Carcinomes épidermoïdes issus du donneur après allogreffe de cellules souches hématopoïétiques

Les tumeurs malignes, hémopathies ou cancers, font partie des complications possibles après greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH). Certaines hémopathies ne sont pas liées à la rechute de la maladie initiale du receveur, mais se développent à partir des CSH du donneur comme le montrent aisément l’étude du chimérisme. Qu’en est-il des tumeurs solides ? Il semble que certaines d’entre elles puissent se développer à partir des cellules du donneur, et c’est la question qu’ont posée les auteurs.

Ils ont identifié 26 patients ayant présenté un carcinome épidermoïde de la cavité buccale, complication rare après allogreffe, favorisée par l’existence de lésions liées à la maladie du greffon contre l’hôte chronique et une immunosuppression prolongée. Une biopsie congelée de la tumeur était disponible chez 8 de ces patients, tous étaient en rémission complète de leur hémopathie lors de la biopsie. Cinq patients avaient été allogreffés avec les CSH d’un donneur de sexe différent.

Les techniques utilisées ont été l’immunomarquage combiné à l’hybridation in situ fluorescente (FISH), et la RT-PCR après microdissection. Le marquage utilisait un anti-CD45 (panleucocytaire), un anti-p53, un anticytokératine (différenciation épithéliale) et un anti-CD31 (marqueur endothélial) et les sondes pour la FISH étaient spécifiques des chromosomes X ou Y. La PCR a été réalisée sur l’ADN de cellules de 3 types différents (tumorales, inflammatoires et épithéliales normales) à la recherche de polymorphismes permettant de distinguer donneur et receveur.

Une origine donneur de la tumeur a été mise en évidence dans 4 cas. Deux patients avaient été greffés avec un donneur de sexe différent (mise en évidence par immunomarquage et FISH et confirmation par PCR). Chez l’un d’entre eux, les cellules tumorales et inflammatoires étaient d’origine donneur mais pas les cellules épithéliales ni les cellules endothéliales normales. Chez les 2 autres greffés avec un donneur de même sexe, la mise en évidence de l’origine donneur a été effectuée uniquement par étude de polymorphisme.

Alors comment peut-on retrouver des cellules non hématopoïétiques de type donneur après allogreffe de moelle? Aucune réponse formelle à cette première question, mais plusieurs hypothèses : certains ont évoqué le potentiel de transdifférenciation des cellules souches hématopoïétiques ; d’autres des phénomènes de fusion entre une cellule hématopoïétique et une cellule non hématopoïétique, d’autres encore ont suspecté l’implication de la cellule souche mésenchymateuse.

Pourquoi chez certains patients ces tumeurs solides se développent à partir des cellules issues du donneur et non du receveur ? Ces premières montrent-elles une fragilité particulière dans un environnement agressif ? Des mystères dont la résolution apporterait une pierre significative au mystère des cellules souches et à la compréhension des mécanismes de transformation cellulaire.

Dr Delphine Rea

Référence
Janin A et coll. : Donor-derived oral squamous cell carcinoma after allogeneic bone marrow transplantation. Blood 2009 ; 113 : 1834-1840.

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