Prothèses dentaires fabriquées à l’étranger : œil pour œil, dent pour dent entre les dentistes et les prothésistes ?

Paris, le vendredi 21 novembre 2008 – La sourde menace que fait peser sur la sécurité sanitaire les importations massives chinoises n’épargne pas le domaine de la santé. Pour l’Union nationale patronale des prothésistes dentaires (UNPPD) l’enjeu est aujourd’hui si important qu’elle a lancé, il y a quelques semaines, une campagne de sensibilisation qui établit un parallèle entre les prothèses dentaires et les nounours et qui exhorte : « Les prothèses dentaires ne sont pas des jouets. Réalisez-les en France. Préservons notre santé ». Cette opération ainsi que le vent de suspicion qui a soufflé dernièrement sur tous les objets importés des pays émergents et notamment de Chine a incité de nombreux médias à s’emparer du sujet.

Plombage plombé

Le magazine Capital du mois de novembre a ouvert le feu en révélant tout d’abord que « certaines prothèses dentaires sont bourrées de plomb ». Quatre dispositifs ont été analysés (une française à bas prix et trois chinoises) et tous contenaient du plomb. « La pollution atteint 1 000 PPM (partie par million) pour la plus contaminée » des prothèses « made in China, cinq fois la concentration relevée (cet été ndrl) outre Atlantique (210 PPM) et onze fois la teneur autorisée dans les jouets par Bruxelles ». La constatation n’a pas manqué d’étonner un responsable de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) qui rappela : « Il ne devrait pas y avoir une once de plomb dans les couronnes ». Par ailleurs, à la différence de la prothèse française, les trois amalgames chinois présentaient un revêtement extérieur « très moyen dans son aspect » et une forme laissant à désirer.

Quel que soit le prix de la prothèse, le tarif du dentiste ne changerait pas

Outre cette inquiétante révélation sanitaire, Capital mettait l’accent sur les prix très attractifs et si difficiles à concurrencer des couronnes « low cost » fabriquées en Chine et dans les pays du Maghreb pour un prix minimum de 29 euros, quand en France le coût d’une couronne dentaire ne descend jamais en dessous de 100/150 euros. Bien sûr, le journal ne se privait pas de dénoncer au passage le fait que les dentistes se pourvoyant en prothèses à l’étranger ne répercutaient pas cette baisse de prix sur leurs tarifs. Quelques jours plus tard, c’était à France 2 de revenir sur cette question à la faveur d’un amendement déposé par deux députés dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 (PLFSS) et qui visait à imposer aux praticiens l’obligation d’informer les patients du coût réel des prothèses (dentaires et autres) posées. La proposition fut rejetée mais le débat s’amplifiait tandis que les pratiques tarifaires des dentistes devenaient les premières cibles des critiques.

Les dentistes ne veulent pas se prendre toute la polémique dans les dents

Certaines des déclarations de l’UNPPD ne sont pas propices à calmer le jeu : elle affirme que 27 % des prothèses implantées en France sont importées, ce qui représente en outre un danger pour la stabilité économique des entreprises hexagonales. De leur côté, les syndicats de dentistes admettent que seules 5 à 8 % des prothèses sont concernées. Cependant, prothésistes dentaires et dentistes s’accordent sur le fait que l’origine du problème est à chercher dans les remboursements ridiculement bas accordés aux soins dentaires par la Sécurité sociale. Aujourd’hui, les prothèses représentent « 30 % de notre activité et 70 % de nos revenus et permettent de rattraper la sous valorisation des soins conservateurs » expliquait récemment aux Dernières nouvelles d’Alsace, le docteur Jacques Kaltenbach, président en Alsace de l’Union des jeunes chirurgiens dentistes. Les dentistes n’ont en tout état de cause pas l’intention d’être les seules cibles de la polémique. Dans un communiqué publié la semaine dernière, la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) affirme qu’elle « souhaite un meilleur contrôle qualité sur les prothèses dentaires, qu’elles soient importées ou non ». Elle indique par ailleurs qu’elle a « proposé il y a quelques mois à l’UNPPD de créer un label qualité « prothèses d’origines européenne » pour informer en toute transparence les patients sur l’origine de leurs prothèses dentaires ». Proposition qui n’aurait pas reçu de réponse.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Qui a imposé la traçabilité ?

    Le 26 novembre 2008

    En quoi la polémique sur les prothèses dentaires affecte-t-elle nos cabinets dentaires ?
    Depuis que le dentier est défini comme "un dispositif médical ..." avec les responsabilités aggravés à la charge des praticiens (lois Kouchner), il n'y a aucune raison que la prothèse dentaire soit au tarif de la Sécu.
    Qui a inventé et imposé la traçabilité ?
    Qui a inventé le devis et imposé le classement en 8 classes définies par des NF - ISO ?
    Il n'y a aucune raison que les dentiers représentent plus de 30 % de l'activité d'un cabinet dentaire. Si ce n'était que 10 % ce serait mieux pour la Santé Pubique et mon image personnel trop souvent ravalé à celui d'arracheur de dents.
    Prothèses importées ou prothèses autochtonnes il n'y a aucune diffèrence vis à vis des normes et responsabilités qui pèsent sur les épaules du praticien, et bien "bête" est le praticien qui repercuterait les diffèrences de coûts sur ses devis, car il n'y aucune diffèrence quant à sa responsabilité (bien au contraire).
    Il y a bien dans ma patientèle quelques "rigolos" qui à l'occasion de vacances au Maroc se font poser des prothèses neuves alors que les avulsions étaient réalisées par mes soins. Auparavant c'était les couronnes céramiques posées en Italie sur des racines mal traitées (en Italie), et comme les honoraires opposables de reprise de traitement radiculaire sont très bas, où est-ce que vous croyez qu'elles finissent ces céramiques. Il y a maintenant des implants posés en Roumanie ou en Tunisie. Bien que nos universitaires prétendent que les compétences et diplômes sont similaires, je suis vraiment désolé mais j'ignore totalement le protole chirurgical et les matériaux utilisés, et surtout ne venez pas m'obliger à refaire sous anesthésie générale ce qui a été fait sous anesthèsie locale (ou vice versa).Je ne suis d'aucun secours en cas de problème.
    On pourrait discuter d'autres choses par exemple :
    - comment se fait-il qu'il y ait moins de dentistes formés par nos universités alors que n'importe quel artisan en bijouterie peut se mettre prothèsiste dentaire, et avec quelles subventions (discrimination positive qu'ils disent) on voit fleurir les ateliers de prothèsistes dentaires ?
    - comment se peut-il que les frontières "Schengen" soient si perméables aux importations chinoises alors que avons d'énormes difficultés à nous installer ailleurs en Europe ?
    - comment peut-on laisser près de 62 % de médicaments contrefaits se négocier sur Internet ?
    - ou bien comment se peut-il que nos cabinets supportent tant de charges, de taxes et d'impôts pour que nos jeunes désertent la campagne et se mettent salariés en ville.
    Pour conclure, j'attend le prochain "label qualité" ou norme plus contraignante, d'où qu'il vient, pour doubler le prix des prothèses, ainsi réduire mon activité sur les édentations à la portion congrue soit 15 %.

    G Genot

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