Davantage d’adolescents trop maigres que d’adolescents trop gros

Si le poids des publications traitant de l’obésité des enfants et des adolescents est considérable, celui intéressant, dans les pays industrialisés, en Europe notamment, la minceur voire la maigreur des adolescents, soumis à des incitations multiples à la perte de poids, est bien moindre. Certaines études suggérant que le sous-poids et la minceur pourraient, chez l’adolescent, être plus fréquents que l’obésité, des auteurs portugais et suisses se sont attachés à déterminer la prévalence de la minceur chez des adolescents de Lisbonne.

Ils ont mené une étude transversale qui a inclus 2 494 garçons et 2 519 filles, âgés de 10 à 18 ans, recrutés dans 25 écoles de Lisbonne et de ses alentours.

Dans cette vaste population d’étude, garçons et filles étaient âgés en moyenne de 14,9 ± 2,2 ans. Les garçons avaient un indice de masse corporelle moyen (IMC) de 21,2 ± 3,6, un pourcentage moyen de graisse corporelle de 20,4 ± 8,3 %, un tour de taille moyen de 71,9  ± 8,9 cm et un tour de hanche moyen de 89,6 + 9,9 cm. Les moyennes correspondantes étaient, chez les filles, de 21,6 ± 3,6 ; 26,6 ± 5,7 % ; 67,6 ± 7,9 cm et 90,8 ± 9,4 cm.

L’analyse montre, chez les garçons, une prévalence de la minceur de 3,9 %, une prévalence du surpoids de 17,4 % et une prévalence de l’obésité de 5,3 %. Chez les filles, les prévalences correspondantes sont de 5,6 % pour la minceur, 19,7 % pour le surpoids et 4,7 % pour l’obésité. Elle met en évidence une augmentation de la prévalence de la minceur avec l’âge, tandis que la prévalence de l’obésité va décroissant. Chez les garçons, la prévalence de la minceur, de 0 % à 10 ans, atteint 7,3 % à 18 ans, la prévalence de l’obésité étant, de 10 à 18 ans, passée de 10,6 à 3 %. Chez les filles, la prévalence de la minceur est passée de 1,5 % à 10 ans à 7,6 % à 18 ans, tandis que celle de l’obésité, de 9,2 % à l’âge de 10 ans, était de 3,8 % à 18 ans.
Après ajustement sur l’âge, des différences de poids, de pourcentage de graisse corporelle, de masse maigre, de tour de taille et de tour de hanche ont été notées entre les groupes d’IMC, mais l’analyse ne montre pas de différences intéressant la taille entre adolescents minces et adolescents de poids normal.

À une période où l’obésité est au cœur des préoccupations de santé publique, cette étude attire l’attention sur la minceur chez l’adolescent. Elle montre que la prévalence de la minceur, dans une population de plus de 5 000 adolescents scolarisés à Lisbonne, va croissant entre 10 et 18 ans, et dépasse celle de l’obésité au-delà de 14 ans chez les filles (à 15 ans, prévalence de la minceur : 4,5 %, prévalence de l’obésité : 2 % ; à 18 ans : respectivement 7,6 % et 3,8 % ) et de 16 ans chez les garçons (à 17 ans, prévalence de la minceur : 5,8  %, prévalence de l’obésité : 4,5  % ; à 18 ans : respectivement 7,3 % et 3 %). Les raisons de cet accroissement de la minceur avec l’âge, à l’adolescence, ne sont pas connues. Pourraient y participer : les modifications morphologiques de la puberté ; l’augmentation de la pratique de l’exercice physique (mais une étude internationale récente semble indiquer que les adolescents de 15 ans seraient moins actifs que les enfants de 9 ans) ; l’insatisfaction corporelle de l’adolescence, le désir de minceur et la prévalence croissante des comportements de restriction alimentaire (une étude récente menée au Portugal estime à 3,06 % la prévalence des troubles du comportement alimentaire chez les jeunes femmes).

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Marques-Vidal P et coll. Is thinness more prevalent than obesity in Portuguese adolescents ? Clin Nutr, Publication en ligne, 23 mai 2008.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Minceur chez l'adolescent

    Le 09 juillet 2008

    Merci pour cet article. Étant psychologue et psychothérapeute de la famille et aussi mère de famille de deux adolescents entourés de leurs amis, je constate également la minceur de certains jeunes.
    Voici les hypothèses que j'aimerais vous soumettre : elles n'ont pas de valeurs statistiques.
    Parmi les raisons que j'ai pu constater :
    - ne pas manger c'est se dégager du rôle alimentaire des parents et prendre une indépendance par rapport à cela.
    - manger c'est exister dans son corps alors que ces transformations d'adolescent donneraient plutôt envie de ne pas bouger ou alors seulement pour allumer la télé ou l'ordinateur.
    - manger c'est avoir une place terrestre alors que l'adolescent se pose plein de questions sur sa place dans la société.
    - c'est aussi une question de mode : taille mannequin.
    ...
    Florence Martinie

Réagir à cet article