L’exposition au G-CSF des donneurs de cellules souches hématopoïétiques est-elle dangereuse ?

La sécurité d’emploi du G-CSF chez les donneurs sains de cellules souches hématopoïétiques est fondamentale. Actuellement, aucun argument ne milite en faveur d’un risque accru d’hémopathies en particulier myéloïdes mais la surveillance à moyen et long terme des donneurs est difficile. De rares cas de LAM ont été signalés dans la littérature et ici est rapportée une nouvelle observation de LAM survenue chez un homme de 39 ans, 4 ans et demi après un don de CSP pour son frère HLA-identique, lequel souffrait d’une LAM1 à caryotype normal avec localisations cutanées.

La mobilisation des CSP avait été réalisée par administration de G-CSF de façon tout à fait classique. Ces CSP avaient un phénotype normal en cytométrie de flux, mais il faut dire que le panel d’anticorps utilisés était celui d’un contrôle de greffon et non de caractérisation d’une hémopathie. Chez ce donneur, une pancytopénie a été découverte au cours d’un bilan d’asthénie et a conduit au diagnostic de LAM2 à caryotype normal avec atteinte extra-médullaire, non de la peau mais du système nerveux central. Il est décédé en rémission complète d’une leucoencéphalopathie nécrosante probablement iatrogène, après injection intrathécale de chimiothérapie et irradiation encéphalique. On ne sait pas ce qu’est devenu son frère, c’est à dire le patient auquel il avait fait don de ses cellules souches 4 ans et demi auparavant. Il aurait été intéressant de savoir si une rechute post allogreffe est survenue chez ce frère et si la LAM1 de l’un et la LAM2 de l’autre possédaient des anomalies moléculaires communes.

En pratique, on ignore si le G-CSF a joué un rôle dans la genèse de la LAM2 chez le donneur et si l’existence d’un terrain familial particulier aurait pu favoriser l’apparition d’une telle hémopathie. Le message reste finalement toujours le même, un peu paradoxal… rassurons les donneurs mais restons vigilants et menons des études prospectives. Ces études n’existent toujours pas, ni chez les donneurs géno-identiques ni chez les donneurs non apparentés. Elles sont sûrement difficiles voire impossibles à réaliser étant donné la durée de suivi qu’elles nécessitent. Alors quitte à ne pas les faire, instituons au moins un registre des hémopathies post-don comme les britanniques l’ont fait.

Dr Delphine Rea

Référence
Hsia CC et coll. : Acute myeloid leukemia in a healthy hematopoietic stem cell donor following past exposure to a short course of G-CSF. Bone Marrow Transplantation. 2008; 41: 431-432.

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