Donner ses cellules souches hématopoïétiques est-il sans risque ?

Le don de cellules souches hématopoïétiques est généralement considéré comme anodin et sans risque vital pour le donneur, lorsque les critères médicaux de sélection sont respectés. De-ci de-là, des observations cliniques rapportent pourtant des complications sévères. Par ailleurs, l’innocuité des facteurs de croissance granulocytaires (G-CSF) à long terme fait toujours débat.

J Halter et coll. rapportent les résultats de deux enquêtes rétrospectives conduites par l’EBMT (The European Group for Blood & Marrow Transplantation) entre 1993 et 2002 puis entre 2003 et 2005. La première a rassemblé 262 équipes de greffes ayant réalisé 24 099 greffes de moelle et 15 111 greffes de cellules souches périphériques (CSP), correspondant à 78 % des greffes effectuées pendant la période en question. La seconde a regroupé 169 équipes ayant réalisé 3 671 greffes de moelle et 8 143 greffes de CSP soit 50 % des greffes faites pendant cette même période et enregistrées à l’EBMT. Au total, les résultats de ces enquêtes concernent 51 024 dons dont 27 700 de moelle et 23 254 de CSP.

Le questionnaire adressé aux équipes de préleveurs contenait des items relatifs à la présence de procédures de suivi des donneurs, de la survenue d’événements indésirables graves (EIG : tout incident cardiovasculaire ou rupture splénique nécessitant une hospitalisation, ou décès, dans les 30 jours suivant le don) et au développement d’hémopathies malignes post don quel que soit l’intervalle de temps depuis le don.

Concernant le suivi des donneurs, 55,7 % des équipes avaient une procédure de suivi, 39,7 % n’en avaient pas et 4,6 % n’ont pas répondu. Cinq décès dont 1 chez un donneur familial de moelle et 4 chez des donneurs familiaux de CSP ont été rapportés (soit une incidence de 0,98 pour 10 000 dons, 0,36 pour 10 000 pour la moelle et 1,72 pour 10 000 pour les CSP). Le donneur de moelle est décédé d’une embolie pulmonaire massive à J15 et la notion d’un déficit en antithrombine III familial était présente. Les donneurs de CSP sont décédés à la suite d’une erreur médicale (n=1), d’un hématome sous arachnoïdien (plaquettes au nadir à 82 000 et prise d’aspirine pour cardiopathie : n=1) et d’arrêt cardiaque à J15 (n=2).

 Trente-sept EIG (12 après don de moelle et 27 après don de CSP) ont été rapportés soit une incidence de 7,25 pour 10 000 dons (4,32 pour 10 000 pour la moelle et 10,76 pour 10 000 pour les CSP). Leur nature était d’ordre cardiovasculaire, thromboembolique, hémorragique, épileptique et splénique, les accidents thromboemboliques étant plus fréquents chez les donneurs de CSP et les ruptures spléniques spécifiques au don de CSP.

Vingt hémopathies malignes myéloïdes ou lymphoïdes (leucémies aiguës myéloblastiques ou lymphoblastiques, plasmocytomes, lymphomes) ont été rapportées chez les donneurs, 8 après don de moelle (0,40 pour 10 000 donneurs année) et 12 après don de CSP (1,2 pour 10 000 donneurs année). Ces hémopathies ont été diagnostiquées de quelques mois à plus de 10 ans post don. Quinze donneurs étaient familiaux, un non familial et pour 4 la donnée n’était pas précisée. Sept des donneurs familiaux avaient reçu du G-CSF. Il n’est pas noté si les hémopathies chez les donneurs familiaux étaient de même nature que celles diagnostiquées chez le receveur.

Au total, l’incidence des décès après don est estimée à 1 pour 10 000, celles des EIG à 1 pour 1 500 (2 fois plus élevée après don de CSP que de moelle) et de 1 pour 3 000 pour les hémopathies malignes. L’incidence réelle est peut être un peu plus élevée. Même si les décès et accidents graves sont rares chez les donneurs « sains », ils existent et tout donneur devrait en être informé. Il serait bon d’instaurer des règles internationales de suivi des donneurs afin de poursuivre cette enquête, particulièrement après don de CSP.

Dr Delphine Rea

Référence
Halter J et coll pour l’EBMT. : Severe events in donors after allogeneic stem cell donation. Haematologica 2009; 94: 94-101.

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