuffisants que la mission de ces personnels relève trop souvent du bénévolat... comme au temps de nos chères religieuses.
    Ne faudrait-il pas enfin écouter les directeurs d'établissement d'hébergement médico sociaux (EHPAD) et leur fournir les moyens budgétaires pour parfaire l'accompagnement "jusqu'au bout" des résidents anciens, ce qui est déjà fait avec beaucoup d'humanité par l'ensemble des personnels de ces structures ?
    En quelques mots l'accompagnement en fin de vie se fait partout dans le cadre de la "bientraitance" et est inscrit dans dans le projet d'établissement et les projet de service de tous les établissements de santé et médico sociaux de France et de Navarre.
    Alors, monsieur le Président osez!!!
    Osez demander à votre ministre de la santé comment ça marche avant de nous abreuver d'un nième plan machin chose.
    Au fait, combien çà coûte par patient ?
    La proposition financière généreuse ne serait-elle pas comme le sucre glace, juste bon pour saupoudrer le temps d'un discours ?
    Et enfin, où est bien passée ma ministre de la santé ?
    Rodolphe Bochew, Cadre de santé

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