Grossesse au cours du lupus érythémateux systémique : une situation qui reste à très haut risque

Les taux d’échec de la grossesse chez les femmes atteintes de lupus érythémateux systémique (LES) ont considérablement diminué, grâce à l’amélioration des traitements de cette connectivite, passant de 43 % dans les années 1960 à 17 % en 2000. Néanmoins la grossesse au cours du lupus reste une situation très à risque, comme l’illustrent  les données recueillies de 2000 à 2003 dans une vaste base de données, le Nationwide Inpatient Sample (NIS), intéressant près de 20 % de toutes les hospitalisations à travers les États-Unis, et à partir desquelles ont été évaluées les complications maternelles et gravidiques pour toutes les admissions liées à la grossesse, avec et sans LES.

Sur plus de 16,7 millions  d’accouchements sur 4 ans, ont été identifiées 1 355 femmes atteintes de LES ; il y a eu 18,3 millions d’hospitalisations liées à la grossesse dont 17 263 chez des femmes ayant un LES.

Les femmes ayant un lupus étaient âgées en moyenne de 30 ans lors de  la grossesse, celles indemnes de LES de 27,5 ans, et les comorbidités étaient plus fréquentes chez les premières, avec notamment davantage de cas de diabète et d’HTA diagnostiqués avant la grossesse et de cas de thrombophilie incluant syndrome des antiphospholipides et autres états d’hypercoagulabilité.

On retrouve dans la population des femmes atteintes de LES, en comparaison des femmes ne souffrant pas de cette maladie : 

- un risque de décès maternel (325 p. 100 000 naissances vivantes) 20 fois plus élevé, et restant toujours très élevé près ajustement sur l’âge maternel (OR = 17,8 ; IC à 95 % 7,2-44) ;
- un risque thrombo-embolique multiplié par 5 à 8 : risque d’AVC de 6,5 fois accru, de thrombose veineuse profonde multiplié par près de 8, d’embolie pulmonaire multiplié par 5,5, de thrombose 10 fois plus élevé après ajustement sur l’âge ;
- un risque accru  de sepsis (multiplié par 3,5) et de pneumonie (multiplié 4,3) ;
- un risque d’anémie à l’accouchement (multiplié par près de 2), un risque de thrombopénie accru de 8,3 fois, et de transfusion (multiplié par 3,6).

Le taux de complications de la grossesse était de 2 à 4 fois plus élevé en cas de lupus, avec :

- un risque plus élevé d’accouchement prématuré (OR = 2,4 IC à 95 % 2,1-2,6 ; p < 0,01) ;
- un risque accru de prééclampsie et d’éclampsie, avec des OR respectivement de  3,0 (2,7-3,3 ; p < 0,01) et 4,4 (2,7-7,2 ; p < 0,01) ;
- un risque accru de césarienne (OR = 1,7 ; 1,6-1,9 ; p < 0,01).

À ces risques s’ajoute, pour le fœtus, celui de retard de croissance intra-utérin (OR = 2,6 IC à 95 % 2,2-3,1 ; p < 0,01).

Des études de cohortes antérieures avaient mis l’accent sur la situation à haut risque que représente la grossesse au cours du lupus, y compris en termes d’activité de la maladie. Les données de cette cohorte de grande taille confirment cette notion en montrant des risques élevés de décès maternels, de prééclampsie, de thrombose, et de complications hématologiques.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Clowse M et coll. A national study of the complications of lupus in pregnancy. Am J Obstet Gynecol 2008 ; 199 : 127.e1-e6.

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